Acorus : trois projets au service de la sécurité
ETI spécialisée dans la rénovation et l’éco-rénovation, tous corps d’état (environ 1800 collaborateurs), l’entreprise Acorus est venue témoigner de plusieurs tests en cours, par la voix de sa chargée QHSE, Eliane El Nakhel.
« Les sujets de prévention-santé sont dans l’ADN du groupe », a rappelé la responsable, alors que de nombreux risques sont présents, du fait de la diversité de ses métiers.
Trois projets ont été présentés.
1/ L’opération Suricate : pour changer les comportements face aux risques
Du nom de cet animal un peu fragile qui vit dans des conditions extrêmes mais survit grâce à la vigilance partagée, cette opération Suricate initiée en juin 2024 met l’accent sur un état d’esprit : je veille sur toi, tu veilles sur moi. Cette opération a été déployée autour des six règles de sécurité de l’entreprise et des visites Suricate, visites d’observation, comportementales. Chaque technicien reçoit deux visites par an. Deux personnes sont formées à faire ces visites, un sachant métier et un sachant extérieur à ce métier. Ils passent 5 à 10 minutes avec le technicien puis dialoguent avec lui. L’objectif est de faire parler le collaborateur, de faire prendre conscience des risques rencontrés, avec des questions ouvertes : « Quels sont les situations dangereuses rencontrées ? Quelles ont été les bonnes pratiques mises en application ? » Si on identifie des actions correctrices, elles sont mises en place tout de suite.
« Au bout de deux ans, nous avons constaté une baisse de l’accidentologie qui varie entre 35% et 50% pour les agences qui ont réalisé ces deux visites Suricate par agent, souligne Eliane El Nakhel. Et le plus important à noter, c’est le changement comportemental des techniciens progressif : ils ne disent plus « Je sais comment faire, je fais comme cela depuis X années… » maintenant ils savent pourquoi ils portent leurs chaussures de sécurité, ils plient les genoux pour certaines interventions… »
2/ Agir sur les TMS avec ID.Quation
Acorus a travaillé avec l’organisme de formation ID.Quation sur la première cause de maladie professionnelle : les TMS. « Nous avons choisi d’en parler avec le moyen du jeu. On a co-construit un escape game autour des TMS, de septembre à la fin de l’année 2026, nous allons le tester en Ile-de-France, puis il sera décliné en ateliers online pour les agences en régions. Il est basé sur les réflexes à avoir avec des éléments visuels et une adaptation au niveau de compétences et de langue des techniciens. »
3/ Projet exploratoire sur la protection des travailleurs isolés.
Acorus a aussi des activités de maintenance. Certains chauffagistes ou ascensoristes peuvent se retrouver seuls, d’où la recherche de solution destinée à leur sécurité. « Nous sommes en phase de tests de dispositif avec différents prestataires et d’ici fin 2026, les collaborateurs choisiront le prestataire, précise Eliane El Nakhel. Il n’y aura pas une seule solution pour tous, nous pensons qu’une solution choisie par les techniciens a plus de chance d’être appliquée. »
Erige et GSE : des images analysées par l'IA
Erige, prestataire de suivi de chantier photo, ou timelapse, installe des caméras sur des chantiers qui prennent des photos à intervalle régulier et met à disposition une plateforme pour suivre l’opération à distance. La société a présenté son outil d’intelligence artificielle dénommé Teye Safety, module pour accompagner la prévention chantier. A partir des images récupérées, l’IA analyse les différentes situations à risque, la protection collective, la coactivité, les départs de feux, etc. « Nous avons la possibilité d’envoyer des alertes aux préventeurs sur différents canaux », explique Jeremy Thollé, fondateur de la société Erige.
La start-up a un retour d’expérience avec le constructeur GSE et le préventeur Yséis sur un chantier de data center à Marseille, MRS5. Aujourd’hui, 16 caméras y sont installées. Charles-André Baudières, le coordonnateur SPS, non présent à la conférence a souligné à distance que sur ce chantier d’envergure, où l’emprise est vaste et la coactivité permanente, la ronde physique des préventeurs avait ses limites. D’où le besoin de compléter cette présence sur le terrain par une « observation visuelle régulière et structurée, capable de capter ce qui se passe entre nos passages. »
Une photo peut par exemple être envoyée sur le canal Telegram avec un zoom sur des gardes corps manquants. « Cela permet de gagner en réactivité, indique Jérémy Thollé, l’idée n’est pas de remplacer les préventeurs mais de leur permettre d’intervenir rapidement. » S’agissant des limites, des angles de vue seront toujours absents et donc le regard du préventeur restera nécessaire. Pour que la collaboration soit utile avec le client entreprise, « il ne faut pas vouloir tout détecter, mais choisir un à trois cas d’usage prioritaires et se concentrer dessus », précise le fondateur d’Erige.
Sogea Environnement et Cad 42 : renforcer l'efficacité des rituels prévention avec l'IA
Mickael Leclère, directeur qualité et prévention de Sogea Environnement, délégation de Vinci construction dédiée aux travaux hydrauliques, créée en 2023 (environ 4000 collaborateur) est venu témoigner de sa collaboration avec Cad42. « Nos enjeux aujourd’hui sont de développer une culture de sécurité, avec deux objectifs. Le premier, parvenir à zéro accident lié à nos risques majeurs. Le deuxième est de faire évoluer notre culture de sécurité. »
« Nous voulons challenger nos rituels - briefings de poste, quart d’heure prévention…- pour qu’ils soient bien plus efficaces, ancrés dans le quotidien et permettent un échange ». L’objectif est de faire travailler les ouvriers, les managers, les préventeurs à dialoguer sur leur perception des risques. « Cette année, on s’est dit que l’IA pouvait nous faire progresser. »
Sogea environnement teste deux outils : l’un dédié aux visites de prévention, avec un téléphone fixé sur un harnais, branché via Teams pour analyser des situations dangereuses au fur et à mesure. Le deuxième est un monitoring avec installation d’une caméra sur place, petit boîtier avec un système vidéo. L’IA va remonter des situations dangereuses (paramétrée sur les neufs risques majeurs de l’entreprise), et en fin de visite ou de journée, un rapport sera généré sur ce qui s’est passé. Un préventeur ou un conducteur de travaux analyse. Les remontées font l’objet d’un debriefing. « L’idée, c’est d’utiliser cette matière pour confronter nos perceptions pour faire progresser cette culture sécurité », affirme Mickael Leclère.
Points forts de la solution pour Sogea : l’assistance à l’identification des risques, « ce qui nous facilite les choses en termes de pédagogie et la data nous permet de voir l’évolution des situations. »
Points d’attention : la résistance à être filmé. « En amont, nous avons dialogué, informé le CSE et spécifié qu’il n’y aurait pas de sanctions. De plus, on floute les visages. Les images sont l’objet de discussions au niveau uniquement local, on regarde les situations et on essaie de faire progresser. Aujourd’hui, au bout de quelques mois, les compagnons disent que c’est utile.»
« Le nombre de risques diminue dans le temps sur tous nos chantiers équipés, souligne Igor Canonne, responsable prévention de Cad42, et en conséquence le nombre d’accidents. On a eu des demandes sur l’utilisation du téléphone également par un client. L’IA devient un vecteur pour parler autrement de prévention. Elle est complémentaire des autres actions déjà entreprises. »