En résumé

    Une entreprise familiale aux process industriels

    Des conditions de travail optimisées

    Photo : 261_Entreprise Personeni_Ouverture (c08)

    Crédit photo : Frédéric Vielcanet

    En bon franc-comtois, Gérard Personeni a le goût des belles histoires et des traditions. Lorsqu'il reçoit des clients dans son entreprise de menuiserie nichée dans le petit village de Linexert, au cœur de la Haute-Saône, il commence toujours par leur faire découvrir la fourgonnette Citroën C4 de 1926, réplique de celle acquise jadis par son père, et qu'il bichonne comme une Ferrari. Puis il leur fait visiter le musée du rabot, qu'il vient d'aménager dans une ancienne ferme attenante aux ateliers. On y découvre un millier de pièces, chinées avec passion. Là, sur une longue table en séquoia, au milieu des figurines de Pinocchio, qui témoignent des origines italiennes de sa famille, il partage son amour du travail du bois. À force d'efforts et de persévérance, Il a transformé la petite entreprise paternelle, qui fabriquait des meubles de cuisine et chambres à coucher, en un fleuron régional de la menuiserie à la pointe de la technologie. Ainsi, il a su se démarquer en faisant rimer qualité avec productivité.

    Investir pour moderniser les process

    Pour faire face à la concurrence des produits venus de l'étranger et demeurer compétitif, Personeni s'est spécialisée dans les menuiseries extérieures, d'abord en bois puis en PVC et aluminium, et n'a de cesse d'investir. Rien qu'entre 2010 et 2013, l'entreprise a dépensé deux millions d'euros pour moderniser les process et installer des chaînes automatisées et outils à commandes numériques, avant d'aménager en 2018 un nouveau centre d'usinage (découpe, soudage, ébavurage…) afin d'optimiser encore la production et diversifier la gamme des produits. Coût de ce nouvel investissement : 800 000 euros. Aujourd'hui, 10 000 portes et fenêtres sortent chaque année de l'usine de 4 500 m2. « Nous travaillons à la commande comme des artisans, pour des particuliers (70 % des clients) et des marchés publics, mais avec des machines qui feraient envie à bien des industriels », résume Gérard Personeni.

    Réduire les manutentions et le port de charges

    Sans doute marquée par les anecdotes de son arrière-grand-père, qui fabriquait des meubles dans la région italienne de Bergame et les livrait lui-même sur son dos, cette modernisation se conjugue désormais avec un autre combat : celui de la prévention et du bien-être au travail. Au-delà des efforts entrepris ces dernières années, avec des machines d'usinage plus performantes et plus silencieuses mais aussi un système d'aspiration centralisé des poussières de bois, les ports de charge font désormais l'objet de toutes les attentions. Sous la houlette du directeur technique Damien Beclier, référent en matière de prévention, l'entreprise a récemment investi afin de faciliter l'alimentation de la chaîne de production des ateliers de PVC et aluminium et réduire in fine les manutentions des salariés et les ports de charges. Désormais, 80 % du travail est automatisé. Il ne demeure plus que quelques manutentions, notamment pour installer les châssis sur les établis afin de les équiper de gonds et autres loquets. Fini les courbatures et les maux de dos, ou presque…

    Attirer les talents et transmettre les savoir-faire

    Cette industrialisation ne s'est pas faite au détriment de l'emploi. Au contraire. De nombreux salariés ont été formés au sein de Personeni et l'entreprise cherche régulièrement de nouveaux apprentis pour transmettre ses savoir-faire. « C'est un réel défi. Nous sommes loin des grandes villes et notre activité ne fait plus rêver », regrette le chef d'entreprise. Pour convaincre les hésitants et casser l'image d'un travail bruyant et poussiéreux, il fait régulièrement

    visiter ses ateliers aux collégiens de la région afin de leur montrer la réalité du métier et les convaincre. Le sujet est essentiel alors que Personeni a fait de la qualité l'une de ses marques de fabrique. L'entreprise possède un bureau d'études intégré, ses produits arborent le label « NF » depuis 2010. Elle a même mis en place son propre banc d'essai afin de tester leur résistance aux différents éléments. Les fenêtres et portes extérieures subissent par exemple des vents de 170 km/h avant de sortir des ateliers ! Enfin, Personeni met aussi en avant la pose des produits chez les clients, réalisée par ses propres salariés dans 90 % des cas. « C'est un élément différenciant d'autant plus important qu'il s'agit généralement de pièces exclusives, fabriquées sur mesure », conclut Gérard Personeni. De quoi se démarquer de la concurrence et répondre à des clients parfois prestigieux et toujours exigeants, un château en Normandie ou une villa sur les hauteurs de Saint-Tropez…

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    Un ingénieux système permet à l’opérateur de soulever et faire glisser les barres en plastique jusqu’à la scie, sans effort.

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    En bout de ligne, un mécanisme redresse les châssis tout juste assemblés en position verticale, en toute sécurité.

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    Les châssis sont poussés dans des casiers roulants sur des rails, pour une manutention facilitée.

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    Un préhenseur de ventouses facilite la pose des vitres, pour plus de confort et moins de risques de casse.

    Une fois installés par l'opérateur, les cadres sont peints par un robot, face à un mur aspirant qui empêche la dispersion des polluants.

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    Bilan de performance

    Si la mécanisation des flux de matériaux sur les chaînes de production contribue à la prévention, notamment à travers une diminution des troubles musculo-squelettiques, elle permet également d'améliorer la productivité, avec à la fois un gain de temps mais aussi le recours à un seul salarié, quand il en fallait parfois deux pour manipuler les châssis les plus lourds. Au final, le gain de productivité serait de 25 à 30 % estime Gérard Personeni.

    Focus

    300 000 euros d’investissements pour améliorer le confort au travail

    Une réflexion avec les salariés et un diagnostic précis sur les TMS ont conduit l’entreprise à repenser les flux et déplacements de matériaux.

    Après avoir modernisé son entreprise pour la rendre plus compétitive, Gérard Personeni a fortement investi en 2020 afin de diminuer les risques liés au port des charges. Il revient sur cette stratégie au service des salariés.

    Qu'est-ce qui a motivé votre politique ?

    Nous avions déjà engagé une réflexion sur le sujet. Les plus grandes fenêtres peuvent peser 100 kg. Leur manutention, jusqu'à une dizaine de fois au cours du process de fabrication, est fatigante. Les soucis de santé de Marc Haton, chef de l'atelier PVC qui a subi une opération de l'épaule à force de manipuler les produits, ont accéléré notre volonté d'agir. Sans aménagement de son poste de travail, il n'aurait pas pu reprendre ses fonctions.

    Comment avez-vous opéré ?

    L'Organisme pour la prévention et la santé au travail (Opsat) a effectué un diagnostic sur les troubles musculo-squelettiques (TMS) et nous a permis de bénéficier d'une aide financière de 25 000 euros de la Carsat, pour un investissement global de 300 000 euros, financé par emprunt. Nous avons pu ainsi installer un dispositif d'aide à l'alimentation en matériaux de la chaîne de fabrication des fenêtres et portes en PVC et aluminium.

    En quoi ont consisté les investissements ?

    Nous avons notamment mis en place un ingénieux système qui aide l'opérateur à soulever les barres de plastique nécessaires à la fabrication des fenêtres, pour les diriger plus facilement vers la scie qui les débite en morceaux. D'autres machines élaborées par l'entreprise allemande Ruchser mettent les châssis en position verticale en bout de chaîne afin de les installer sans effort sur des convoyeurs roulants et diminuer le port de charges ; et des préhenseurs à ventouse facilitent la pose des vitrages… Au final, c'est du temps gagné, plus de sécurité et moins de fatigue.

    Des préhenseurs à ventouses facilitent la pose des vitrages.

    Gérard Personeni, président de l’entreprise.

    À 71 ans, Gérard Personeni – qui arbore une jolie paire de lunettes imitation bois siglée… Personeni (un modèle unique !) – n'a rien perdu de sa passion pour le noble matériau. C'est en 1975, avec un CAP de menuisier en poche, à tout juste 24 ans, qu'il reprend l'entreprise familiale alors installée dans l'ancien café-épicerie de Linexert. Aujourd'hui, elle fait la richesse du village, dont il est le maire.

    Photo : 261_Entreprise Personeni_Gérard Personeni

    Crédit photo : Frédéric Vielcanet

    La méthodologie appliquée

    La compétitivité face aux grands groupes de menuiserie passe par une gamme élargie (bois, aluminium et bien sûr PVC, qui représente 60 % du chiffre d'affaires) et des investissements réguliers pour industrialiser les process. « L'industrie, c'est la signature de la précision », témoigne Gérard Personeni.

    Pour une qualité optimale, Personeni forme chaque année plusieurs apprentis. L'entreprise dispose de son propre bureau d'études avec un métreur à plein temps et emploie sept poseurs chargés d'installer les fenêtres, quand nombre de ses concurrents sous-traitent cette activité.

    La mécanisation des flux de matériaux, achevée en 2020, a permis d'améliorer les conditions de travail et de réduire les risques d'accidents dans l'entreprise. Les vingt-cinq salariés le lui rendent bien, en particulier les chefs d'atelier qui ont tous plus de 30 ans d'ancienneté.

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