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L’entreprise spécialisée dans la dépollution multiplie les échanges avec les salariés et les formations de tous types pour faire passer ses messages de prévention.
Publié le : 13/05/2026
Thierry Beaurepère

Olivier Rio aime la rigueur. Celle du trait de Tintin, dont il est fan, en témoignent les multiples objets liés au héros de bande dessinée qui décorent son bureau. Et celle propre à son métier : il est le patron d’aLiSa. D, une entreprise spécialisée dans la dépollution des matériaux et équipements contenant des produits dangereux. Lors de sa création en 2008, la demande pour les travaux de désamiantage est forte et les entreprises spécialisées sont encore rares. Le métier est technique, contraint par de nombreuses réglementations issues des Codes de la santé publique, du travail et de l’environnement. « C’est ce qui m’a séduit. J’aime réaliser une évaluation globale des risques pour des chantiers complexes et trouver des solutions, qu’il s’agisse de friches industrielles, travaux de déconstruction ou sur des sites en activité, par exemple des bureaux, hôpitaux, grandes surfaces ou même centrales nucléaires. Cette diversité rend le métier passionnant », détaille le dirigeant.
Depuis, face à une concurrence qui s’est amplifiée — le secteur compte plus de deux mille entreprises contre trois cents à la fin des années 1990 — et pour répondre aux attentes toujours plus larges des clients, aLiSa. D a diversifié ses activités à d’autres polluants classés cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR), comme le plomb, l’arsenic, le chrome hexavalent ou les fibres céramiques réfractaires, utilisés pour les traitements de surface ou l’isolation thermique. Pour l’heure, l’amiante représente toujours 70 % de son activité. « Nous avions les ressources humaines et les compétences pour effectuer cette évolution. Au fil des années, l’entreprise a amélioré ses process pour mieux travailler en enceinte hermétique et nous avons appris à mieux trier, conditionner et gérer les déchets », ajoute Olivier Rio. Si les polluants évoluent, les exigences restent les mêmes : protéger les usagers des bâtiments lorsqu’ils sont en service et les riverains à proximité des chantiers, avec une conscience accrue des enjeux environnementaux. Et, bien sûr, protéger les salariés.
« Ils sont notre force, un actif essentiel », poursuit Olivier Rio. Pour répondre aux exigences de ses métiers, aLiSa. D préfère attirer de nouveaux talents et les former elle-même, plutôt que d’en débaucher. Les risques et les contraintes (combinaison, masque respiratoire…) ne sont pas un frein selon le patron, mais d’autres règles peuvent compliquer les recrutements : des CDI obligatoires du fait de la spécificité de l’activité, alors que de plus en plus de jeunes préfèrent désormais des contrats plus souples ; ou encore des chantiers parfois éloignés qui exigent de découcher plusieurs jours.
L’entreprise recherche plus particulièrement des compagnons qui conservent un esprit critique afin de ne pas tomber dans la routine et qui s’interrogent continuellement sur les bons gestes, au-delà de la sécurité réglementée. Elle investit par ailleurs massivement pour améliorer sans cesse la prévention. Par-delà les formations réglementaires, comme celle liée à l’amiante, d’un minimum de cinq jours, elle ajoute des formations aux risques électriques, à la conduite d’engins, aux chutes de hauteur et lors d’interventions en espaces confinés, des formations spécifiques selon les donneurs d’ordre ou encore des formations au management et à la communication pour mieux répondre aux interrogations de clients ou riverains parfois inquiets. Cela représente au moins quarante heures et un budget de plus de 10 000 euros par an et par salarié. « On estime qu’il faut au moins une année pour qu’il soit pleinement opérationnel », précise Olivier Rio.
S’ils sont polyvalents, certains compagnons affichent des compétences plus développées pour certaines activités, comme l’aspiration ou le montage de protection. Pour gagner en efficacité et en sécurité, aLiSa.D a cartographié les savoir-faire de chacun ainsi que leur compatibilité d’humeur, un élément important lors de chantiers éloignés où la cohésion d’équipe contribue à gagner en sécurité. Ces savoir-faire divers seront un atout à l’avenir, dans le cadre d’une diversification des activités. Celle-ci passe notamment par la création récente d’une plate-forme de traitement déporté et sécurisé des déchets, avec l’ambition d’optimiser les process tout en conciliant une meilleure protection des travailleurs mais aussi de la planète.
Identité : aLiSa.D
Activité : travaux de dépollution/décontamination de matériaux
Création : 2008
Chiffre d’affaires : 5,1 millions d’euros en 2025
Nombre de salariés : 37
Lieu : Lallaing (Nord)
Conseiller en prévention OPPBTP : Philippe Dervaux
Site : www.alisa-depollution.com

Dans la zone d’habillage du site de traitement déporté de matériaux pollués, les salariés (toujours deux) s’équipent : bottes, combinaison, masque respiratoire, gants étanches et surgants…

Un portique de soulèvement permet de déplacer les matériaux à décontaminer souvent très lourds.

En sortie, les opérateurs prennent deux douches réglementaires : l’une, habillés, pour la décontamination des équipements de protection individuelle (EPI), l’autre, nus, pour l’hygiène.

Caméras et capteurs surveillent les opérations dans l’enceinte hermétique maintenue sous dépression, avec alimentation électrique sécurisée.

L’entreprise utilise des aspirateurs Pharaon qui garantissent l’étanchéité de la filtration en classe H des poussières d’amiante.

Les déchets sont conditionnés dans des sacs scellés, pour destruction ou enfouissement.
Avec sa plate-forme exploitée sous la marque Nocyma, l’entreprise propose une solution nouvelle pour traiter les matériaux pollués.
En juin 2025, aLiSa.D a inauguré une plate-forme de traitement déporté des matériaux dangereux. Olivier Rio nous détaille les enjeux de cette installation qui vise à gagner en productivité et en sécurité et à favoriser le recyclage des matériaux.
Il est encore fréquent d’enfouir des matériaux contaminés et leurs polluants dans des sites adaptés mais rares, qui obligent à transporter ces déchets sur des centaines de kilomètres. Cela interroge sur l’impact environnemental et le gaspillage des ressources. Dans ce contexte, il nous est apparu judicieux de construire une plate-forme déportée de traitement des déchets. Elle peut traiter six cents tonnes par an, dans des conditions de sécurité optimales. Il n’existe que huit installations de ce type en France.
Soumise à des autorisations multiples, elle a été aménagée dans un bâtiment de 800 m2, pour un investissement de 600 000 euros. Elle regroupe trois espaces : une zone pour l’entreposage des matériaux à dépolluer, une salle hermétique pour traiter ces matériaux et une zone de stockage avant l’évacuation des matériaux décontaminés pour recyclage, et des polluants conditionnés pour enfouissement.
Elle est ouverte à des confrères et d’autres corps de métiers. Et nous avons souhaité y ajouter un volet réemploi. Une entreprise peut y faire dépolluer un matériau et repartir avec. Cela évite de changer toute une installation. Cette année, nous avons pour ambition d’implanter un démonstrateur pour les nouvelles technologies de retrait de peintures afin de démontrer la maîtrise de ces process. C’est un investissement d’un million d’euros.
L’entreprise aLiSa.D a engagé une démarche Mase (manuel d’amélioration sécurité, santé, environnement des entreprises) en 2019, basée sur l’amélioration continue, pour réduire les risques au travail. Permettant une réflexion collective identifiant les points forts et faibles, elle a permis à la PME d’améliorer ses modes opératoires (par exemple, le recours à une grue de levage pour effectuer la dépose de toiture en toute sécurité), mais aussi de réfléchir aux modes de management afin d’instaurer une culture de sécurité commune et durable.
La plate-forme peut traiter six cents tonnes par an, dans des conditions de sécurité optimales.

Formé à l’école des Mines de Douai, Olivier Rio a d’abord travaillé chez Eurovia comme conducteur de travaux, puis au sein de la PME Apinor, spécialisée dans les travaux de déconstruction. Cette expérience, où le savoir-faire se mêle aux contraintes réglementaires, l’a convaincu de se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat en 2008. À 50 ans aujourd’hui, il s’investit pleinement dans les enjeux de développement durable.