266 Dossier transition énergétique photo ouverture

    ©Emmanuel Gabily

    En résumé

    • Les phases de construction et déconstruction concentrent au moins 60 % des émissions de GES.
       
    • Matériaux et procédés sont amenés à évoluer, avec des enjeux de prévention à intégrer.
       
    • Dossier paru dans Prévention n° 266-Octobre 2022-p. 6

    Stratégie bas carbone. Ce sujet est aujourd'hui au cœur des préoccupations des acteurs du BTP, qui se mettent tous en ordre de bataille pour l'élaborer, tant pour la construction neuve que pour la rénovation. En France, le secteur du bâtiment représente 24 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) sur l’ensemble de son cycle de vie, incluant la construction et la déconstruction.
    La Stratégie nationale bas carbone (SNBC) publiée en 2020 fixe la feuille de route pour atteindre l’objectif de neutralité carbone de la France d’ici à 2050. En vigueur depuis le 1er janvier 2022, la réglementation environnementale 2020 (RE2020) s’inscrit dans cette tendance, en poursuivant un objectif de sobriété énergétique (-15 à -20 % de consommation d’énergie primaire par rapport à la RT2012) et carbone.

    Construction et déconstruction, des phases émettrices de gaz à effet d e serre

    En effet, l’expérience de l’Observatoire E+C-* a permis de mettre en évidence qu’entre 60 et 90 % de l’empreinte carbone des bâtiments est liée aux phases de construction et de démolition. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’un bâtiment ont une double origine. Durant son exploitation, elles proviennent de ses consommations d’énergie : chauffage, climatisation, éclairage. Durant sa construction, chaque étape, décomposée en treize lots de produits de construction ou équipements dans le référentiel E+C-, est émettrice de GES. Julien Beideler, secrétaire général de l’Union de la maçonnerie et du gros œuvre à la FFB, expose que « l’indice carbone construction de la RE2020 est évolutif. On a un objectif de performance pour 2022, puis celui-ci progressera par période en 2025, 2028, puis 2031 », où l’exigence sera de -35 % d’émissions par rapport au niveau de référence actuel.

    Une nécessaire évolution des pratiques du bâtiment pour un meilleur indice carbone

    Les acteurs du BTP doivent donc rechercher le meilleur indice carbone construction et énergie des ouvrages commandés. « L’objectif est de réaliser une surperformance environnementale, et les entreprises, les fabricants et les industriels sont poussés à innover, tant sur les procédés que sur les matériaux, affirme Philippe Robart, directeur technique de l’OPPBTP. Pour cela, on va par exemple rechercher des bétons bas carbone ou développer l’usage du bois pour les structures comme lesplanchers ou les poutres ainsi que pour les éléments de façade. On va également multiplier le recours aux énergies renouvelables avec la couverture photovoltaïque des toitures. »
    La manière de construire évolue également, d’abord avec le développement de la préfabrication en atelier, qui va permettre d’optimiser au plus juste la consommation de ressources et d’énergie. Cette pratique déjà existante connaît un nouvel essor pour des composants plus importants, comme les escaliers, les balcons ou parfois même les salles de bains. Cette mutation du BTP peut-elle constituer un atout pour la prévention ? Oui, selon Julien Beideler : « En faisant évoluer nos méthodes de travail, nous allons former nos encadrants à ces nouveautés et c’est aussi l’occasion de mettre à jour notre document unique d'évaluation des risques. En termes de prévention ce n’est pas complètement nouveau mais il est nécessaire de bien l'appréhender. »
    Plus encore que la préfabrication, le changement pourrait venir de la construction hors site. Philippe Robart établit un parallèle avec l’industrie maritime : « Comme pour un navire de croisière, dont les cabines sont fabriquées au sol puis transportées jusqu’à la cale du chantier, on va pouvoir construire entièrement des pièces tous corps d’état de l’ouvrage en usine puis les assembler sur site. »

    La rénovation également concernée par la RE2020

    La RE2020 ne concernant que les constructions neuves (logements individuels et collectifs, bâtiments de bureaux et d’enseignement), l’objectif de sobriété énergétique et carbone ne saurait être atteint sans travailler sur le parc existant. Avec des enjeux de prévention spécifiques : « Le sujet majeur est la préparation de l’opération de curage, avec souvent un déficit d’informations sur l’ouvrage quant à sa stabilité structurelle ou la présence de matériaux dangereux, type amiante ou plomb, avertit le directeur technique de l’OPPBTP. Le curage en lui-même est constitué d’opérations manuelles avec les risques associés de blessures, de troubles musculo-squelettiques. » Le travail sur les structures (toitures légères avec stabilité limitée, travail sur des éléments porteurs…) nécessite une évaluation des risques en amont afin de bien préparer le chantier et de chiffrer précisément ce type d’intervention. Les travaux de rénovation entraînent aussi des actions génératrices de poussières et donc un risque d’exposition. La vigilance s’impose !

    *Le label d'État « Bâtiments à Énergie Positive et Réduction Carbone » (E+C-) doit contribuer à tendre vers la généralisation des bâtiments bas carbone en évaluant la performance énergétique et environnementale des bâtiments, dans le cadre d’une construction neuve.

    En faisant évoluer nos méthodes de travail, nous allons former nos encadrants à ces nouveautés.Julien Beideler, secrétaire général de l'UMGO

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