Au cours du symposium organisé par l’INRS, l’entreprise Comag, filiale du groupe Poma, située à Albertville en Savoie et spécialisée dans l’installation et la maintenance des remontées mécaniques (effectif variant entre 50 et 120 salariés en fonction des saisons), est venue témoigner des conditions dans lesquelles s’est produit un malaise mortel dans son entreprise. Elle était accompagnée par la contrôleuse de la Carsat régionale, Anne-Lise Nigri. Celle-ci a rappelé en préambule qu’« il y a souvent une certaine incompréhension des employeurs qui ne réalisent pas toujours qu’ils supporteront les conséquences financières et juridiques d’un malaise mortel. »
Céline Guérineau, responsable HSE de Comag a tout d’abord rappelé les circonstances de l’accident. « À l’été 2025, nous sommes intervenus pour la construction d’un nouveau télésiège à La Rosta aux Gets. Le chantier a débuté le 23 juin et le mardi 29 juillet, était prévu le coulage à l’hélicoptère des bétons de propreté dans les fouilles des futurs pylônes », a-t-elle raconté. Après la pause déjeuner, les équipes se sont réparties entre les différentes zones de chantier. Vers 15 h 30, un salarié de Comag s’est effondré sur le sol, son binôme a immédiatement donné l’alerte par radio. Les opérations se sont immédiatement arrêtées et la mobilisation des équipes présentes sur site a été très rapide. Malgré le déclenchement des secours et un massage cardiaque effectué par trois salariés qui se sont relayés, le décès de la victime a été constaté à 16 h 13 par le médecin urgentiste. La cause immédiate de l’accident est un malaise cardiaque.
« La direction s’est rendue sur place dans les plus brefs délais pour accompagner les équipes, rapporte Céline Guérineau. Dès le lendemain, une communication a été faite à l’ensemble des salariés et un soutien psychologique a été mis en place. Nous avons décidé d’analyser les causes profondes, organisationnelles, techniques et humaines. On a recherché s’il y avait eu des efforts particuliers, il n’y en a pas eu. Le salarié avait 66 ans et aucun problème de santé connu. L’accès à la zone de travail a nécessité 650 mètres de marche, sur 45 mètres de dénivelé soit 12 minutes de marche. Il faisait 18 degrés et il y avait de l’eau à disposition. » Par ailleurs, la procédure à suivre en cas d’accident était connue dans l’entreprise.
Après cet accident, « nous avons acheté deux défibrillateurs pour mettre à disposition sur des chantiers plus éloignés et des radios avec un canal préenregistré pour les secours, achetées au niveau groupe pour que toutes les sociétés aient le même matériel. Sur le côté humain, nous avons réalisé un flash info et un quart-d’heure sécurité lié à la santé et aux facteurs de risques de maladies cardiovasculaires (alimentation, tabac, surpoids, hypertension, stress, sommeil…). » En outre, tous les salariés bénéficient d’un suivi médical régulier en SIR (suivi individuel renforcé). Un bilan cardiovasculaire via la mutuelle de l’entreprise est proposé.
D’un point de vue organisationnel, « nous sommes en nombre suffisant en termes de SST (sauveteurs secouristes du travail), mais nous avons recensé toutes les compétences de secourisme. En plus des deux défibrillateurs achetés pour les chantiers, on en a un pour le siège, et dorénavant sur tous nos PPSPS, on va chercher via l’application Staying Alive (1) si un défibrillateur est présent à proximité du chantier. »
En termes de culture de prévention, au même titre que les exercices incendie, deux fois par an, l’entreprise réalise des exercices de simulation de malaises et d’accidents avec l’infirmière d’entreprise et tous les ans, elle organise des ateliers sur les gestes qui sauvent.
« Il peut y avoir des facteurs personnels ou extraprofessionnels qui s’entremêlent et malgré les dispositifs existants comme le suivi médical et les actions de prévention, il reste très difficile d’anticiper certaines pathologies silencieuses ou certaines situations individuelles, constate Céline Guérineau. Cela montre aussi les limites de l’action de l’employeur, on ne peut pas toujours établir de causalité professionnelle directe, ni détecter tous les signaux faibles. »
Pour Céline Guérineau, l’enjeu aujourd’hui n’est donc pas de rechercher une responsabilité mais surtout de mieux intégrer les réalités opérationnelles des entreprises tout en renforçant une approche collective et pluridisciplinaire, c’est pour cela que la coopération avec la médecine du travail, notamment, est essentielle.
(1) L’application Staying Alive et son service de Citoyens Sauveteurs, créés pour lutter contre la mortalité liée à l’arrêt cardiaque, sont mis gratuitement à la disposition du public et des services de secours. Ces outils permettent de localiser des défibrillateurs partout en France et d’alerter des bénévoles pour porter assistance à des victimes en détresse vitale : https://stayingalive.org/