Depuis deux ans, l’île de La Réunion n’a quasiment plus besoin de sources d’énergies fossiles pour produire son électricité. Le charbon et le fioul lourd qui alimentaient ses trois principales centrales thermiques ont été remplacés par des pellets de bois et de la biomasse liquide, au prix d’importants investissements consentis par Albioma et EDF. Le département français de l’océan Indien doit maintenant rattraper son retard en matière de gestion vertueuse des déchets. Deux unités de valorisation énergétique de « combustibles solides de récupération », fabriqués à partir des déchets ménagers, sont en cours de construction.
Maintenir l’exploitation
L’une d’elles est édifiée au cœur de la centrale thermique d’Albioma située à Bois-Rouge, sur la côte est de l’île. L’usine, d’une puissance de 96 MW, est une composante essentielle de la production locale d’électricité. L’arrêt, même partiel, de son exploitation pendant la durée des travaux était inenvisageable, d’autant qu’elle est couplée à une usine sucrière à laquelle elle fournit de la vapeur. En retour, pendant ses six mois d’activité, de juillet à décembre, la sucrerie fournit à la centrale d’Albioma de la bagasse, résidu fibreux des cannes à sucre utilisé comme combustible complémentaire des pellets de bois.
« Nous avons fait le choix d’isoler complètement le chantier, pour éviter de perturber la bonne marche de la centrale ; nous travaillons sans interaction, côte à côte, comme des voisins », explique Laurent Escande, maître d’ouvrage délégué. Ce dernier connaît bien les lieux pour avoir accompagné la conversion de la centrale du charbon à la biomasse au cours des années précédentes.
Gérer la coactivité
Il est aussi le coordinateur d’un chantier qui mobilise simultanément jusqu’à 300 personnes d’une dizaine de nationalités. Chacune des vingt-cinq entreprises intervenantes doit respecter des zones de travail rappelées à chacune quotidiennement. Les manœuvres de levage font l’objet d’une attention particulière pour hisser, à partir d’un espace restreint, des éléments lourds jusqu’à 43 mètres de hauteur — celle de la structure qui abrite la chaudière —, voire 52 mètres pour la cheminée. Le génie civil a été confié au groupe local Sogéa-SBTPC (Vinci), la construction de la chaudière au croate Andritz, celle du traitement des fumées à son homologue italien Area Impianti. Albioma doit en effet tenir compte d’exigences environnementales draconiennes : une part importante de l’investissement est consacrée aux traitements des rejets de la future unité.
Les deux chefs de file font appel à de nombreux sous-traitants. « Plus de la moitié sont des entreprises réunionnaises qui montent en compétences et pourront ensuite intervenir en maintenance », se félicite Laurent Escande.