Déconstruire une tour par grignotage en milieu urbain
À Mantes-la-Jolie, la déconstruction de deux tours par grignotage après curage met en action une grue munie d’un bras de grande hauteur.
Publié le : 12/06/2026
Loïc Féron
À Mantes-la-Jolie, la déconstruction de deux tours par grignotage après curage met en action une grue munie d’un bras de grande hauteur.
Publié le : 12/06/2026
Loïc Féron

● Le grignotage a été retenu comme méthode de démolition des tours.
● La pelle de grande hauteur limite le nombre d’intervenants.
Reportage paru dans le numéro 307 du magazine PréventionBTP
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Le jour n’est pas encore levé sur le Val Fourré quand une pelle de plus de 300 tonnes équipée d’une énorme cisaille à béton commence à grignoter la tour de 17 étages. La démolition des tours Clément-Ader, à Mantes-la-Jolie (Yvelines), va laisser le terrain vacant pour des espaces verts dans le cadre d’un programme de rénovation urbaine. Inoccupés depuis septembre 2024, les deux immeubles d’habitation construits en 1967 s’étaient fortement dégradés mais n’en restaient pas moins emblématiques du quartier. Leurs 219 logements ont été le lieu de vie de nombreuses familles, dont certaines, relogées à proximité, assistent à leur démolition.
Sous la maîtrise d’ouvrage des Résidences Yvelines Essonne, acteur de l’habitat social sur ces deux départements franciliens, les entreprises Melchiorre, mandataire, et Avenir Déconstruction (AD) interviennent conjointement dans cette opération. En juin 2025, une première phase de curage menée avec du personnel en insertion a été suivie de travaux de retrait d’amiante (intérieurs et façades) sous-traités à deux entreprises spécialisées (EGD Désamiantage et DDM). « Une seconde phase de curage résiduel a permis de tout déposer à l’intérieur, ne laissant que la structure béton », explique David Delgado, directeur de travaux chez AD.
La démolition, débutée en janvier dernier, met surtout en action la pelle à chenilles Liebherr R9150, la plus haute d’Europe, acquise par AD. « L’engin a été monté sur place en 48 heures sous la conduite du responsable d’atelier, spécialement formé à cet exercice », commente Marion Chaillié, responsable QSE chez AD. Après l’intense activité des premières phases, l’équipe travaux se limite aux chefs de chantier (un par entreprise) et aux grutiers-pelleurs assistés de deux opérateurs. Le bras de la pelle grignote la tour, depuis son sommet, à 50 mètres de hauteur, jusqu’au R+7. « La démolition des verticaux se fait ainsi à l’avancement et les planchers sont vidés au fur et à mesure de la démolition pour éviter toute surcharge », commente David Delgado. Une seconde pelle de taille plus modeste prendra le relais pour les étages inférieurs. Elle est déjà à l’ouvrage pour évacuer les gravats recueillis dans le fossé réalisé en pied de bâtiment (lire le + Prévention). « Cette tranchée sert de protection pour l’environnement immédiat contre les projections et de réceptacle pour les gravats ensuite revalorisés », précise le directeur de travaux.
« Les planchers sont vidés au fur et à mesure de la démolition pour éviter toute surcharge.»
Le maître d’ouvrage a opté pour le grignotage à la pelle à grand bras plutôt que pour l’écrêtage. Cette dernière technique, qui consiste à positionner des plates-formes autour du bâtiment et à le grignoter depuis le haut avec des mini-engins, comporte plusieurs risques : manipulation d’outils lourds et de gravats par les opérateurs, chute de hauteur au niveau des trémies d’ascenseur et de ventilation, effondrement et/ou projection de gravats de démolition.
Les pelles de démolition à grand bras présentent l’avantage de mécaniser l’intégralité du travail et de sécuriser le poste de l’opérateur situé à une distance suffisante, dans une cabine renforcée. Cette solution permet aussi de maîtriser la chute des gravats à l’aide d’un tapis de protection. « Avenir Déconstruction a massivement investi dans son parc matériel pour réduire la pénibilité et les risques pour les salariés, gagner du temps d’exécution et augmenter sa compétitivité », témoigne Marion Chaillié, responsable QSE chez Avenir Déconstruction (AD).
Bien que parfaitement adaptée aux ouvrages de grande hauteur, la démolition à l’explosif n’a pas été retenue par le maître d’ouvrage pour éviter d’évacuer les riverains dans le périmètre de sécurité. « Bien maîtrisée par Avenir Déconstruction, cette technique du foudroyage à l’explosif demande une grosse préparation, de trois mois environ, explique David Delgado, directeur de travaux chez AD. Elle nécessite des travaux d’affaiblissement des éléments structurels, de forage de murs porteurs pour y placer les bâtons de dynamite, puis de protection de ces murs à l’aide de géotextile et de grillage pour réduire les projections de béton. »

D’un poids de 320 tonnes en ordre de marche, la pelle Liebherr R9150 peut être utilisée jusqu’à 76 mètres de hauteur et fragmenter le béton à l’aide d’une imposante cisaille de 5 tonnes. Un convoi de neuf camions a été nécessaire pour acheminer ses pièces détachées (bras, balancier, tapis, cabine, container matériels…) sur le chantier.
Sur ce type de démolition en milieu urbain, le choix de la méthode impacte les mesures de prévention, telles que la gestion des flux de camions pour l’évacuation des gravats. D’un point de vue environnemental, hors amiante, 97 % des déchets extraits du chantier ont pu être revalorisés. Les 2 300 tonnes de béton et métaux, et le bois, le PVC et les plâtres.
David Delgado, directeur de travaux chez Avenir Déconstruction
En tant que conducteur de pelle salarié à l’agence AD de Paris, ce chantier est une occasion pour moi de piloter un bras de très grande hauteur et de me familiariser avec cette machine hors norme. Antoine Puybaraud, un autre pelleur pour AD, connaît bien la machine et me forme à son utilisation. La configuration et le confort sont remarquables. Grâce à la caméra fixée sur le bras, il est possible de grignoter des parties précises de la tour jusque dans les étages les plus élevés.
Alexandre Canu, conducteur de pelle chez Avenir Déconstruction
Afin de prévenir les risques de coactivité pendant les phases de précurage et de désamiantage, chacune des tours a été traitée par un sous-traitant différent et indépendant avec sa propre base vie et sa propre zone d’approche. Des moyens de manutention techniques ont été mis en œuvre pour faciliter les opérations de type coltinage, dépose, retrait et évacuation des déchets.
Marion Chaillié, responsable QSE région Nord chez Avenir Déconstruction

Par sécurité, les caves de la tour sont percées à la pelle avant la démolition des étages inférieurs. « La dalle du rez-de-chaussée est cassée et remplie au fur et à mesure de gravats », explique David Delgado, le directeur de travaux d’Avenir Déconstruction (AD). « Cette organisation doit être prise en compte dans le phasage des travaux. Elle évite que la pelle ne traverse le plancher et chute au sous-sol. »