Virginie Larroudé, ingénieure spécialisée en ergonomie, précise : « L’exosquelette n’est pas un simple achat, c’est une démarche guidée par l’ergonomie. En collaboration avec les équipes de Peinture De Laborie, une analyse détaillée de trois situations de travail prioritaires a été menée, mettant en lumière les contraintes physiques rencontrées sur divers chantiers. Cette étude a permis d’établir un cahier des charges précis pour les fournisseurs et d’optimiser le temps alloué par les salariés aux démonstrations et aux essais d’exosquelettes en dehors des postes de travail. Trois modèles ont ainsi été sélectionnés et testés directement sur chantier, spécifiquement pour deux tâches : la peinture de plafonds et la pose de revêtements de sol. »
Nathalie Coulon-Yvars, ergonome (NC Ergonomie), ajoute :
« Un exosquelette ne s’adopte pas, il s’accompagne. Au-delà du choix de l’équipement, c’est l’accompagnement à son intégration qui conditionne réellement la réussite. Trois étapes se sont révélées essentielles : d’abord une présentation des différents exosquelettes pour permettre aux salariés de les découvrir, de les manipuler et de dédramatiser cet outil encore méconnu ; ensuite un test simulé, dans un environnement proche du réel mais sécurisé, par exemple avec la réalisation d’une portion de charpente en atelier ; enfin, si le test s’avère concluant, un essai sur le terrain, au plus près de l’activité réelle. Cette démarche progressive renforce la confiance, réduit les risques de rejet et garantit une mise en oeuvre adaptée et durable. »
Par ailleurs, Marie Tonel, ergonome (cabinet Ergolibri) constate, à travers ses observations de terrain chez Lamécol, que dans certaines phases de l’activité hyper dynamiques requérant un engagement du corps entier, les exosquelettes testés étaient trop contraignants. Sur les postes de collage (laméllé-collé) les rythmes de travail sont très soutenus et cadencés par l'aboutage, les opérateurs se sont sentis gênés dans la fluidité de leurs mouvements, d’autant plus que les contraintes de hauteur sont fortes sur ces postes. Elle ajoute que sur les postes de montage d’ossature bois, c’est plutôt la polyvalence des tâches qui a conduit à abandonner les essais d'exosquelettes car aucun modèle ne correspondait au besoin. En effet, ces constats permettent d’entrevoir de nouvelles pistes d’amélioration pour les fabricants, en termes de design et de matériaux pour améliorer le confort des exosquelettes. Ils mettent également en lumière l’importance de l’analyse de l’activité en ergonomie pour appréhender plus globalement les caractéristiques physiques, les caractéristiques de l’environnement de travail et celles de l’organisation.
Cependant pour des tâches très spécifiques et pénalisantes (gestes répétitifs, bras devant soi en station debout prolongée), les évaluations in situ se sont révélées positives, et l’entreprise est sur le point de concrétiser l’achat de l’exosquelette. « Mon accompagnement a permis à Lamécol de cibler l’exosquelette adapté aux modes opératoires spécifiques aux tâches de ponçage et de lasurage. En réalisant le cahier des charges, j’ai pu identifier les zones du corps à soulager. Pour cela, les observations et les échanges avec les deux opérateurs concernés ont été essentiels. Au final, sur six modèles d’exosquelettes testés dans trois ateliers, un seul a été retenu pour deux opérateurs du panel, ce qui fait relativiser la notion de “déploiement” à grande échelle des DAP », remarque l’ergonome.
Enfin, la spécificité de l’expérimentation chez Lamécol, c’est la place centrale donnée au binôme médecin du travail - ergonome. « Dans le cadre de l’expérimentation, le médecin du travail a été associé très tôt au projet, avant même de procéder aux tests d’exosquelettes. Il était capital de s’assurer que les personnes volontaires, impliquées dans cette démarche étaient en “bonne santé” et sans restriction d’aptitude. Nous avons fait ce choix avec le médecin du travail pour neutraliser le risque de biais méthodologique dans l’évaluation du dispositif. Aussi, parce que nous avons considéré que nous étions dans une logique de prévention primaire et non de maintien en emploi qui relève d’un autre type d’accompagnement. »