Actu infarctus

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    Qu’est-ce un infarctus ? Comment le prendre en charge dans l’urgence ? Quels traitements ? Quelles séquelles ? Comment favoriser la reprise d’une activité professionnelle ? Toutes ces questions ont été évoquées au fil des exposés et des questions de l’assistance à l’occasion de la journée Marcel Marchand, qui s’est tenue le 19 janvier 2024, à l’initiative du Pr Paul Frimat, président de l’ISTNF (Institut de santé au travail du nord de la France Hauts-de-France).

    Le défibrillateur sauve des vies

    Quarante mille morts subites cardiaques surviennent chaque année en France a rappelé Benjamin Skoury, formateur SST (Sauveteur secouriste au travail) chez Action santé travail. Le taux de survie passe de 7 % à 35 % si les témoins de la scène prennent en charge la victime (massage cardiaque, appel des secours et recours éventuel au défibrillateur). Les défibrillateurs, que l’on voit désormais fleurir dans nos villes, nos entreprises et tous les lieux accueillant du public, sauvent de nombreuses vies. Ils pourraient en sauver plus encore, si nous étions plus nombreux à oser les utiliser.

    Réhabilitation cardiaque : des programmes qui diminuent le risque de décès postinfarctus

    Autre moyen de préserver des vies mais également la « qualité de vie », la réhabilitation cardiaque. Ces programmes associant hygiène de vie et réentraînement à l’effort diminuent d’un quart le risque de décès en postinfarctus. « Ils augmentent également d’un quart la VO2max (quantité maximale d’oxygène que les poumons parviennent à capter, NDLR), et donc la capacité à réaliser les activités de la vie quotidienne ou à exercer un travail rémunéré », indique le Dr Sophie Durand, cardiologue de réadaptation et vice-présidente de l’association Cœur et travail.

    Seul un patient sur trois bénéficie d’un programme de réhabilitation. Les raisons en sont multiples : difficultés d’accès aux centres, insuffisance de prescription, absence de motivation du patient… Les médecins du travail sont invités à orienter vers ces centres les salariés qu’ils voient en visite de préreprise après un accident cardiaque. La réhabilitation peut se faire en postinfarctus immédiat, mais aussi être différée dans le temps si les centres sont saturés ou si le salarié ou l’artisan a des contraintes de disponibilité. Il est ainsi possible de reprendre le travail à temps plein, puis solliciter quelques mois plus tard un mi-temps thérapeutique de quatre à six semaines pour la réhabilitation.

    Le Dr Durand insiste sur la nécessaire synergie entre le cardiologue et le médecin du travail pour anticiper la reprise du travail après un infarctus. « Vous êtes les seuls à disposer d’informations sur la santé du salarié et sur les contraintes de son travail. Nous, les cardiologues, nous n’avons pas ces compétences ».

    L’association Cœur et travail propose par ailleurs aux infirmières en santé au travail des formations pour apprendre à réaliser un électrocardiogramme (ECG) de qualité, et aux médecins du travail pour interpréter un ECG et lire une épreuve d’effort, afin d’adapter au mieux le poste en fonction des séquelles de l’accident.

    Reprendre le travail sereinement après un arrêt cardiaque

    Bonne nouvelle, avec les progrès de la cardiologie, la majorité des salariés pourront reprendre leur travail sereinement après un infarctus, indique le Pr Gilles Lemesle, cardiologue interventionnel au CHRU de Lille. Quelques précautions toutefois : adapter la charge de travail aux capacités résiduelles du salarié (surtout pour les métiers physiques, comme ceux du BTP), et tenir compte des effets secondaires des traitements antiagrégants. « Ces traitements augmentent le risque hémorragique, ce qui peut poser problème par exemple pour un mécano ou un maçon en cas de blessure. »

    Quels efforts le salarié est-il en mesure de réaliser ? L’essai encadré, dispositif codifié par la circulaire n°30/2022 du 24 novembre 2022 et destiné à prévenir la désinsertion professionnelle, est un moyen efficace de le déterminer, ajoute le Dr Alain Moniez, membre du conseil d’administration de l’ISTNF et coorganisateur de ces rencontres.

    Aujourd’hui, la durée d’un arrêt de travail en postinfarctus est de neuf mois. Selon le Pr Lemesle, la majorité des personnes pourraient reprendre le travail très rapidement après l’accident. Autre étonnement : après un infarctus, il est interdit pendant un mois de conduire un véhicule. Cet interdit n’est plus vraiment justifié au regard des progrès de la cardiologie.

    In fine, les experts concluent à l’importance de la concertation afin de favoriser la meilleure récupération et le retour précoce au travail. « Les éléments de langage du médecin du travail et du médecin-conseil doivent être coordonnés pour que le patient ne soit pas dérouté », indique Luc Goupil, médecin-conseil-chef à la Sécurité sociale. De son côté, le Pr Frimat note que les décrets d’application de la loi de 2021 devraient permettre une connexion efficace entre le dossier médical de santé au travail (DMST), l’espace santé et, de manière plus générale, avec l’Assurance maladie.

    La prochaine Journée Marcel Marchand de l’ISTNF se tiendra en mai, et portera sur la prévention de la désinsertion professionnelle et le retour à l’emploi.

    En savoir plus sur les Journées Marcel Marchand.

    En chiffres
    • 1 200 Infarctus déclarés en accident du travail(1)
    • 40 000 morts subites par an(2)
    • Un patient sur trois seulement part en réhabilitation après un infarctus(3)

    (1) Luc Goupil, médecin-conseil-chef à la Sécurité sociale.
    (2) Benjamin Skoury, formateur SST chez Action santé travail.
    (3) Cohorte Frenchie.

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