Sur un chantier, la grossesse demeure un sujet sensible. « C’est encore un non-dit dans beaucoup d’entreprises du BTP, où la présence sur le terrain est perçue comme une preuve d’engagement », observe une responsable RH d’un grand groupe. Pourtant, le Code du travail encadre strictement la situation des salariées enceintes : évaluation des risques, aménagement du poste ou reclassement temporaire sont obligatoires. Certains travaux leur sont interdits — manutention de charges lourdes, exposition à des produits chimiques, vibrations ou travail en hauteur. Si aucun poste compatible n’est possible, la salariée doit être écartée du chantier avec maintien de sa rémunération jusqu’au congé maternité. En pratique, la mise en œuvre varie : beaucoup sont retirées par précaution, tandis que certaines entreprises plus engagées jouent la carte de la responsabilité en favorisant l’accompagnement personnalisé. « L’enjeu est d’éviter la rupture de carrière », souligne un responsable de l’insertion.
Des contre-exemples émergent
ESTP au féminin, coprésidé par Sonia Ben Ahmed, milite pour la normalisation de la grossesse dans le BTP. « Lors d’une conférence organisée sur le sujet, l’une des invitées racontait vouloir changer de cap pour privilégier les métiers de bureau au détriment du travail sur le terrain lorsqu’elle a appris sa grossesse, non pas à cause des risques du chantier, mais de la difficulté à concilier vie pro et perso. Mais l’entreprise a choisi de la soutenir : elle a même été promue à son retour de congé maternité et accompagnée pour gérer simultanément le chantier du Grand Paris et la naissance de son bébé. » Preuve qu’anticiper et adapter les parcours professionnels peut transformer une étape redoutée en levier d’évolution. Si la maternité reste encore source de craintes dans le bâtiment, des initiatives bienveillantes montrent qu’un changement culturel est en marche.