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La récente recrudescence de cas de silicoses sévères liées à l’utilisation de nouveaux matériaux (pierre reconstituée) a conduit l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) à s’autosaisir afin de faire le point sur les poussières de silice. Cette dernière a rendu son avis le 22 mai dernier. Principales conclusions de l’agence : «Compte tenu des effets sanitaires d’une part, et des données d’exposition françaises collectées d’autre part, l’expertise de l’Anses conclut à l’existence d’un risque sanitaire particulièrement élevé pour la population professionnelle exposée à la silice cristalline à des niveaux supérieurs ou équivalents à la VLEP de 0,1 mg/m3 actuellement en vigueur en France.»

Depuis le classement de la silice cristalline comme cancérogène pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) en 1997, toutes les études ont, en effet, souligné le lien avec le cancer broncho-pulmonaire. «Le risque est majoré en présence d’une silicose pulmonaire, mais les études disponibles confirment l’existence d’un risque significatif indépendamment de la silicose», estime l’Anses. Cette dernière confirme également une association significative entre une exposition à la silice cristalline et le risque de développer une maladie auto-immune comme la sclérodermie systémique, le lupus érythémateux systémique et la polyarthrite rhumatoïde. De la même manière, l’exposition à la silice cristalline augmente le risque de développer des pathologies respiratoires non malignes autres que la silicose telles que la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO), l’emphysème ou la tuberculose.

Comment limiter l'exposition aux poussières de silice

Baisser les valeurs limites d’exposition professionnelle

Dans son rapport, l’Anses émet un certain nombre de recommandations. Elle préconise en premier lieu de réviser les méthodes de prélèvement et de mesure de ces poussières et de revoir à la baisse les VLEP-8h sans faire de distinction entre les polymorphes (quartz, cristobalite et tridymite). Ces valeurs sont actuellement fixées à 0,1 mg/m3 pour le quartz et à 0,05 pour la cristobalite et la tridymite.

L’agence recommande également de mettre à jour les tableaux des maladies professionnelles dédiés à la silice, et de faire évoluer le diagnostic et le dépistage de certaines pathologies en évaluant notamment la place du scanner thoracique dans le dépistage de la silicose. L’agence recommande enfin de transposer rapidement la directive européenne de décembre 2017 ( UE 2017/2398 ) qui reconnaît comme cancérogènes les travaux exposant à la poussière de silice. En France, la silice est classée agent chimique dangereux mais pas encore CMR.

Mettre en place des moyens de prévention adaptés

En matière de prévention, l’Anses rappelle en premier lieu la nécessité d’appliquer les mesures de prévention définies par la directive 2004/37/CE . Les experts proposent par ailleurs de généraliser les mesures telles que le travail à l’humide et le captage à la source, en vérifiant systématiquement au préalable leur efficacité en fonction des outils et des techniques utilisées. Ils soulignent la méconnaissance du risque dans les populations concernées et préconisent des opérations de sensibilisation et de formation.

Le premier défi consiste à sensibiliser les opérateurs, les encadrants, les chefs d’entreprise au risque poussière, quelle que soit sa nature. Parce que les poussières sont généralement inodores et à effet différé sur la santé, le risque est souvent ignoré. La force de l’habitude conduit les compagnons à vivre avec de la poussière.

Patrick Richard, directeur technique de l’OPPBTP.

L’organisme estime par ailleurs que l’accompagnement des opérateurs dans le port des équipements de protection individuels, des masques, est une autre mesure indispensable, qui doit venir en complément des moyens de protection collective. « Il est clair que le port systématique du masque lorsqu’il y a de la poussière sera un changement d’habitude majeur pour notre secteur », affirme Patrick Richard.

Une campagne de mesurage de l’empoussièrement dans le bâtiment et les travaux publics

En 2017, l’OPPBTP, avec la FFB, la Capeb, la FNTP et la Fédération Scop BTP, a lancé une vaste campagne de mesurages de l’exposition à la silice cristalline alvéolaire des opérateurs sur des chantiers du bâtiment et de travaux publics. Cette nouvelle campagne, qui fait suite au travail déjà mené par l’organisme dans le cadre du projet Carto amiante, poursuit deux objectifs principaux: vérifier de façon objective l’efficacité des moyens de prévention (collectifs et individuels) mis en œuvre sur les chantiers et identifier des situations de travail particulières qui devront faire l’objet d’études plus détaillées. Le périmètre a été limité à vingt situations de travail les plus courantes, réparties entre le bâtiment et les TP. Les premiers résultats, assortis de préconisations, feront l’objet d’un rapport qui devrait être présenté à l'automne 2019.

Les métiers concernés

En France, près de 365 000 travailleurs seraient exposés à la silice cristalline, en particulier au quartz. L’Anses estime que 23000 à 30000 travailleurs le seraient à des niveaux excédant la valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) de 0,1 mg/m3, en vigueur en France, et plus de 60000 à des niveaux excédant la VLEP la plus basse proposée au niveau international, établie à 0,025 mg/m3. Plus des deux tiers de ces niveaux d’exposition concernent le secteur de la construction. Sableurs, démolisseurs, travailleurs du béton, carreleurs, tailleurs de pierre sont parmi les plus touchés.

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