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Des salariés mal informés sur les addictions au travail

- Mise à jour le 18/11/2019 15:20

Dans la construction, 66 % des salariés se sentent mal informés sur la manière d’aborder le sujet des addictions, selon une étude publiée début novembre.

Addiction cigarette

 

Les entreprises ne prennent pas encore assez en compte le risque addictif comme un sujet de santé, de sécurité et de prévention prioritaire, selon un sondage Elabe publié début novembre dernier. Commandée par GAE Conseil, cabinet conseil spécialiste de la prévention des addictions en milieux professionnels, cette étude révèle que, dans la construction, 66 % des salariés se sentent mal informés sur la manière d’aborder ce sujet (70 % de l’ensemble de l’échantillon). Et pourtant, 48 % des salariés de la construction et des transports considèrent les pratiques addictives comme fréquentes dans leur milieu professionnel (44 % tous secteurs confondus). De plus, la précarité financière et la pénibilité physique au travail apparaissent comme des variables aggravantes de cette perception.

Les jeunes les plus exposés aux pratiques addictives

L’âge influence également la perception du niveau d’exposition à ces risques. Les salariés de moins de 50 ans jugent les pratiques addictives plus fréquentes (46 % des 15-24 ans et des 25-49 ans) tandis que ceux de plus de 50 ans, les estiment moins fréquentes (37 %). Un résultat logique selon GAE Conseil puisque les plus jeunes sont potentiellement les plus exposés aux pratiques addictives et que l’on retrouve statistiquement parmi eux le plus de consommateurs de produits psychoactifs.

En cas de problèmes, 52 % des salariés se tourneraient vers la médecine du travail

Interrogés pour savoir vers quel interlocuteur ils se tourneraient en priorité dans la situation où un collègue ou un collaborateur aurait des problèmes liés à une addiction, les salariés seraient 57 % à solliciter en premier les proches. Ils se tourneraient ensuite, pour 52 %, vers la médecine du travail, avant le supérieur hiérarchique (44 %) et les représentants du personnel (36 %) et enfin le service prévention², santé-sécurité (HSE) (13 %).

L’entretien individuel, une mesure efficace

Parmi trois types de mesures, les mesures ciblées et les mesures globales sont jugées les plus efficaces par les salariés : l’entretien individuel avec la personne concernée (efficace pour 77 %), l’orientation vers la médecine du travail (72 %), la mise en place de référents internes sur les questions d’addictions (64 %) et la mise en place d’une politique globale de santé, de sécurité et de prévention des addictions (75 %). S’agissant des mesures coercitives, les dépistages de stupéfiants (62 %) et d’alcool (60 %) sont jugés les plus efficaces, suivis de près par l’interdiction de la consommation d’alcool (59 %).

Une ligne spécialisée d’écoute en addictologie

Interrogés sur l’intérêt d’outils de e-santé pour la prévention des pratiques addictives, 72 % des salariés les jugent utiles. Une ligne spécialisée d’écoute en addictologie pour avoir des conseils pratiques sur la manière d’aborder le sujet avec un collaborateur ou un collègue est jugée efficace par 82 % des salariés (25 % tout à fait et 57 % plutôt). Une consultation avec un patient-expert est jugée utile par 75 % des salariés (19 % tout à fait, et 56 % plutôt). Un patient-expert est une personne sortie de la dépendance qui a suivi une formation spécialisée et a réalisé un travail personnel lui permettant de dialoguer avec une personne souffrant d’addictions et de l’aider.

Ariane Pommery, patient-expert en addictologie auprès de GAE Conseil et du Centre hospitalier Bichat l’affirme : « Une personne souffrant d’addictions a besoin qu’on lui parle, d’être recadrée, mais sous l’angle des dysfonctionnements engendrés. Il ne faut pas attendre qu’elle en fasse la demande. » Or, bien souvent, le sujet reste tabou en entreprise.

Une démarche préventive globale

Depuis plusieurs années, l’entreprise Vinci Travaux Publics Ile-de-France & Maritime et Fluvial a souhaité s’attaquer au sujet sensible des addictions. « Les statistiques nationales sur les conduites addictives montraient qu’un pourcentage significatif de la population avait des pratiques addictives, rapporte Jean-Pascal Dusart, DRH. Statistiquement, nos salariés pouvaient donc être concernés, alors que les postes qu’ils occupent sur les chantiers sont majoritairement des postes à risque et que notre mission est de préserver leur intégrité physique. » Il était donc fondamental pour l’entreprise de mener une démarche préventive globale sur ce thème.

Des sessions de formation pour l’encadrement

Des sessions de formation ont été organisées pour l’encadrement à la prévention des conduites addictives ainsi qu’à l’utilisation des tests de dépistage alcool et drogue. Parallèlement, le règlement intérieur a été revu en lien avec les représentants du personnel. « Nous menons actuellement des tests à blanc et anonymes, complète le DRH, avec la société Ithylo, (NDLR, société qui propose des éthylotests connectés), afin de disposer d’un état des lieux des conduites addictives sur les chantiers. »

Les actions menées ont également permis de détecter des salariés en difficulté qui font l’objet, pour les volontaires, d’un accompagnement spécialisé et curatif par GAE Conseil en lien avec le service qualité de vie au travail. En 2020, des actions de sensibilisation toucheront les ouvriers sous la forme de quarts d’heure santé.

1. Échantillon de 1 001 salariés d’entreprises de plus de 10 salariés.

2. Cet item n’a été proposé qu’aux salariés d’entreprises de plus de 1 000 salariés soit 323 personnes.

Les personnes citées ont témoigné lors des Rencontres de l’addictologie le 12 novembre 2019 à Paris, ainsi que dans le livret publié par GAE Conseil « Impact des pratiques addictives au travail ».



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