Le médecin du travail est un allié dans la prévention des risques psychosociaux. Il est souvent alerté d’une situation à risque par un salarié, mais les dirigeants peuvent aussi lui demander conseil. Un absentéisme répété, une multiplication des arrêts maladie, une dégradation de l’ambiance de travail, un turnover qui s’accélère, sont des signaux d’alerte.
La frontière entre sphère privée et vie professionnelle est souvent poreuse. Comment distinguez-vous la souffrance liée au travail de la détresse personnelle ?
C’est un exercice complexe, car la souffrance est presque toujours multifactorielle. Pour un employeur, le piège serait de s’enfermer dans l’idée que le mal-être d’un collaborateur relève exclusivement de sa vie privée. Si une fragilité personnelle peut rendre un salarié plus vulnérable, c’est bien l’organisation du travail et/ou le relationnel dans l’entreprise qui agit souvent comme le déclencheur de la crise.
Avez-vous un exemple de cet engrenage ?
En l’absence d’un collègue, un salarié se retrouve face à une multiplication de tâches. Il veut prouver qu’il peut absorber la charge : il accumule les heures, emporte des dossiers à la maison… Il gère la situation un certain temps tout en s’épuisant progressivement. Le point de rupture survient d’autant plus souvent lorsqu’un manque de reconnaissance s’ajoute à cette surcharge. Nous rencontrons parfois ce scénario chez les cadres et les administratifs du BTP.
Vous insistez sur l’importance du dialogue précoce…
Plus une situation se dégrade, plus le dialogue se rompt. L’enjeu est d’être à l’écoute dès les premiers signaux faibles, car le salarié, lui, ne se voit pas toujours entrer dans la spirale. Une fois le stade de l’épuisement atteint, la reconstruction est longue et douloureuse. Au-delà de l’arrêt de travail et des médicaments, un suivi avec un psychologue est souvent indispensable pour identifier les racines du mal-être et reconnaître les symptômes d’alerte : troubles du sommeil, de la concentration, irritabilité inhabituelle ou troubles alimentaires…
Comment le médecin du travail est-il généralement saisi ?
Dans la plupart des cas, l’alerte est donnée par le salarié lui-même. J’encourage les chefs d’entreprise à nous solliciter dès qu’ils perçoivent un malaise ou des tensions relationnelles. Nous sommes là pour accompagner le salarié, mais aussi pour conseiller le dirigeant. Cette porte est d’ailleurs également ouverte au chef d’entreprise qui peut, lui-même, traverser des difficultés.
Quels indicateurs doivent alerter ?
L’employeur doit surveiller quatre indicateurs : un absentéisme répété, l’apparition de tensions internes, la multiplication des arrêts maladie et un turnover important. Ce sont des signes qui nous alertent et doivent pousser le dirigeant à nous interpeller pour engager une démarche de prévention.