Travail en extérieur et réchauffement climatique

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    Les récentes vagues de chaleur et phénomènes climatiques dits extrêmes (inondations, tempêtes…) posent question pour la santé des travailleurs en extérieur dont les professionnels de la construction ou les agriculteurs. La montée des températures sur la planète génère en effet un stress thermique, c'est-à-dire l’incapacité du corps humain à maintenir une température normale (37°C). Ce phénomène est susceptible de diminuer la productivité. L’Association des journalistes de l’Environnement a fait le point en interrogeant trois experts lors d’un webinaire.

    « On peut estimer la baisse de productivité et le nombre d’heures de travail perdues pour chaque type d’effort en fonction du niveau des températures » souligne Catherine Saget, chef d’unité au département de la Recherche de l’Organisation internationale du travail (OIT). Ainsi, la productivité diminue de 50 % en cas de températures atteignant 35°C. « L’agriculteur perd 30 minutes de travail toutes les heures », cite par exemple Catherine Saget.

    « La perte d’heures travaillées liées au réchauffement actuel (+1,1%) s’élève à 650 millions d’heures par an, dans le monde, soit 150 millions d’emplois à temps plein », indique de son côté Kevin Jean, enseignant chercheur au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam). C’est l’équivalent de la perte de productivité liée à la pandémie de Covid, selon le chercheur.

    Les régions les plus touchées par le réchauffement climatique et la baisse de productivité

    Catherine Saget a dressé un tableau international des régions les plus concernées dont l’Asie du Sud-Ouest et Sud Est (la plus concernée), l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale. Les Etats-Unis ou l’Amérique du Sud arrivent ensuite, tandis que l’Europe, l’Afrique australe et l’Asie centrale sont un peu moins touchées.

    Dans les huit pays les plus touchés (dont le Togo, le Bénin, le Niger, le Cambodge…), la perte de productivité atteint 9 % par rapport à une situation sans stress thermique. Ces pays marqués par une forte pauvreté (et des emplois informels) risquent de rencontrer de plus en plus de difficultés dans les métiers de la construction et de l’agriculture, résume Catherine Saget. 

    Quels impacts de la chaleur sur la santé ?

    Dans la définition du stress thermique, la température extérieure n’est pas uniquement prise en compte, précise Catherine Saget. Celui-ci intègre plusieurs facteurs comme la température, l’humidité, la radiation, l’exposition au soleil ou l’ombre disponible.

    Kevin Jean, souligne de son côté qu’une température à 40°C en atmosphère sèche est généralement mieux supportée qu’une température à 35°C dans une atmosphère saturée d’humidité.

    Le stress thermique génère plusieurs pathologies. Il peut impacter les capacités respiratoires, le fonctionnement rénal et cardio-vasculaire, mais aussi les fonctions cognitives et donc la vigilance des travailleurs. Enfin, il peut générer des troubles psycho-sociaux (agressions).

    Outre les phénomènes d’hyperthermie (risque de coup de chaleur et de décès chez les travailleurs), le chercheur insiste sur la baisse de vigilance liée à la perturbation du sommeil. Ce manque de sommeil accroît l’irritabilité et les risques psychosociaux entre collègues et vis-à-vis du public. 

    Tous les travailleurs du BTP sont exposés au risque du stress thermique

    Selon un rapport de l’Anses publié en 2018, sur les 17 grandes familles de risques professionnels connues (chutes de hauteur, risques chimiques, atteintes musculaires…) toutes seraient impactées par le réchauffement climatique, à l’exception de deux types de risques : le bruit et le rayonnement. En cause notamment, le manque de vigilance induit par un mauvais sommeil.

    D’après la projection des modèles climatiques et le calcul du « thermomètre mouillé » (température et humidité), un réchauffement de deux degrés exposera un milliard de personnes à des conditions de chaleur et d’humidité non compatibles avec des conditions de travail, reprend Kevin Jean.

    Si 30 % des heures perdues peuvent être récupérées par un changement d’horaires de travail, cette possibilité s’amenuise avec le réchauffement climatique, souligne Kevin Jean. Ce dernier regrette toutefois l’absence de recommandations à la hauteur des enjeux, même si « aucun miracle n’est attendu ».

    Informer, avertir et mettre en sécurité le personnel

    Alix Roumagnac, président de Predict Services, société spécialisée dans la l'accompagnement pour prévenir les risques climatiques, insiste sur la nécessité de s’adapter immédiatement. Une adaptation destinée à atténuer les effets du réchauffement climatique dans une approche positive.

    « On voit aujourd’hui que les politiques RSE se mettent en place pour intégrer une autre approche de la santé-sécurité, notamment grâce à la survenue de la pandémie Covid. Il faut donc poser des recommandations pour montrer comment s’adapter et atténuer l’impact du changement climatique. Et mettre en sécurité les travailleurs exposés », conclut Alix Roumagnac.

    Le travail en intérieur également impacté par le réchauffement climatique

    Le travail en intérieur (ateliers, bureaux) est également concerné par le réchauffement climatique. Il faudra s’adapter et apprendre à travailler avec des températures plus élevées (et non pas limitées à 20°C) pour éviter le recours systématique à la climatisation, émettrice de gaz à effet de serre, soulignent les experts.

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