Le passeport de prévention franchit une nouvelle étape
Depuis le 16 mars dernier, les employeurs peuvent déclarer les formations en santé et sécurité au travail suivies par leurs salariés. En avril 2025, le gouvernement avait lancé le passeport de prévention en l’ouvrant d’abord aux organismes de formation. Une récente conférence sur le sujet a fait le point sur son déploiement.
Date : 01/04/2026
Marie Duribreux

© OPPBTP
« Chaque mort [au travail] est une mort de trop », a asséné le ministre du Travail, le 26 mars à la Caisse des dépôts, en introduction d’un évènement organisé sur le passeport de prévention. En 2024, on a dénombré 764 décès au régime général, selon les chiffres de la Cnam. « Nous pouvons et nous devons faire mieux pour les éviter », a assuré Jean-Pierre Farandou, pour qui « le passeport de prévention est un levier opérationnel très concret à disposition des employeurs, [qui] a vocation à devenir l’outil de référence dans la gestion des formations en santé et sécurité au travail (SST) ». Alors que la Direction générale du travail (DGT) est en train de finaliser avec les partenaires sociaux le Plan santé au travail (PST) 5, « le passeport de prévention apparaît comme une étape essentielle dans la promotion d’une véritable culture de prévention », a renchéri Pierre Ramain, son directeur.
Passeport de prévention : une appropriation en cours
Ce service numérique développé par la Caisse des dépôts sur la plate-forme publique Mon Compte Formation se déploie progressivement. Après une ouverture de l’espace déclaratif aux organismes de formation le 28 avril 2025, le service est désormais accessible aux employeurs depuis le 16 mars. Ses bénéfices se déclinent en trois termes selon la DGT : une meilleure traçabilité des formations, au service de l’employabilité des travailleurs, grâce à la transférabilité des savoir-faire en SST. « Il n’est pas encore arrivé à maturité, mais l’appropriation est en cours », se félicite Pierre Ramain. Près de 66 000 déclarations ont ainsi été effectuées par 3 600 organismes de formations depuis avril 2025, et en dix jours, plus de 12 000 employeurs ont réalisé quelque 2 000 déclarations. Résultat : avant l’ouverture du dispositif aux travailleurs fin 2026, on dénombre déjà 162 000 passeports alimentés par une attestation de formation.
Des partenaires sociaux vigilants
Le dispositif, qui ne doit « pas être vécu comme une contrainte », a vocation à ce que l’ensemble des acteurs s’en emparent, ont insisté les partenaires sociaux, qui en sont à l’initiative via l’accord national interprofessionnel (ANI) du 9 décembre 2020. « Le passeport de prévention est un levier supplémentaire pour la bonne structuration de la prévention des risques professionnels dans l’entreprise », souligne Jean-Baptiste Moustié, de la Direction de la protection sociale du Medef. « La formation en SST est certes de la responsabilité de l’employeur, mais il faut la faire vivre avec les salariés. Et pour cela, un dialogue social en proximité du travail réel est nécessaire, par exemple sur le choix des formations », estime Isabelle Mercier, conseillère confédérale CFDT.
Le retour d’expérience des organismes de formation
« Au début, nous avons vu le passeport de prévention comme une charge administrative en plus », reconnaît volontiers Guillaume Laurent, responsable formation au bureau Veritas et trésorier de l’Afsec (Association des formateurs en sécurité). « Nous avons notamment alerté sur la temporalité excessive d’une saisie salarié par salarié, qui représente pour nous un ETP en plus sur 80 ETP dans l’entreprise », avertit Thierry Cribaillet, président de l’Assocca (Association des organismes certifiés CACES). Les organismes de formation attendent avec impatience la possibilité de réaliser des saisies de masse – ce qui permettra une meilleure qualité de la donnée. « On envisageait cette fonctionnalité en 2027, on l’a repriorisée : l’import de fichiers des logiciels métiers vers le passeport de prévention sera possible pour tous dès le 9 juillet prochain », répond Marianne Kermoal-Berthomé, directrice des politiques sociales à la Caisse des dépôts. L’étape suivante sera de prévoir une interopérabilité avec les API (Application Programming Interface) des organismes.
Autre problématique identifiée par les organismes de formation : celui du codage des formations dans le passeport de prévention. « Il n’y a pas encore de solution technique pour toutes les formations. J’ai cherché une de mes anciennes formations, l’habilitation Catec Espaces confinés, le système ne la reconnaît pas », raconte Sébastien Majoux, membre du Gepi (Groupes d’échanges des préventeurs interentreprises). Un travail est en cours sur le sujet avec l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), afin d’aller vers une saisie homogène de la part des centres de formation.
Dernier souci technique, sur fond juridique : qui effectue la collecte des NIR (numéro de Sécurité sociale) – une donnée sensible ? Les pratiques varient. « Les organismes de formation peuvent collecter le NIR pour leurs clients, mais il reste à la main de l’employeur », remarque Guillaume Laurent. « Les opérateurs de compétences (Opco) ont souvent le NIR des salariés, mais on ne le communique pas aux organismes de formation. Il revient aux salariés de transmettre leur numéro de sécu », témoigne Yan-Eric Goullet, responsable grands comptes de l’Opco 2i. Encore faut-il que ceux-ci acceptent.
Une opportunité pour les employeurs
Maintenant que les employeurs doivent sauter le pas, on retrouve les mêmes craintes d’une charge administrative supplémentaire de leur côté. Mais le passeport de prévention peut aussi leur permettre d’améliorer leurs pratiques. « Les DRH manquent aujourd’hui d’une vision dynamique de la SST et doivent attendre le bilan social; le passeport de prévention doit à cet égard être utile et nous permettre de nous améliorer», estime Laurence Breton-Kueny, vice-présidente déléguée de l’Association nationale des DRH. «L’outil va notamment faciliter le pilotage des formations obligatoires, pour lesquelles si on oublie l’échéance du ‘recyclage’, il faut refaire une formation initiale plus lourde», explique Joëlle Hélénon de l’Université Clariane (ex groupe Korian), qui va englober dans le périmètre du passeport toutes les formations obligatoires dans le champ de la santé, y compris hors SST. Chez Suez Eau France, le nouvel outil, qui représente une extension du passeport sécurité digital en vigueur dans le groupe, pourrait avoir vocation à intégrer des formations comme celles sur les risques psychosociaux, avance Sébastien Majoux, son directeur santé sécurité.
Comment les TPE-PME vont-elles pouvoir répondre à cette nouvelle obligation ? « Les Opco pourraient jouer le rôle de tiers-déclarant d’autant qu’ils ont déjà le NIR des salariés, mais il leur manque un bout de tuyau pour alimenter les passeports de prévention », regrette Yan-Eric Goullet. « La question n’est pas simple à trancher : la Caisse des dépôts doit veiller à un équilibre dans le dispositif entre souci de simplicité et dangers de fraude », juge Marianne Kermoal-Berthomé. La DGT rappelle que le dispositif d’accompagnement au changement (webinaires, salons professionnels, etc.), en lien avec les fédérations employeurs, les chambres consulaires et les Opco, est très fourni. Sans compter les adaptations réglementaires prévues par le décret du 1er août 2025, avec l’ouverture d’une période transitoire jusqu’au 31 décembre 2026. Dans ce laps de temps, les employeurs peuvent déclarer uniquement les formations obligatoires entièrement encadrées par la réglementation, et les formations obligatoires pour des postes de travail nécessitant une autorisation ou une habilitation de l’employeur.
Découvrez le magazine PréventionBTP
Découvrez notre magazine : conseils d'experts, innovations et meilleures pratiques pour garantir la sécurité sur vos chantiers.
Dernières infos :
Le magazine :

Découvrez la newsletter PréventionBTP
Tous les indispensables pour gérer et se former sur la prévention : les dernières actualités en prévention et dans le BTP et bien plus encore... C’est par ici !
