Quoi de commun entre la centrale nucléaire de Chooz 2, le plus grand parc logistique d’Europe et le siège du ministère des Armées ? Urano, une entreprise familiale créée en 1960 par François Urano à Warcq (Ardennes). Pascal Urano, arrivé aux côtés de son père en 1980, codirige aujourd’hui le groupe Urano avec son fils Jeremy. La TPE est devenue grande. 950 personnes travaillent aujourd’hui pour les quatre sociétés du groupe : Urano (travaux publics de terrassement, VRD, génie civil), Bemaco (fabrication et pose de produits béton), Truck Location (transport), MCA (production de matériaux granulaires). « Toutes ces sociétés fonctionnent en synergie, assure Patrice Paquot, le directeur d’exploitation d’Urano. Cela permet au client d’avoir un interlocuteur unique. De notre côté, on mutualise les moyens pour plus d’efficience et d’efficacité. »
Certification Mase et ISO 45001
L’efficacité, le groupe l’a exigée lorsqu’il a construit une solide politique de prévention en santé sécurité, après avoir vécu le traumatisme d’un décès sur un chantier en 2015. « Nous avons recruté et mis en place une cellule prévention et sécurité, aujourd’hui composée de neuf personnes », souligne Patrice Paquot. L’entreprise Urano s’est lancée dans la voie de la certification Mase, renouvelée récemment pour trois ans, et prépare la qualification UTO (unité technique opérationnelle), pour travailler avec EDF de façon autonome. Les entreprises Bemaco et MCA sont certifiées ISO 45001. Remontées d’informations et quarts d’heure sécurité ont appuyé ses démarches. Neuf cents ont été réalisés en 2022 sur un objectif de mille, ce qui satisfait le dirigeant. De plus, « chaque vendredi à 10 heures, nous organisons une réunion QSE axée sur la SST avec un état de l’ensemble des événements survenus dans la semaine et des actions à prévoir. »
Cartographie des risques
L’entreprise met actuellement en place un nouvel outil interactif pour mobiles et tablettes, Digirisk. « Cet outil nous offre une cartographie des risques en temps réel et une évaluation du degré de danger. Soit on arrête immédiatement l’activité et on donne des objectifs pour éradiquer ce danger dans un certain délai, soit on cherche des solutions palliatives. »
Afin d’accueillir les nouveaux venus, Urano a construit un espace de 60 m2 dénommé Safety box pour présenter les différentes entités, les risques rencontrés dans leur poste et divers EPI à disposition. « Le but est de les investir dans le sujet de la prévention, témoigne Valérian Delsarte, chargé de prévention pour Bemaco. Un chantier en réalité virtuelle leur apprend à identifier des risques et les solutions pour les surmonter. »
Un CFA interne
Deux sujets majeurs préoccupent l’entreprise : les TMS et les chutes de plain-pied. « Nous essayons d’automatiser au maximum tous les
levages », affirme Marie de Salvador, responsable QSE du groupe. Des formations spécifiques sont déployées par l’organisme de formation d’Urano – certifié Qualiopi – partie prenante du CFA interne Urano. Celui-ci accueille au plus seize apprentis et assure toutes les formations à la prévention sécurité : élingage, gestes et postures, AIPR… De plus, à la demande des salariés, des gilets de protection du dos de la marque Percko ont été attribués aux salariés pour être expérimentés. « Les avis sont différents en fonction des personnes, relate Patrice Paquot, mais on envisage leur développement pour ceux qui le souhaitent, y compris le personnel de bureau. » S’agissant des chutes de plain-pied, « nous avons bien progressé, constate Marie de Salvador, essentiellement grâce à l’adoption des 5S, au tri et au rangement, et à toute la démarche de remontée d’informations illustrée de photos. »
Système de localisation par GPS
Par ailleurs, l’entreprise met en place un système de localisation par GPS dans les engins afin d’éviter au maximum que des compagnons se retrouvent au sol, exposés au risque de heurts. Le conducteur dispose d’une cartographie du terrassement. Un système de talkie-walkie alloué aux équipes de terrassement et de VRD les place en réseau et permet également d’éviter le positionnement au sol. Contrairement à de nombreuses entreprises du secteur, Urano n’emploie pas d’intérimaires. Elle considère les sous-traitants comme parties prenantes de l’entreprise. « Le but est d’arriver un jour à contractualiser un accord-cadre avec nos sous-traitants traditionnels pour avoir une relation encore plus forte avec eux », indique Patrice Paquot. Résultats ? « On observe une diminution progressive et continue du taux de fréquence depuis 2015. On a gagné la reconnaissance des salariés, une fierté d’appartenance à la société », se félicite Patrice Paquot. Pour toutes ses actions, Urano a remporté un prix aux Victoires de la prévention organisées par l’OPPBTP en novembre 2022.