Refaire l'asphalte d'une autoroute, creuser un tunnel, réhabiliter un centre commercial ou étendre un site industriel, sont autant de travaux réalisés en horaires décalés soit parce qu'il convient d'éviter la coactivité ou maintenir la continuité du service de jour, soit parce que les engins fonctionnent 24 h/24 pendant toute la durée d'un chantier. Ces travaux imposent aux équipes un rythme artificiel qui affecte leur sommeil. La modification du rythme veille-sommeil peut entraîner des conséquences sur la santé, comme le rappelle un rapport de l'Anses* : troubles du sommeil, troubles métaboliques et risques probables cancérogènes, troubles cardiovasculaires et psychiques. À cela s'ajoute une fatigue accrue et une augmentation de l'accidentologie, tant sur le lieu de travail que lors des trajets. Préserver un temps suffisant de repos est essentiel pour conserver une vigilance optimale et limiter ces risques. Les salariés en horaires décalés font l'objet d'un suivi individuel adapté (SIA). Ils bénéficient, au moins une fois tous les trois ans, d'une visite médicale. « Pour les postes de sécurité, l'idéal serait de les voir tous les ans », indique le Dr Katy Mamou, médecin du travail à l'ACMS de Suresnes. Lors de l'entretien, le médecin explore l'état de santé général de la personne. Il interroge également sur les traitements en cours, notamment ceux qui pourraient affecter la vigilance. Mais surtout, les questions d'hygiène de vie sont centrales. Car, plus que pour tout autre salarié, le respect d'une alimentation saine et équilibrée et d'un sommeil suffisant en qualité et en quantité est essentiel. Le médecin s'intéresse enfin au poste de travail (horaires, luminosité…) et aux temps de pause (collations, siestes…).
Horaires décalés : s'adapter dans toutes les situations
Certaines situations ne permettent pas d'aménagements simples du poste. « Les opérateurs de tunneliers travaillent sur des machines qui fonctionnent en continu, note Katy Mamou. Ils ne peuvent pas, dans ces conditions, prendre une pause pour faire une sieste en milieu de nuit. » Ils n'ont d'autre choix que de multiplier les microtemps de repos, pour conserver un niveau de vigilance optimal. Le travail posté implique d'autres contraintes, puisque le salarié change régulièrement d'horaires. « C'est un peu comme s'il était en jet-lag permanent. » Le médecin du travail peut accompagner l'entreprise pour établir un rythme de rotation convenable. Et « tout salarié qui se sent fatigué, qui a des difficultés d'endormissement ou des insomnies récurrentes doit en parler au médecin du travail, insiste le Dr Philippe Beaulieu, somnologue au CHI Henri-Mondor à Créteil. Il faut soigner les troubles du sommeil avant qu'ils ne se chronicisent. » Une fois l'insomnie installée, il est difficile de la traiter alors qu'il existe, en amont, des moyens simples de prévenir la dégradation du sommeil.
*Évaluation des risques sanitaires liés au travail de nuit, juin 2016.