« L’investissement comme levier de performance et d’attractivité »
Comment concilier rentabilité et prévention des risques dans une petite entreprise de couverture (six salariés) ? Jean-Bertrand Cheval, dirigeant de l’entreprise Broënnec, basée à Lanvéoc en presqu’île de Crozon (Finistère), a choisi d’investir dans un chariot télescopique rotatif. Un investissement à 255 000 euros qu’il juge rentable sur plusieurs aspects. Entretien.
Date : 15/04/2026
Goulven Connan

Quel est ce nouvel équipement que vous venez d'acquérir?
Il s'agit d'un Manitou MRT 2260, un chariot télescopique tout terrain rotatif à 360 degrés. C'est une machine de 19 tonnes qui combine les fonctions d'un chariot télescopique, d'une grue et d'une nacelle élévatrice.
Pour notre activité de couverture et de maçonnerie, c'est un outil impressionnant: il possède18 mètres de déport à plat et 22 mètres en hauteur [NDLR]. Nous l'utilisons avec différents accessoires, comme un porte-fourche rotatif à 360°qui permet de manipuler les palettes et de les orienter exactement dans la position dont on a besoin. Nous avons aussi une nacelle spéciale couverture et un treuil de trois tonnes qui permet de travailler comme une grue mobile et de passer au-dessus du faîtage des maisons. C’est la portée et la précision de cet équipement qui nous importe plus que la capacité de levage.
Le Manitou MRT 2260 de l'entreprise Broënnec combine les fonctions d'un chariot télescopique tout terrain, d'une grue et d'une nacelle élévatrice. Qu’est-ce qui vous a décidé à remplacer votre précédent chariot télescopique ?
Nous étions déjà équipés d’une nacelle, sur un chariot non rotatif avec une capacité de déport de 10 mètres. Depuis le Covid, les gens ont beaucoup aménagé leurs jardins et investi l'extérieur. Ils ont créé des terrasses notamment, ce qui réduit beaucoup les espaces et augmente les distances d’accès aux toits. On se retrouvait donc dans des situations où l'on n'arrivait plus à atteindre les toitures avec notre ancienne machine.
Le côté rotatif du nouveau Manitou change tout. Avec l'ancien modèle, il fallait être exactement dans l'axe de la zone où l'on souhaitait travailler. Aujourd'hui, on ne se pose plus la question : on regarde la distance, on vérifie si on a la place pour la machine et on peut travailler. De plus, la technologie des patins est intéressante pour s’adapter à la place disponible : les béquilles se déploient sur une largeur de 3,25 à 4,50 mètres et les capacités de la machine s’adaptent automatiquement. C'est essentiel pour nous qui travaillons à 95 % pour des particuliers en rénovation, avec beaucoup d'obstacles.
En matière de prévention, quels avantages voyez-vous à utiliser ce chariot télescopique ?
L'objectif majeur est de réduire la pénibilité et les risques lors des opérations de manutention. Prenez la pose d'une fenêtre de toit de 100 kg : sans cette machine, il faut souvent être quatre pour la monter par l'extérieur, puis la disposer sur une pente à 45 degrés, souvent avec un équilibre précaire sur une échelle de couvreur. Avec le Manitou, on la treuille ou on la pose debout dans la nacelle au sol et on la monte. Il ne reste qu’à la présenter au plus près de la zone et les couvreurs sur le toit peuvent la mettre en place en sécurité.
Pour l'approvisionnement, c'est pareil. Porter des ardoises est un travail répétitif et lourd. Avec le tablier de fourches rotatif, on peut avoir la palette de plus d’une tonne au bord du toit, voire juste à côté des couvreurs. On évite de monter et descendre sans arrêt. En mécanisant ces manutentions exigeantes physiquement, on limite les risques de chutes et les TMS. Enfin, nous gagnons aussi en confort acoustique car les nouveaux moteurs sont beaucoup plus silencieux qu'il y a dix ans.
Le chariot télescopique permet notamment d'acheminer des palettes d'ardoises au bord des toits. L'investissement est-il rentable pour une entreprise de cinq ouvriers ?
L'investissement est de 255 000 euros. Nous estimons qu'il sera amorti sur six à sept ans. Cela représente, à peu près, le coût d'un salarié sur une année. L'idée est de transformer le coût de l’équipement en un gain de temps et de rendement. Sur certaines opérations, on peut aller trois ou quatre fois plus vite. Le dernier exemple : près de 30 m2 de volige en bardage posé en une heure.
Il y a aussi un aspect fiscal important : le remplacement d'une machine pour améliorer la manutention ouvrait droit à un suramortissement permettant de défiscaliser. Dans notre cas, nous pourrons défiscaliser 150 000 euros de résultat sur les 255 000 euros d’investissement. C'est un argument qui compte au moment de choisir un équipement plus performant et moins polluant.
Pour convaincre mon banquier, j’ai aussi mis en avant le lien entre prévention et performance que ce nouvel outil nous permet de faire : une entreprise bien équipée préserve ses salariés, rentre davantage d’affaires et génère plus de chiffre. C’est aussi une sécurité supplémentaire pour le banquier.
Proposer de meilleures conditions de travail, notamment grâce à des équipements performants, c'est un argument pour le recrutement aujourd'hui ?
C'est un réel argument. Même si nous fonctionnons beaucoup par le bouche-à-oreille, nous avons parfois des candidats qui appellent car ils sont au courant des conditions dans lesquelles nous travaillons et ils y sont sensibles. Quand ils voient nos équipements, ils sont surpris ! Nous sommes les seuls dans le secteur à avoir une telle machine ou encore une passerelle ultralégère de 12 mètres pour passer au-dessus des vérandas.
Nous avons une équipe stable, mais aujourd’hui, pour conserver son personnel et recruter, il faut être attractif. Le métier n'est pas facile, surtout quand les conditions météo deviennent difficiles en hiver. Proposer une façon de travailler plus confortable et qui vise à limiter les risques est un facteur déclenchant pour convaincre des recrues de nous rejoindre et de rester. Mais nous allons aujourd’hui plus loin. Le coût du logement a explosé ces dernières années sur la Presqu’île de Crozon et c’est un vrai problème compte tenu des salaires. Nous sommes donc en train de rénover un bâtiment pour faire des appartements et pouvoir proposer des logements à nos futurs salariés à un prix abordable.
Créée à Lanvéoc (Finistère) par Yvon Broënnec dans les années 1960, l’entreprise a été reprise en 1977 par son fils Roland, puis en 2008 par son petit-fils, Jean-Bertrand Cheval. Elle est spécialisée dans la couverture et la maçonnerie, en grande majorité dans la rénovation pour les particuliers et emploie aujourd’hui six salariés.
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