Colombé Sébastien : une PME qui a tout d’une grande
Fortement engagée dans la prévention depuis six ans, l’entreprise mobilise l’ensemble des salariés avec des formations et des investissements réguliers.
Publié le : 12/06/2026
Thierry Beaurepère
Fortement engagée dans la prévention depuis six ans, l’entreprise mobilise l’ensemble des salariés avec des formations et des investissements réguliers.
Publié le : 12/06/2026
Thierry Beaurepère

Maintenir la croissance, éviter les soubresauts et tenir la distance… la gestion d’une entreprise n’a rien d’un long fleuve tranquille. Mais pour Sébastien Colombé et sa femme Coralie, habitués à courir des trails durant leur temps libre (jusqu’à braver le sentier de grande randonnée 20 — GR20 —, en Corse), chaque obstacle devient un défi à relever. Et c’est main dans la main qu’ils font avancer l’entreprise Colombé Sébastien, spécialisée dans les travaux de couverture et d’étanchéité. Un CAP de couvreur en poche, le premier n’avait que 24 ans lorsqu’il s’est lancé dans l’aventure de l’entrepreneuriat, rapidement épaulé par celle qui était déjà sa femme et est devenue cogérante. Aujourd’hui, l’entreprise emploie 16 salariés et rayonne dans l’Aisne.
En bon coureur de fond, le duo a toujours avancé sur deux pieds, diversifiant les clients pour mieux gérer les à-coups liés à la conjoncture. Si les particuliers (avec lesquels les marges sont meilleures) génèrent 70 % de l’activité, Colombé Sébastien travaille également avec quelques grands donneurs d’ordre, du groupe Demathieu Bard à Eiffage et récemment Colas, qui lui assurent un volume de travail régulier. En 2023, l’entreprise s’est rapprochée de ses clients pour éviter les déplacements inutiles et gagner en visibilité. D’abord installée à Lislet, un village de l’Aisne, elle a déménagé dans les faubourgs de Laon, dans un bâtiment de 1 000 m2 regroupant bureaux et atelier ; une décision de bon sens, encore davantage en cette période qui voit le prix du carburant s’envoler. Cette montée en puissance va de pair avec une sensibilisation particulière à la prévention, depuis six ans. « On partait de zéro. Les compagnons portaient peu d’EPI, je les voyais travailler sur les toits sans protection. Il fallait absolument monter en compétences, on ne peut plus travailler comme avant », témoigne Coralie, qui rappelle qu’au-delà de la sécurité, c’est également l’image de l’entreprise qui est en jeu.
Après quelques recherches sur internet, elle tombe par hasard sur le site de l’OPPBTP, qui va l’accompagner au quotidien, et devient chargée de prévention. Les résistances au changement sont fortes, les mauvais gestes sont reproduits depuis des années. « Ce fut parfois compliqué de convaincre les compagnons, ils ne se sentaient pas en insécurité », ajoute-t-elle. À force de messages rabâchés sur les modes opératoires et de formations (travail en hauteur, sauveteur secouriste du travail, port des EPI, montage des échafaudages, Prév’action pour les six chefs d’équipe…), pour elle mais aussi pour tous les salariés, elle est parvenue à faire bouger les lignes. Le coût en formation est estimé à 5 000 € par an, « un budget important pour une petite PME, mais c’est un investissement pour l’avenir », assure Coralie. Aujourd’hui, les visites de chantier et les quarts d’heure sécurité — qu’elle anime elle-même — sont devenus la norme. Les résultats sont tangibles : aucun accident du travail à déplorer depuis deux ans, un turn-over très faible…
Cette politique de prévention s’accompagne d’investissements importants. En 2024, l’entreprise s’est équipée d’une profileuse à joint debout pour façonner les feuilles de zinc et d’aluminium et, une année plus tard, d’une plieuse numérique. « Nous gagnons en productivité tout en diminuant la pénibilité. La même tâche manuelle pouvait entraîner des douleurs dans les épaules », ajoute Coralie. L’investissement global (200 000 €) a bénéficié d’une aide de la caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat), en contrepartie de l’achat d’une roulotte pour améliorer l’hygiène sur les chantiers. Colombé Sébastien a par ailleurs investi dans des engins afin de faciliter la gestion des approvisionnements (voir page suivante). Dernière initiative, en 2026 : la création d’une société sœur baptisée Colombé Echafaudages. « Systématiquement, nous installons un échafaudage sur nos chantiers. C’est un surcoût pour le client, mais il comprend parfaitement les enjeux en termes de sécurité lorsqu’on lui explique », complète-t-elle. La nouvelle entreprise a investi 300 000 € dans 5 000 m2 d’échafaudages Métrix (Altrad Plettac Mefran). Elle les loue, assure le montage et le démontage pour le compte de Colombé Sébastien, mais aussi divers donneurs d’ordre. La demande est telle qu’un doublement du parc est déjà dans les cartons, ainsi que l’embauche de deux ou trois salariés en 2027.
Identité : Colombé Sébastien
Activité : couverture, étanchéité
Création : 2003
Chiffre d’affaires : 2,7 millions d’euros (2025)
Nombre de salariés : 16
Lieu : Athies-sous-Laon (Aisne)
Conseiller en prévention OPPBTP : Vincent Lengowski
Article Paru dans PréventionBTP N°307, juin 2026.

Des machines-outils — comme cette plieuse numérique — permettent de gagner en productivité et en confort de travail.

Des échafaudages, désormais fournis par la société sœur Colombé Echafaudages, sont toujours installés pour sécuriser les chantiers.

L’alimentation des toits en tuiles et en ardoises s’effectue en toute sécurité, grâce à une grue sur remorque.

L’entreprise a investi dans une grue Manitou MRT (rotatif) qui permet de déplacer des grosses charges avec une rotation à 360°.

Les consignes de sécurité, à l’intention des compagnons et du public, sont systématiquement affichées sur les chantiers.

Une attention constante est apportée au port des EPI : casque, gants, chaussures de sécurité. Et peut-être, bientôt, des lunettes solaires…
En dépit de son effectif restreint, Colombé Sébastien est fortement équipée, avec un parc d’engins permettant d’améliorer le travail au quotidien.
À travers des investissements réguliers, Colombé Sébastien gagne en productivité et en sécurité. Cogérante et chargée de prévention, Coralie Colombé détaille les objectifs de cette politique ambitieuse.
Dès la création de l’entreprise, nous avons fait le choix d’acquérir un parc de matériels et engins, pour soulager les travaux de manutention qui prennent du temps et sont source d’accidents. Il représente un investissement important, mais c’est un atout, en particulier auprès des donneurs d’ordre, pour gagner en efficacité et sécurité. Par ailleurs, il contribue à la notoriété de l’entreprise.
Outre les utilitaires que nous envisageons de remplacer progressivement par des véhicules électriques, nous investissons régulièrement dans des engins afin d’approvisionner les chantiers avec une meilleure efficacité. Nous possédons deux grues sur remorque permettant de hisser les ardoises et tuiles sur les toits, d’un coût unitaire de 120 000 €. On peut installer à leur extrémité un palonnier à ventouses facilitant la manutention. Nous disposons aussi d’une nacelle Ommelift qui monte à 18 mètres.
Nous avons investi dans des machines-outils pour découper et mettre en forme les feuilles de zinc et d’aluminium et, en 2023, dans une grue Manitou MRT rotatif. Elle permet de lever de grosses charges de plusieurs tonnes avec une rotation à 360°, sans avoir besoin de la déplacer. D’un montant de 240 000 €, c’est le plus gros investissement de l’entreprise. Polyvalente et plus souple, cette grue permet des opérations de manutention dans des endroits difficiles d’accès, avec un gain de temps et en toute sécurité.
70 % des salariés ont été formés en interne via l’apprentissage et travaillent pour Colombé Sébastien depuis des années, avec un taux de turn-over très faible ; un avantage compétitif alors que les recrutements sont de plus en plus difficiles. Ils bénéficient des efforts de l’entreprise pour diminuer la pénibilité au travail tout en améliorant les performances, comme les achats récents d’une plieuse et d’une profileuse.
Un parc d’engins pour soulager les travaux de manutention

Coralie Colombé (45 ans) est chargée de prévention et accompagne son mari Sébastien au quotidien dans la gestion de l’entreprise. Sportif et passionné par le trail, le couple — qui a deux enfants — court quatre fois par semaine pour garder la forme et se vider la tête.
« L’entreprise a découvert l’OPPBTP après une recherche sur internet, puis un appel téléphonique pour une question sur les échafaudages. J’étais dans la région et j’ai pu rencontrer immédiatement Coralie Colombé », se souvient Vincent Lengowski, conseiller en prévention.
« Après des visites de chantier et un diagnostic sur les travaux en hauteur, nous avons mis en place un contrat d’accompagnement pour aider l’entreprise à monter en compétences : travail sur le document unique, modes opératoires, affichages… »
« Les salariés ont suivi de nombreuses formations proposées par l’OPPBTP : chutes de hauteur, quart d’heure sécurité, Prév’action opérateurs et chef d’équipe… L’entreprise me sollicite toujours régulièrement et Coralie participe au réseau Cap Prévention qui propose des réunions d’information, des partages d’expériences… »