Casser les murs dès la formation
Orientation proactive, diplômes non genrés, accompagnement en CFA ou en entreprise : féminiser le secteur passe aussi par les centres de formation et les lycées professionnels.
Publié le : 17/02/2026
Andréa Devulder

Dans le bâtiment, la féminisation des métiers ne se décrète pas, elle se prépare. Céline, 32 ans, conductrice de travaux, se souvient : « Quand j’ai débuté mon apprentissage à 16 ans, j’étais la seule fille de mon école pendant deux ans. » Malgré les évolutions, certains domaines restent très masculins ; seule la finition semble s’être réellement féminisée. Lucie, apprentie carreleuse, confie ne pas en avoir eu conscience avant d’entrer en formation : « J’ai découvert ce métier grâce à mes oncles, qui m’emmenaient sur leurs chantiers. » Constance Hardy, en deuxième année de CAP installateur thermique au BTP CFA Marne, raconte : « Nous ne sommes que deux filles dans la promotion, on s’entraide et le formateur nous pousse à progresser. » Pour Ingrid Zielinski, directrice opérationnelle du Campus des métiers et des qualifications Bâtiment et systèmes énergétiques intelligents 3.0, la solution commence dès la formation : « Il faudrait davantage sensibiliser les maîtres d’apprentissage et les tuteurs, en intégrant dans leur parcours un module sur l’intégration des femmes. »
Des idées à la pelle
Constance Hardy a été recrutée via le dispositif « BTP pour tous », qui vise à repérer et orienter les femmes vers les métiers du bâtiment et à les accompagner sur les plateaux techniques en centre de formation des apprentis (CFA). « Nous avons 41 femmes sur 732 apprentis. Le centre de formation se doit de montrer l’exemple pour que ce soit aussi le cas sur les chantiers », souligne Samia Hayane, conseillère en insertion professionnelle au BTP CFA Marne. La sororité est encouragée : au lycée professionnel Jacques Le Caron, des t-shirts « Fille ou garçon, chacun a sa place » ont été distribués, et un marrainage entre apprenties a été créé par Marie Demolin, référente égalité. Les établissements proposent aussi des vestiaires, sanitaires et vêtements de travail mixtes.
Tester et réformer
Les résultats sont encourageants : au lycée Jacques Le Caron, la part des filles (apprentissage et formation initiale) est passée de 4 % à 17 % en quatre ans. Des chiffres encore en deçà des 24 % d’apprenties au niveau national. Pour Ingrid Zielinski, il reste beaucoup à faire : « Les Hauts-de-France pourraient être une région pilote pour tester des intitulés de diplômes non genrés et créer un levier d’attractivité. Les mentions “CAP maçon” ou “CAP plombier” peuvent décourager certaines jeunes filles. Tester et promouvoir des mesures concrètes est nécessaire. »
Malgré les évolutions, certains domaines restent très masculins ; seule la finition semble s’être réellement féminisée.
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