Quand les femmes changent les règles du jeu
Les femmes restent peu nombreuses sur les chantiers. Pourtant, leur rôle stratégique est attendu : piloter des projets, impulser le respect et transformer la culture chantier.
Publié le : 17/02/2026
Andréa Devulder

En résumé :
- Les femmes s’imposent dans le BTP : elles dirigent, pilotent des chantiers et prouvent que la compétence n’a pas de genre.
- En raison des clichés persistants, les femmes doivent doubler d’efforts sur les chantiers.
« Les femmes sont aussi compétentes que les hommes. Elles peuvent piloter un chantier ou gérer une entreprise », rappelle Laetitia Lebriez, présidente nationale des groupes femmes de la FFB et à la tête de Bois d’Antan (Pas-de-Calais), entreprise spécialisée dans la menuiserie d’agencement. « Aujourd’hui, les mentalités changent et il ne s’agit pas de féminisme : les générations sont simplement ouvertes et libres quant à leurs choix professionnels. » Sur le terrain, les jeunes conductrices de travaux illustrent également cette évolution. Pourtant, le taux de féminisation de ce poste reste très faible, n’atteignant que 2 % selon une étude de Headhunting Factory. Alyssia et Céline ont choisi cette voie pour allier bureau et chantier. « Les hommes doivent s’adapter : ce n’est pas un métier réservé à un sexe. Au début, il faut prouver sa compétence et montrer sa poigne pour être reconnue, parfois rappeler aux ouvriers qu’on est là pour gérer, pas pour observer. »
Les femmes, des hommes comme les autres
Les stéréotypes, pourtant, persistent. On associe encore les femmes à la précision ou à la fragilité, limitant leur reconnaissance sur des postes stratégiques. « Cette catégorisation assez clichée diminue leur rôle et leur potentiel sur les chantiers », constate Ingrid Zielinski, directrice opérationnelle du Campus des métiers et des qualifications Bâtiment et systèmes énergétiques intelligents 3.0. Samia Hayane, conseillère en insertion professionnelle au BTP CFA Marne, parle de « sexisme bienveillant ». Constance Hardy, en deuxième année de CAP installateur thermique dans ce même centre de formation, le confirme : « Quand des apprentis hommes veulent m’aider à porter un sac de 20 kg, je refuse. Je sais le faire. » Mais la présence accrue des femmes change le visage des chantiers. Les pratiques deviennent plus inclusives, comme le montre Éliane Lenouvel, formatrice chez les Compagnons du devoir et du tour de France : « La première entreprise où j’ai travaillé avait acheté des visseuses moins lourdes pour que ce soit plus facile pour une apprentie de 15 ans. Femme ou homme, l’idée était de répondre au besoin du salarié. » Une réactivité qui favorise l’égalité sur le terrain. Pour Mounaya Ahamada, dirigeante de Mounaya Décor, spécialisée dans la finition : « Chaque chantier est une preuve que la compétence l’emporte sur le genre. »
Voir aussi