Batimix : la mixité dans le BTP à portée de main ?
Sur les chantiers, clichés, équipements inadaptés et plafond de verre freinent l’intégration des femmes. Agir pour la mixité devient urgent selon Béatrice Duboÿs.
Publié le : 17/02/2026
Andréa Devulder

Et si les hommes laissaient enfin leur place sur les chantiers ? Cela peut surprendre, mais lever les freins à la mixité passe aussi par ceux qui y travaillent déjà.
En quelques mots, qu’est-ce que Batimix ?
Batimix a été créée pour travailler sur la mixité dans le BTP. Anciennement dans l’industrie métallurgique, j’ai voulu rejoindre une association sur la mixité et j’ai proposé à la Fédération française du bâtiment (FFB) de la créer. Nous avons trois axes : promouvoir les métiers du BTP auprès des femmes, améliorer leur intégration dans les entreprises et valoriser la mixité dans un secteur traditionnellement masculin. Nous ne nous revendiquons pas militants, notre but est de rendre le secteur plus attractif et
inclusif.
Justement, quelles sont les principales difficultés rencontrées par les femmes sur les chantiers ?
L’image du chantier reste un frein. Il est perçu comme très physique et peu
valorisant. On accepte encore certains comportements sexistes ou stéréotypés, simplement parce qu’il y a peu de femmes. Cela renforce les clichés et complique l’intégration. Les
aspects pratiques sont également problématiques : vestiaires, équipements de sécurité, bases vie… tout est souvent pensé pour des hommes, et la réglementation impose parfois des contraintes, comme les vestiaires
séparés, entre autres, qui freinent l’embauche des femmes.
La sécurité et la santé sont-elles aussi des freins à l’embauche ?
Oui, pourtant l’intégration des femmes est vertueuse pour tous. Beaucoup d’hommes souffrent d’une fin de carrière difficile à cause du travail physique. Quand il y a des femmes, on forme des binômes, on réfléchit à des moyens de manutention adaptés, ce qui protège tout le monde. Même pour les femmes enceintes, il suffirait d’adapter les tâches plutôt que de les exclure : la maternité peut être gérée sans nuire à l’entreprise et
cela apporte de l’humilité et de la flexibilité.
Et les femmes ont-elles accès aux mêmes postes et évolutions que les hommes ?
Les métiers de finition et les fonctions de bureau attirent plus de femmes, mais la progression vers des postes stratégiques reste limitée. La maternité et le choix de concilier vie professionnelle et familiale freinent leur carrière. Les hommes, eux, continuent souvent vers des postes de direction. C’est un vrai plafond de verre.
Quelle urgence pour intégrer de façon pérenne les femmes dans le secteur ?
C’est tout de suite qu’il faut agir. Il ne suffit pas d’avoir de belles intentions ou de beaux discours. Concrètement, il faut que les chefs d’entreprise se posent cette question : s’il y avait une action prioritaire pour favoriser la mixité, quelle serait-elle ? Un exemple simple : comme les entreprises du
bâtiment font appel à des agences d’intérim, pourquoi ne pas leur donner pour consigne de recruter au moins deux femmes ? C’est maintenant qu’il faut que chacun, à son échelle, fasse quelque chose pour la mixité.
Notre but est de rendre le secteur plus attractif et inclusif.
Béatrice Duboÿs
Créée en 2022, Batimix œuvre pour la mixité dans le BTP. Béatrice Duboÿs, présidente, y défend l’intégration des femmes sur les chantiers et la mise en place de politiques concrètes pour dépasser les stéréotypes et améliorer les conditions de travail
et les carrières.