Pont Schuman à Brest : le défi de la sécurisation en milieu contraint
Construire à près de 40 mètres au-dessus d’un vallon, en milieu urbain dense, sans compromettre la sécurité des compagnons et des riverains : le chantier du doublement du pont Robert-Schuman, à Brest, repousse les standards de la prévention sur ouvrage d’art.
Publié le : 10/02/2026
Goulven Connan

Doublement d’un pont pour le passage du tramway, des cyclistes et des piétons. Des risques anticipés pour la sécurité des compagnons et des riverains.
Identité
Maîtrise d’ouvrage : Brest Métropole
Maîtrise d’ouvrage déléguée : Brest Métropole aménagement (BMa)
Groupement de maîtrise d’œuvre : Mobi-Brest Systra (mandataire), SCE Aménagement et Environnement, B3i, Ferrand-Sigal Architectes et Associés
Groupement constructeur : ETPO, Eiffage Métal/Terrassement : Spie batignolles valérian
CSPS : Socotec
Effectif : de 20 personnes à 50 en phase de pic
Durée : 19 mois (de mai 2024 à décembre 2025)
Coût des travaux : 12 millions d’euros
Conseillère prévention OPPBTP : Candice Brandalise

Dans le cadre de la création d’une deuxième ligne de tramway, Brest Métropole aménagement (BMa) a opté pour le doublement du pont Schuman existant, dédié à la circulation automobile et piétonne. Long de 205 mètres pour un peu plus de 12 mètres de large, ce nouvel ouvrage accueillera le tramway, une piste cyclable et un cheminement piéton. Le chantier, piloté par un groupement mené par ETPO, se déploie dans un environnement urbain dense et au-dessus d’un vallon. La sécurité des compagnons et des usagers autour de la zone de travaux est une priorité. Elle a été intégrée dès les premières phases de conception du projet et martelée chaque jour sur le chantier. Les trois zones d’emprise, de part et d’autre de l’ouvrage et dans le creux du vallon, ont été optimisées en raison du manque de place : la coactivité avec les circulations automobile et piétonne a nécessité une signalisation renforcée et des voies provisoires adaptées. Certaines opérations sensibles, comme le lançage du tablier, ont en partie été réalisées la nuit, avec interruption de la circulation pour limiter les risques d’incident.
Anticiper les risques à 38 mètres de hauteur
Les appuis intermédiaires du pont sont assurés par des piles, dont la plus haute atteint 38,5 mètres. C’est la méthode du coffrage grimpant qui a été retenue pour les ériger. Réalisée selon un rythme de quatre mètres par levée de pile, cette technique permet notamment de limiter l’exposition prolongée des compagnons au travail en hauteur. Une grue à tour de 60 mètres et des grues mobiles jusqu’à 350 tonnes assurent les manutentions. Les risques liés à la charge, au levage et à la stabilité des engins ont évidemment été anticipés et ont fait l’objet de contrôles systématiques.
Charpente métallique : une logistique millimétrée
La charpente métallique bipoutre du tablier, composée de dix tronçons de 20 mètres, conçue et pré-assemblée en usine à Lauterbourg (Bas-Rhin), puis assemblée sur place par Eiffage Métal, a été lancée en deux étapes, en décembre 2024 et mars 2025. « Ce sont des moments très symboliques car l’on voit ces éléments avancer en quelques heures et venir se poser sur les piles puis sur la culée lors du deuxième lançage », explique Nicolas Quéré, directeur de travaux ETPO. Cette technique de lançage, choisie notamment pour limiter les périodes de travail en hauteur, demande une coordination parfaite entre équipes de levage, sécurité et signalisation. Chaque étape est précédée d’une analyse de risques partagée entre les différentes parties prenantes de manière à optimiser leur anticipation. Un fil rouge sur toute la durée du chantier.
Certaines opérations sensibles ont en partie été réalisées la nuit.
Une méthode rapide, économique et sécurisée pour la pose des prédalles
En raison de la configuration du chantier, l’utilisation d’une grue pour la pose des prédalles était coûteuse et représentait un risque de chute d’objets dans une zone habitée et passante. ETPO a donc choisi de faire fabriquer un chariot qui évolue sur la charpente du tablier. Assemblé sur place, l’outil de pose de 9 tonnes a été gruté sur l’ouvrage grâce à une grue de 120 tonnes. Ce chariot embarque trois prédalles (un de 4 m × 6 m et deux de 4 m × 2,5 m) à chaque fois, roule à une vitesse d’environ 5 mètres par minute, dépose les prédalles et revient à sa position de départ pour répéter l’opération. À son bord, sur une passerelle sécurisée équipée de garde-corps, deux compagnons et un chef d’équipe ont la charge d’élinguer le chargement et de piloter, via des joysticks, les vérins verticaux et transversaux, afin de positionner les prédalles sur le tablier.
Une opération rendue simple et ergonomique grâce à l’outil, avec l’élingage pour seule manutention des compagnons, les exposant à moins de risques. « Les 159 prédalles ont été posées en seulement douze jours, rendant l’opération économiquement rentable, même en prenant en compte la réalisation sur mesure de l’engin », explique Nicolas Quéré, directeur de travaux.
Focus sur les actions de prévention

Confinement peinture
Le sablage et la peinture des zones de raccordements des tronçons ont été réalisés sous confinement pour éviter la dispersion des particules dans l’air et travailler au sec. Pour la couche anticorrosion, les peintres sont équipés de combinaison intégrale avec système de ventilation intégré.
Réveil musculaire et cérébral
Je propose un réveil musculaire et cérébral de cinq minutes tous les matins avant la prise de poste pour les salariés ETPO, intérimaires, et sous-traitants. Le but est de mettre le corps en mouvement sur la base d’étirements. Cela permet aussi de détecter d’éventuelles blessures ou troubles musculaires. Un moment convivial qui mixe les équipes, jeunes et anciens, salariés et intérimaires.
Julie Bresson, ingénieure travaux ETPO
Gérer le risque dans une zone urbanisée
L’une des difficultés de ce chantier est sa gestion dans un milieu très urbanisé. Les emprises sont réduites, il a fallu s’adapter en termes d’organisation et de sécurité. L’un des enjeux était aussi d’assurer la sécurité des flux de circulation, notamment piétonne, sur et aux abords du pont existant, impacté par les travaux. Il y a également des mesures pour prévenir le risque de chute de hauteur et d'objets pour les compagnons : la zone en contrebas du pont étant habitée, nous avons utilisé des longes pour attacher les outils.
Nicolas Quéré, directeur de travaux ETPO
Des formations aux postes avant chaque nouvelle opération
Le chef de chantier et le conducteur de travaux organisent des formations aux postes à chaque nouvelle opération pour présenter les procédures d’exécution, les risques associés et les actions de prévention à respecter. Elles se déroulent en salle, avec un support PowerPoint présenté aux compagnons. Au moindre écart observé, il y a un rappel sécurité. Chaque matin, on insiste sur les risques de la journée.
Benoît Lebis, ingénieur travaux ETPO
Le + prévention : Un dispositif de lançage minutieux

Assemblage et alignement des tronçons
Les tronçons de 20 mètres de long, conçus par Eiffage Métal, sont acheminés et stockés sur la plate-forme de lançage à proximité de la base vie du chantier. Ils sont ensuite alignés au millimètre, soudés entre eux puis peints avec une première couche anticorrosion appelée métallisation. Une fois les cinq premiers tronçons reliés et l'« avant-bec » – structure provisoire d’accostage – monté, la structure est parée au lançage.