Et un profil se dégage : 93,7 % des victimes de malaises mortels en milieu professionnel sont des hommes, avec un âge médian de 51 ans. Parmi les professions les plus représentées, les conducteurs de poids lourds et de camions (près de 20 % des cas), suivis par deux métiers du BTP – les professionnels qualifiés du bâtiment (gros œuvre) et assimilés (comme les maçons) et les électriciens du bâtiment et assimilés, qui ont drainé 8,4 % des malaises mortels. Dans trois cas sur quatre, la victime se trouvait seule au moment de la survenance, mais « au vu des récits figurant dans la base Epicea, les malaises mortels correspondent à des morts subites de l’adulte, dont le mécanisme principal est l’infarctus du myocarde », explique le Dr Philippe Hache, l’un des auteurs de l’étude. « Or l’exposition des salariés à de nombreux facteurs de risques professionnels (port de charges, chaleur, bruit, horaires atypiques…) – comme c’est le cas notamment dans le BTP – peut favoriser au fil du temps l’apparition de maladies coronariennes. » Et provoquer in fine un malaise mortel chez cet ouvrier du bâtiment par exemple, qui a escaladé un échafaudage dépourvu d’échelle avant de s’écrouler, ou ce travailleur qui a poussé un engin de chantier en panne avec ses camarades avant de faire un arrêt cardiaque.
Les rapports dans la base Epicea soulignent que dans la moitié des 143 cas étudiés, la culture de prévention était insuffisante dans l’entreprise. C’est le cas par exemple pour un salarié du BTP, intervenant sur un chantier en extérieur pendant une vague de chaleur, dont l’employeur avait retiré le baraquement servant d’abri et de point d’eau, la veille de l’accident. De la même façon, l’organisation des secours aurait pu être plus efficace dans la moitié des cas, où les collègues n’ont pas su reconnaître la gravité du malaise ou ont conseillé au travailleur de se reposer dans un lieu isolé. Enfin, le rythme des visites médicales obligatoires n’avait pas été respecté dans 10 % des cas, comme dans celui du décès pendant une vague de chaleur de cet opérateur du désamiantage, âgé de 55 ans et en suivi individuel renforcé, qui n’avait pas passé de visite d’embauche.