Inscrite depuis 1969 dans le paysage du port de Roscoff (Finistère), l’estacade permet l’accostage à marée basse des bateaux qui assurent la liaison maritime entre l’île de Batz et le continent. Son exposition constante aux ions chlorures (issus des sels marins) l’ayant progressivement dégradée, une réhabilitation de grande ampleur est devenue indispensable pour garantir la sécurité et la continuité du service. La région Bretagne, en tant que maître d'ouvrage, a engagé, depuis septembre 2024, des travaux de renforcement menés par Bouygues TP Régions France et Groupe Marc sur les 600 mètres de long de l’ouvrage. L’objectif est de prolonger sa durée de vie d’au moins cinquante ans, tout en minimisant les impacts sur les usagers et sur l’environnement.
La première difficulté du chantier réside dans son implantation en milieu maritime, sur un plateau rocheux se découvrant au rythme des marées. « Il a fallu trouver des créneaux dans le calendrier où les entreprises peuvent accéder à l’estran pour travailler », explique Thibault Tanné, chargé d’opération pour la région Bretagne. L’autre contrainte majeure a été le maintien du service entre septembre 2024 et juin 2025. Cette première phase lourde comprenait la réfection des semelles des piles depuis l’estran, le chemisage structurel des fûts de pile existants (avec membrane d’étanchéité) et le ferraillage, puis le coffrage et le bétonnage. Travaux auxquels se sont ajoutés ceux de renforcement de la précontrainte. Durant cette phase d’intense activité, le chantier a dû cohabiter avec la circulation des usagers à chaque rotation de la navette (sept à huit par jour à marée basse).
Des travaux depuis le haut
Le dispositif mis en place par le groupement d’entreprises combine l’aménagement des horaires et la mise en œuvre d’outils spécifiques à chaque stade de la restauration. Dans la première phase, la grue à tour positionnée sur le quai a permis la dépose sur l’estran (et la remontée) de l’ensemble des matériels à marée basse. Une fois la partie inférieure des fûts (semelles et amorces) traitée, la réfection des piles s’effectue depuis le tablier. Des échafaudages roulants négatifs permettent d’accéder en sous-face de l’ouvrage pour réaliser le renforcement de la précontrainte. « Toutes les opérations de mise en tension se font à marée haute, en dehors de l’utilisation de l’estacade, pour éviter la coactivité avec les usagers », explique Léo Daurios, ingénieur travaux principal de l’opération. Après une interruption, du 15 juin au 15 septembre, les travaux vont reprendre jusqu’en juin 2026. Sur cette période (phase 2), l’estacade est interdite au public et laissée à l’entière disposition du chantier.