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Pour faire passer les bons messages, Sogeba structure sa politique de prévention avec la création d’un poste de responsable santé, sécurité et environnement et parie sur la pédagogie.
Publié le : 20/11/2025
Thierry Beaurepère

En ce jeudi 14 novembre 2024, Sébastien Labourdette se prépare à recevoir, des mains de François Bayrou, le prix de l’entrepreneur de l’année en Pyrénées-Atlantiques ; une distinction qui couronne le parcours professionnel du président de Sogeba mais également son engagement auprès d’associations culturelles ou clubs de sport. L’aventure est d’autant plus belle que rien ne prédestinait ce fils d’agriculteur à prendre la voie du BTP, si ce n’est son envie de faire bouger les lignes, apprendre et entreprendre. Il n’a que 21 ans lorsqu’il achète un camion et une pelle et fait des petits travaux pour les communes de son Béarn natal. En 2001, il crée l’entreprise de travaux publics A3TP puis rachète Sogeba dix ans plus tard. Il change d’échelle en récupérant au passage une centrale d’enrobage, et devient multimétiers. « C’était un pari fou mais j’aime les défis », s’amuse le chef d’entreprise.
Cette soif d’entreprendre est intarissable. Désormais, en complément des métiers de la voirie, qui demeurent le cœur de l’activité, c’est avec les énergies renouvelables – réseaux urbains de chaleur, géothermie, méthanisation – que Sébastien Labourdette cherche des relais de croissance. Une manière également de capter de nouveaux clients privés et de moins dépendre des collectivités (70 % de l’activité), dans un contexte de réduction des commandes publiques et de développement durable. Dès 2014, Sogeba a créé une plate-forme de revalorisation des matériaux. « On ne peut pas continuer à creuser les montagnes pour extraire des cailloux. Nous souhaitons jouer un rôle dans l’économie circulaire du BTP et sa décarbonation », ajoute le dirigeant. Nouveau coup d’accélérateur en 2024, avec un investissement de cinq millions d’euros dans une unité moderne de recyclage, qui transforme chaque année 300 000 tonnes de déchets en bétons décarbonés, matériaux de remblais ou blocs de béton. « Désormais, pour chaque appel d’offres, notre bureau d’études calcule le volume et le pourcentage de matériaux recyclés », précise Sébastien Labourdette, qui prévoit également de réaliser un premier bilan carbone de Sogeba en 2025, avant de mettre en place un plan d’action.
Cette évolution, avec toujours davantage de chantiers et métiers et de gros donneurs d’ordre exigeants, nécessite une attention nouvelle en matière de sécurité. Sogeba a souhaité mieux structurer la prévention avec l’arrivée, en février 2024, de Pierre Gamet au poste de responsable santé, sécurité et environnement (SSE). À charge pour cet ex-consultant en prévention des risques professionnels de mettre en place la politique appropriée. « Je suis un terrien. Il faut une approche pragmatique, autour de la pédagogie, pour une prévention efficace. Même si nos sept conducteurs de travaux et vingt-quatre chefs de chantier sont sensibilisés à la prévention, ils ont d’abord pour préoccupation de livrer un chantier en temps et en heure et ont besoin d’être accompagnés », poursuit Sébastien Labourdette. Pierre Gamet participe ainsi à toutes les préparations de chantier et réunions de planning pour identifier les risques, met en place les organisations comme les quarts d’heure sécurité ou la journée de prévention, évalue les besoins en formations ou accueille les nouveaux arrivants.
En complément, Sogeba investit cinq millions d’euros par an dans de nouveaux matériels. « Nous avons la chance de bénéficier d’évolutions technologiques dans notre profession. Ce sont des équipements souvent chers mais importants pour la sécurité et qui permettent des gains de productivité », se félicite le dirigeant. Récemment, l’entreprise a acheté deux aspiratrices pour les travaux de terrassement (680 000 euros par unité), et elle attend la livraison d’une sous-soleuse (700 000 euros) pour faciliter l’installation de drains souterrains dans le domaine agricole. Mais la prévention passe également par des solutions pragmatiques. Ainsi, Sogeba a récemment revu l’organisation de la gestion des EPI. Le budget global de 40 000 euros par an a été conservé, mais plutôt qu’une dotation fixe, chaque collaborateur dispose désormais de trois cents points pour s’équiper (dix points pour un tee-shirt, cinquante pour des chaussures…). Libre à chacun de les utiliser en fonction de l’usure et de ses besoins spécifiques. Cette solution personnalisée a permis d’élargir l’offre et même au-delà (gourdes individuelles, par exemple), tout en responsabilisant chaque compagnon.
Identité : Sogeba
Activité : Travaux publics, réseaux, assainissement, revalorisation des déchets…
Création : 1975
Chiffre d’affaires : 45 millions d’euros
Nombre de salariés : 160
Lieu : Pau (Pyrénées-Atlantiques)
Conseiller en prévention OPPBTP : Frédéric Ducasse
Site : www.sogeba.fr

Sous la responsabilité d’un magasinier, la gestion des EPI a été améliorée, avec la mise en place d’un système par points.

L’entreprise a équipé ses chefs de chantier de tablettes, qui contiennent un volet sécuritaire.

Le président Sébastien Labourdette a intégré des règles d’or dans sa politique de prévention.

Sogeba dispose d’un parc roulant de deux cents véhicules et a investi dans une unité de recyclage de matériaux pour limiter l’impact du BTP sur l’environnement.

Une attention particulière est portée à la signalisation temporaire des chantiers et à la gestion des flux automobiles, pour les travaux sur voies publiques.

Les EPI sont adaptés aux tâches, ici un casque avec protège-menton et un réservoir à eau autonome pour une meilleure gestion des poussières.
La sécurité sur les chantiers et la cohésion au sein de l’entreprise constituent deux des piliers de la politique de Sogeba.
L’entreprise regroupe ses actions de formation sur une même semaine, clôturée cette année par une journée dédiée à la sécurité. Sébastien Labourdette nous en explique la philosophie et le fonctionnement.
La sécurité passe par la pédagogie et la formation. Depuis quelques années, nous concentrons nos actions de formation réglementaires et optionnelles durant une semaine de janvier, qui devient dans l’inconscient collectif LA semaine de la formation. Ainsi, chacun se sent davantage impliqué. Cette année, avec l’arrivée de Pierre Gamet en tant que responsable SSE, nous avons ajouté une journée sécurité.
Tous les collaborateurs ont été rassemblés au stade de l’équipe de rugby de la Section paloise Béarn-Pyrénées, dont Sogeba est partenaire. Après des vœux et un message sur les perspectives, des ateliers rotatifs par équipe étaient organisés sur différents sujets, avec la participation d’intervenants extérieurs : la stabilité des terres, la gestion des poussières, la coactivité engin-piéton, les incendies et la manipulation des extincteurs ou encore la signalisation temporaire de chantier.
Elle améliore la cohésion et l’esprit d’équipe en permettant aux collaborateurs de se rencontrer et d’échanger dans un cadre convivial, tout en faisant passer des messages de prévention autrement. Par exemple des ateliers à la manière d’un escape game ou la participation des rugbymen qui ont fait le parallèle entre la prévention des blessures dans le sport de haut niveau et les exigences de sécurité dans les travaux publics. Cet événement a vocation à devenir récurrent, avec un lieu différent et de nouvelles thématiques.
Sécurité et développement durable peuvent faire bon ménage. Pour réduire la consommation en gaz de sa centrale d’enrobage à chaud (un million d’euros par an !), Sogeba va changer le tambour de malaxage de matériaux, ce qui permettra de produire des enrobés avec 50 % de matériaux recyclés et diminuera la facture de moitié. La réduction des émissions de chaleur permettra également de gagner en confort de travail.
La sécurité passe par la pédagogie et la formation.

Fils d’agriculteur, Sébastien Labourdette (48 ans) a d’abord repris la ferme familiale avec un BTS en production animale en poche. En parallèle de ce métier, qu’il exerce toujours de manière complémentaire, son envie d’entreprendre l’a poussé à créer son entreprise de BTP en 2001. Autodidacte et attaché à son territoire, il est président de la fédération départementale du Bâtiment et des TP et actionnaire du club de rugby de la Section paloise Béarn-Pyrénées.