En résumé

    Le plomb est présent dans de nombreux bâtiments.
    Tout chantier de rénovation doit débuter par un repérage.
    Le lavage de mains est essentiel pour prévenir les intoxications.

    Article paru dans Prévention n° 268-Décembre 2022-Janvier 2023-p. 28.

    Plus de 200 000 salariés sont exposés au plomb, dont 32 500 dans le secteur de la construction, selon la dernière enquête Sumer (2020). Peintres, couvreurs, soudeurs, plombiers, façadiers, menuisiers, démolisseurs et, de manière générale, tous les professionnels travaillant en rénovation ou sur des chantiers de monuments historiques sont concernés (lire l'encadré). Le Code du travail fixe une valeur limite d'exposition professionnelle (VLEP) réglementaire de 0,1 mg/m3, à ne pas dépasser durant huit heures d'exposition. Les peintures à base de céruse sont interdites en France depuis 1949. Or, des peintures contenant du plomb ont continué à être commercialisées après cette date, et le plomb sous forme métallique reste utilisé, notamment dans le secteur des monuments historiques. Le risque d'exposition au plomb demeure donc présent dans le BTP.

    Évaluer le risque

    «Avant tout démarrage de chantier, il convient de faire un repérage exhaustif au regard du périmètre et de la nature des travaux qui vont être envisagés», indique Vincent Oudard, ingénieur conseil à la Cramif. Ce repérage permet d’identifier les produits susceptibles d’émettre du plomb : peintures au plomb, qui risquent de diffuser le métal lors du décapage, cloisons en carreaux de mâchefer, dont la démolition dégagera des poussières de plomb, toitures ou sols, canalisations d’adduction d’eau datant d’avant le décret de 1995*. Une fois ce risque évalué, le maître d’ouvrage doit «identifier les techniques d’intervention les moins émissives, par exemple l’usage de cataplasmes à base de latex pour nettoyer une façade, le décapage chimique des peintures plutôt que le sablage, piquage ou grattage, l’utilisation d’une pince hydraulique plutôt que la découpe au chalumeau.» Une fois la technique retenue, il y aura lieu d’évaluer les risques et de mettre en place les mesures organisationnelles, techniques (captage des polluants à la source…) et humaines adaptées. Les EPI seront déterminés en complément de ces mesures.

    Une solution simple et efficace

    La contamination au plomb se fait par inhalation de fumées et particules de plomb ou par ingestion de poussières contenant du plomb. «Un mécanisme classique d’ingestion consiste à porter à la bouche des mains sales, en fumant ou en mangeant sans s’être lavé les mains. Le plomb risque alors de s'accumuler dans l’organisme au fil du temps», note le Dr Carole Morneau conseiller médical à la Cramif. Ce plomb, qui se stocke dans certains organes et dans les os, peut entraîner des symptômes tels que stérilité, insuffisance rénale, troubles digestifs, anémies… «Les mesures d’hygiène sont essentielles, notamment le lavage soigneux des mains à l’aide d’une brosse et la douche. Il faut aussi veiller à ne pas exporter de plomb dans la sphère privée, tenue de travail, objets contaminés rapportés chez soi ou dans sa voiture…»


    *Le décret du 5avril 1995 a interdit la mise en place de canalisations en plomb dans les installations de distribution d’eau.

    Notre-Dame, un chantier hors normes…

    De nombreux corps de métiers travaillent à la réfection de Notre-Dame-de-Paris. Si certains – notamment les couvreurs des bâtiments historiques – sont familiers du risque plomb, « les autres sont souvent moins conscients des risques encourus », note le Dr Edgar Bayle, médecin du travail au SIST-BTP Lorraine, qui suit diverses équipes détachées sur ce chantier (électricité, charpente, échafaudage, réfection de dallage…). Une formation sur le plomb a été dispensée à chacun. « Ils ne peuvent pas accéder au site tant qu’ils n’ont pas eu cet entretien », indique le Dr Bayle. Des plombémies ont été également prescrites. Elles sont pour le moment rassurantes, signe que le respect de règles strictes d’hygiène est efficace. La vigilance reste néanmoins de mise : « Je n’ai de cesse de leur répéter qu’il ne faut ni manger ni fumer avec des mains souillées », insiste-t-il.

    268 santé - Comment se protéger du plomb ?

    Repérer les signaux d’alerte

    Des troubles digestifs sont parfois un signe d’intoxication au plomb ! D’autres symptômes (fatigue, nausées, maux de tête, irritabilité, paresthésies…) peuvent alerter. Les symptômes n’étant pas spécifiques, seule une plombémie (taux de plomb dans le sang) permettra d’en faire le diagnostic.

    268 santé - Surveiller la plombémie

    Préserver sa famille

    Les tenues de travail contaminées ne doivent pas être rapportées au domicile, mais être lavées et entretenues par l’entreprise. L’employeur prévoit deux vestiaires à disposition des salariés : un propre et un sale, séparés par des douches.

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    Repérer le plomb avant une rénovation

    Les peintures, revêtements extérieurs, étanchéités peuvent contenir du plomb. Un repérage adapté à la nature et au périmètre de l’opération doit être réalisé avant les travaux de rénovation/démolition. Si la présence de plomb est identifiée, il est nécessaire de recourir aux méthodes les moins émissives.

    268 santé - Repérer le plomb avant une rénovation

    Surveiller la plombémie

    Le plomb s’accumule dans l’organisme. Des expositions même mineures peuvent entraîner une intoxication progressive, le plus souvent silencieuse. Surveiller la plombémie est essentiel chez les travailleurs exposés. Les seuils exigeant le retrait du poste sont de 300 et 400 µg/l dans le sang respectivement pour la femme et l’homme. En 2013, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a recommandé de les abaisser à 180 µg/l.

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