Un peu plus de 365 000 travailleurs en France sont exposés à l’inhalation de poussières de silice cristalline, selon l'enquête Sumer 2017. Une grande partie d’entre eux exercent dans le BTP. Les opérations de ponçage, burinage, percement, grattage d'enduit, démolition, sciage et découpe sont parmi les plus émissives. Interrogés sur ce qu'est la silicose par le Dr Nicolas Ferrando dans le cadre de sa thèse de médecine, 45 % des compagnons répondent « Je ne sais pas ». En 2018 plus des trois quarts des travailleurs du BTP ignorent le risque d’exposition à la silice cristalline. Le niveau de connaissances est meilleur chez les employeurs. Mais là encore, il existe une importante marge de progrès. Outre la silicose, l’inhalation de poussières de silice cristalline alvéolaire peut entraîner de nombreuses maladies : cancer broncho-pulmonaire, BPCO, insuffisance rénale, sclérodermie, polyarthrite rhumatoïde…
Un nouvel outil, Carto Silice
Depuis la publication de la thèse du Dr Ferrando, la situation a beaucoup évolué. En 2019, le GNMST BTP consacrait une session à ce sujet aux 35es Journées santé au travail dans le BTP. En 2021, la réglementation changeait (lire ci-dessous), et en 2022 l’OPPBTP et ses partenaires publiaient les résultats et préconisations de la campagne exploratoire Carto Silice. Elle levait le voile sur certaines situations courantes et/ou exposantes, et les méthodes les plus efficaces pour se protéger. Dans la continuité de ces travaux, l’OPPBTP et ses partenaires, la Capeb, la FFB, la Fédération SCOP BTP et la FNTP, ont lancé en 2023 une nouvelle campagne, Carto Silice BTP, dont le premier rapport, publié en février, contient les résultats détaillés de sept situations de travail les plus avancées. « C’est une campagne se déroulant sur plusieurs années qui permet de fournir des données actualisées et de valoriser des pratiques opérationnelles vertueuses », précise Alison Alazard responsable risque chimique à l’OPPBTP. « Avant, nous partions d’une page blanche, maintenant grâce à la campagne Carto Silice, nous avons toute une base de données », se réjouit Nicolas Bonnet, IPRP au SPSTI BTP Lorraine, co-auteur en 2019 d’une étude sur l’exposition à la silice cristalline alvélolaire chez les maçons finisseurs. Il observe une véritable prise de conscience du risque par les entreprises. Même constat pour le Dr Jean-François Blanchemain, médecin du travail chez AHI 33, qui note une nette augmentation des travailleurs en suivi individuel renforcé (SIR), permettant le suivi médical adapté selon les recommandations de la Haute autorité de santé de 2021. Et pour aller plus loin ? De nouvelles bonnes pratiques sont en train d’émerger : matériaux préfabriqués, prédécoupés, calepinage, bordures en « coulé en place »… « Souvent je demande aux conducteurs de travaux pourquoi ils ébavurent les voiles alors qu’ils vont être recouverts », indique Nicolas Bonnet, soulignant un conseil de bon sens pour éviter les tâches empoussiérantes inutiles. Enfin, les SPSTI sensibilisent les entreprises sur le Fipu, à savoir les aides des Carsat afin d'accompagner la mise en place de mesures de prévention adaptées.