Il n’est pas toujours facile, lorsque l’on incarne la troisième génération, de faire bouger une entreprise et changer les habitudes de travail. C’est la mission que s’est donnée Nicolas Laye. En reprenant les commandes de Laye Plâtrerie en 2023, créée par son grand-père Henri, puis dirigée par son père Patrick qu’il a accompagné durant une quinzaine d’années, il s'est fixé deux ambitions : poursuivre le développement de l’entreprise familiale, dont le chiffre d’affaires a été multiplié par huit entre 2006 et 2024, faisant d’elle l’un des leaders français de la plâtrerie, des cloisons et faux plafonds ; et renforcer la politique de prévention, qui n’a pas toujours progressé au même rythme que l’activité. Une nécessité alors que Laye Plâtrerie est engagée sur une centaine de chantiers en simultané en Rhône-Alpes, de Lyon à Annecy, et que les métiers de plaquiste, manœuvre et jointeur sont, plus que d’autres, exposés aux troubles musculo-squelettiques (TMS). « Il s’agit de s’inscrire dans la continuité pour ne pas déboussoler nos clients et salariés, avec une nouvelle manière de travailler, par petites touches : depuis la gestion plus fine des finances jusqu’à la définition d’une stratégie RSE plus affirmée, notamment pour la prévention, témoigne Nicolas Laye. Jusqu’à il y a quelques années, la sécurité était gérée de manière intuitive et informelle. Il était important de mieux formaliser notre politique pour gagner en sécurité et en efficacité. » Dès 2019, Laye Plâtrerie s’est engagée dans cette voie avec l’arrivée d’Audrey Baumela en tant qu’assistante de direction, nommée ensuite responsable RH et sécurité. Après avoir suivi, avec l’ensemble des chefs d’équipe, la formation « Prev’ Action Encadrement » de l’OPPBTP, elle est devenue l’interlocutrice des compagnons.
L'OPPBTP a réalisé un diagnostic pour Laye Plâtrerie, qui a été complété par des réunions avec les compagnons afin que chacun devienne acteur de sa propre sécurité.
Investir dans les bons matériels
Entre plannings serrés, sites exigus et coactivité avec d’autres corps de métiers, les remontées du terrain font état de conditions de travail parfois dégradées. L’entreprise va alors investir dans des matériels : camion-grue pour hisser les plaques de plâtre, chariots et lève-plaques pour les manipuler, plates-formes individuelles roulantes (PIR) pour aménager les plafonds… Avec pour difficulté de convaincre les ouvriers de les utiliser. « Il faut lutter contre l’inertie naturelle, les compagnons qui disent “on a toujours fait comme ça”. Les jeunes sont plus sensibles aux nécessaires évolutions », précise Nicolas Laye. Il faut aussi parfois faire face au manque de solutions techniques satisfaisantes. En témoigne la vingtaine d’exosquelettes achetés, dont une bonne partie reste au placard. « Les modèles d’il y a quelques années sont perçus comme une contrainte, difficiles à régler et pas toujours adaptés à des travaux dans des lieux exigus. Il faut toujours trouver le bon compromis entre prévention et efficacité. La question se pose à nouveau avec une nouvelle génération d’exosquelettes qui nous a été présentée lors d’une réunion organisée par l’OPPBTP, avec plusieurs fournisseurs et un ergonome. »
Un nouveau coup d'accélérateur
Cette politique de prévention a connu un nouveau coup d’accélérateur en 2022, lorsque Laye Plâtrerie a engagé une démarche Adapt (Aide à la démarche d’amélioration des postes de travail). Elle consiste en un diagnostic extérieur réalisé par un formateur de l’OPPBTP à partir de l’observation in situ des postes et méthodes de travail, complété par des réunions de groupes de compagnons permettant d’imaginer ensemble un plan d’action, pour que chacun soit sensibilisé et devienne acteur de sa propre sécurité. Certaines mesures actées sont simples à mettre en œuvre, comme la manipulation systématique des plaques en binôme ou la généralisation des genouillères dans les pantalons de travail, d’autres nécessitent des investissements plus lourds. Pour aller plus loin, l’entreprise a donc signé, en 2024, un contrat de prévention avec la Carsat. La caisse d’assurance retraite et de la santé au travail prendra à sa charge une partie des 50 000 à 60 000 euros d’investissements prévus par l’entreprise dans les trois ans (formations, achats et renouvellements de matériels…) pour améliorer la sécurité. D’ici là, Nicolas Laye aura à cœur de finaliser un autre projet, à savoir des séances d’éveil musculaire (étirements, mobilité articulaire…) à réaliser le matin, sur le temps de travail. Un ostéopathe sera prochainement chargé d’organiser des séances de formation, pour une mise en place avant la fin de l’année.