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L'exosquelette en marche sur les chantiers

- Mise à jour le 09/08/2016 11:20

Inventé par l’armée dans les années 1960, utilisé par la médecine, l'exosquelette fait son apparition sur les chantiers. S’il ne manque pas d’atouts, son utilisation pose néanmoins de nombreuses questions.

exosquelette

Essais terrain, par Colas Suisse et RB3D (concepteur de cobots), d'un exosquelette sur chantier de voirie à Genève. © COLAS – José Campos / Swissmovie

La démarche du tireur de râteau est un peu lente, lourde, mal aisée. Sur son chantier expérimental, à Genève, Colas présente ColExo . Un exosquelette qu’elle teste pour la  première fois, ce 30 septembre 2014, en grandeur nature. Développé en partenariat avec la société auxerroise RB3D, ce drôle d’équipement vise à renforcer et amplifier les mouvements du tireur de râteau, une activité des travaux publics qui exige à la fois force physique et précision. Emprunté au vocabulaire de l’entomologie (étude des insectes, invertébrés protégés d’une carapace), l’exosquelette est une structure articulée externe qui absorbe les contraintes auxquelles le corps est normalement soumis.

Certains modèles sont motorisés pour décupler la puissance des mouvements de celui qui les porte. De type "compensation" ou "augmentation", ils permettent à une personne malade ou handicapée de récupérer des fonctions perdues ou, dans le secteur industriel, à apporter des capacités supplémentaires. Le plus connu, mis au point par l’ingénieur israélien Amit Gofer, est Rewalk. Il a été largement médiatisé en mai 2012, lorsque la britannique Claire Lomas, paraplégique, a bouclé le marathon de Londres en quatorze jours, soit… 3 km par jour. Mais les exosquelettes sont aussi très utilisés dans les hôpitaux japonais pour aider à la rééducation des patients après un accident ou un AVC. En Europe, aux États- Unis, en Israël, en Australie et en Nouvelle-Zélande, d’autres sociétés travaillent également sur la cobotique (coopération robotique) et les exosquelettes.

Apparition sur les chantiers

Tout comme ColExo, testé par Colas en Suisse pour la construction des routes, Exhauss est le second exosquelette mis au point pour prêter main forte au plâtrier. Destiné à faciliter le ponçage des plafonds, il a été développé par la société lyonnaise L’Aigle en partenariat avec Stuc et Staff (voir magazine Prévention BTP n°169 ). En 2012, Bruno Rondet, le directeur de cette PME de 70 salariés spécialisée dans les plâtres et stucs réunit ses équipes. Objectif : identifier les gestes et postures les plus délétères. À l’unanimité, le ponçage des plafonds est désigné. Le dirigeant part donc en quête d’un appareil pour soulager ses salariés. Une première girafe est achetée. Le résultat est catastrophique. La zone poncée est maculée de petits ronds. Deux autres dispositifs sont testés, sans plus de succès. La quatrième tentative est la bonne. "Nous sommes allés voir la société L’Aigle, et nous leur avons expliqué nos contraintes", explique Bruno Rondet. L’entreprise a adapté son exosquelette aux particularités de la tâche. Le dispositif, réglable et ajustable, englobe le bras jusqu’au coude et le soutient. Selon ses besoins, le salarié peut décider de garder plus ou moins de mobi- lité, afin de ne pas perdre la précision du geste. "En travaillant bras en l’air, avec un angle de plus de 60°, des contraintes sur l’épaule s’exercent. Exhauss ne résout pas le problème d’amplitude articulaire, mais il modère nombre de facteurs aggravants », commente Pascal Girardot, directeur adjoint d’Ergonalliance. Par la suite, l’appareil a été modifié pour éviter les frottements au niveau du dos. Il est en cours d’amélioration pour le rendre confortable, quelle que soit la corpulence du salarié. Prochaine étape, alléger ce dispositif qui pèse actuellement 7 kg.

Des questions, pour l’heure, sans réponses

L’arrivée des exosquelettes sur les chantiers est donc séduisante. Toutefois pour Pascal Girardot, ces dispositifs posent trois questions. La première est éthique : "Dans quelle mesure est-il acceptable d’augmenter les capacités humaines ? Vers  quoi cela tend-  il ? ". La seconde porte sur l’objectif poursuivi : "Ne sommes-nous pas en train d’adapter l’homme au travail, alors que le fondement de notre métier est d’adapter le travail  à l’homme ? ". Enfin, la troisième aborde les conséquences directes du port de cet exosquelette sur la santé du travailleur à travers sa gestuelle et ses postures : "En facilitant certains mouvements ne va- t-il pas induire d’autres risques ? ". Le salarié serait plus vulnérable en cas d’accident, avec moins de facilité pour se mettre à l’abri. De son côté, le Dr Christophe Delong médecin du sport, spécialisé en rééducation s’interroge : "Le port de l’exosquelette va-t-il générer de nouvelles contraintes ?"  D’autres incertitudes concernent également le transport de l’appareil, son poids, sa maintenance, la durée maximale d’utilisation, la qualité du travail réalisé… "De plus, on peut se demander comment l’opérateur perçoit les informations en provenance de son corps, comme sa situation dans l’espace, sa fatigue, ou la force qu’il développe", souligne Pascal Girardot.

Par ailleurs, si ce dernier ne croit pas réellement au développement de gros modèles volumineux et multitâches, il estime que de petits exosquelettes dédiés auront leur place sur les chantiers. Quoi qu’il en soit, tous les observateurs s’accordent sur un point : porter un exosquelette et travailler avec ne s’improvise pas. "Cela requiert un long apprentissage, confirme Nicolas Froment, ergonome à l’OPPBTP. Et des questions organisationnelles se posent : le travail devra-t-il être planifié différemment? L’organisation du chantier, modifiée? Et comment ces machines seront-elles acceptées par les utilisateurs et par le collectif de travail ? » Pour l’expert, pas de doute, le développement des exosquelettes, des cobots, ou autres machines plus ou moins autonomes va se poursuivre. Mais « il va falloir créer de nouveaux indicateurs pour évaluer les bénéfices en santé et en sécurité », prévient-il. Un défi pour l’avenir. En attendant, l’OPPBPT étudie l'ensemble des transformations engendrées par l'usage des exosquelettes en vue de bien accompagner les entreprises et qu'elles en tirent un réel bénéfice.

Cet article est paru dans le magazine Prévention BTP n° 183 (février 2015)
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