Si l'entreprise Travaux Publics Le Clech (TPL) est installée dans une zone artisanale d’Arçonnay (Sarthe), la frontière avec l’Orne est toute proche, à 500 mètres. Et sa capitale Alençon n’est pas beaucoup plus loin… Pour passer des Pays de Loire à la Normandie, quelques minutes suffisent. Pratique pour élargir sa zone de chalandise aux deux régions ! Spécialisée dans les réseaux d’eau, l’entreprise creuse des tranchées, remplace des canalisations ou pose des raccordements. Mais elle va plus loin et réalise également les enrobés. « Nous maîtrisons ainsi l’intégralité du chantier. Ces compétences globales rassurent nos clients », explique Gaël Le Clech ,le dirigeant. Dans la même logique, il aime diversifier ses donneurs d’ordres. Historiquement sous-traitant pour les géants du secteur, TPL vole, chaque année, davantage de ses propres ailes en travaillant directement avec les syndicats des eaux et les communautés de communes. « C’est mon père, alors responsable des travaux à la Lyonnaise des Eaux, qui a cocréé l’entreprise en 1995. En toute logique, il a démarré par de la sous-traitance. Je l’ai rejoint en 1999, avant de prendre la gérance en 2008. L’entreprise est passée de 20 à 32 salariés, tout en prenant un virage. Nous avions un réel savoir-faire. Autant minimiser cette sous-traitance pour devenir davantage maître de notre destin. Elle ne représente plus que 15 % de notre activité », poursuit-il.
Agir sur les TMS
Cette stratégie a obligé l’entreprise à mieux se structurer. Sa femme Émilie, qu’il a rencontrée sur les bancs de l’école d’ingénieur, répond aux appels d’offres et réalise les dossiers techniques – quatre à cinq par mois – qui peuvent atteindre quatre-vingt-dix pages. Il a également fallu investir dans des matériels, tout à la fois pour gagner en productivité et en sécurité. En parallèle, Gaël Le Clech s’est fortement impliqué dans la prévention, avec l’accompagnement du conseiller local de l’OPPBTP. Dès 2015, il s’est ainsi engagé dans une démarche Adapt-BTP, une « formation-action » visant à agir sur les risques à effets différés, en particulier les troubles musculo-squelettiques. « Des photos et vidéos réalisées sur les chantiers ont permis d’identifier les pratiques et postures et d’échanger ensuite collectivement avec les compagnons sur les pistes d’amélioration des conditions de travail, avec l’œil extérieur de notre conseiller en prévention Christophe Labbe et la mise en place d’un plan d’action continu », détaille le dirigeant.
Investir pour renforcer l'attractivité
Fort de cette première initiative, une dizaine de salariés a suivi une formation spécifique sur les risques d’éboulement en 2020. « En ce qui nous concerne, les risques les plus importants sont liés à la circulation et à l’enfouissement », explique-t-il. Et récemment, une formation sur la signalisation temporaire lors des travaux sous circulation a été organisée pour l’ensemble du personnel (y compris les encadrants). À chaque fois, un contrat d’accompagnement sur plusieurs mois a été signé avec l’OPPBTP, afin de monter en compétences et de suivre les progrès. « Ce ne sont pas des formations sèches dans le simple but de respecter les réglementations. Elles incluent un suivi qui engage l’entreprise à long terme, avec l’envie de progresser », rappelle Gaël Le Clech. Ces modules d’une journée ont été effectués directement au siège, qui regroupe les bureaux, l’atelier, un vestiaire et une salle où les salariés peuvent prendre leur repas, ainsi qu’un vaste parking où sont entreposés les matériels. « Depuis le Covid, nous avons également investi dans six roulottes, pour un meilleur confort des compagnons. Elles sont utilisées à chaque fois qu’un chantier est distant de plus de dix kilomètres du siège. » Coût : 6 000 à 10 000 euros par roulotte, avec une aide de la Carsat de 50 %. L’investissement n’a rien d’anecdotique. TPL gère une dizaine de chantiers quotidiens dans un rayon de 60 kilomètres autour d’Alençon, qui oscillent entre une demi-journée et jusqu’à trois mois de travail, pour des équipes de deux à six salariés. À une époque où il devient difficile de recruter, Gaël Le Clech est persuadé que le bien-être au travail et la prévention deviennent des éléments essentiels pour attirer les talents, mais aussi aller chercher de nouveaux clients. Déjà, il envisage une nouvelle formation en 2024, cette fois-ci sur les arrimages de charges.