Rien ne semble déranger la tranquillité de Pont-de-Roide, un joli village caché dans la vallée du Doubs. Rien, si ce n’est le chantier de MS Couverture. L’entreprise refait les toitures de plusieurs bâtiments collectifs. Et ça se voit ! Chaque immeuble est totalement ceinturé par un échafaudage, avec escaliers d’accès, garde-corps et filets. Aux commandes de l’entreprise spécialisée en couverture (70 % de son activité) et isolation, Pascal Metzger. Il y est arrivé comme conducteur de travaux en 2005, avec l’ambition de la racheter. C’est aujourd’hui chose faite : il en détient 51 %, et le groupe Cube, spécialiste régional des travaux d’embellissement et de rénovation, possède les 49 % restants. Il ne fait pas de concession à la prévention et a décidé d’avoir un coup d’avance sur ses confrères en faisant de MS Couverture un acteur de pointe en matière de sécurité.
Un accident grave pour électrochoc
« Pendant longtemps j’ai cru qu’il n’était pas nécessaire d’expliquer, de rabâcher, parce que les choses étaient comprises, même si elles n’étaient pas formalisées », explique-t-il. Jusqu’à ce qu’un accident grave, il y a trois ans – la chute d’un couvreur qui avait outrepassé les règles et ne s’était pas attaché –, crée un véritable électrochoc. Convaincu que la démarche doit être collective pour être efficace, il s’est alors lancé dans un processus global début 2021, qui va durer dix-huit mois.
Tout a commencé par un important investissement en temps, à travers des formations, comme Prev’Action développée par l’OPPBTP. Tout le monde en a bénéficié, du dirigeant aux compagnons, afin de mieux faire prendre conscience de la nature des risques. Dans un premier temps, il s'agissait de faire respecter trois règles strictes liées aux chantiers en hauteur : aucun chantier non protégé, aucun dépannage en urgence sans harnais, et pas d’échafaudage sans filet. En parallèle, une réunion regroupant l’ensemble des salariés, conduite par Virginie Mangel, conseillère en prévention à l’OPPBTP, a contribué à libérer la parole. Il en est notamment ressorti la nécessité d’investir dans des matériels.
Des investissements nombreux
Message reçu. En deux ans, MS Couverture a investi plusieurs centaines de milliers d’euros. L’entreprise s’est équipée d’un parc d’échafaudages de 1 200 m2, qui sont désormais systématiquement utilisés pour les chantiers publics (70 % de l’activité) mais également pour les travaux chez les particuliers. Encore faut-il convaincre les clients de la pertinence d’un tel équipement, qui représente un coût additionnel de 10 %, soit 3 000 euros pour la couverture d’une maison individuelle. « L’information est primordiale. Je leur rappelle qu’un échafaudage est la garantie d’un chantier de bonne qualité et réalisé dans les temps. Et je leur précise qu’en tant que maître d'ouvrage, ils sont responsables en cas d’accident. Les arguments font généralement mouche », précise Frédéric Ancel, directeur des travaux en charge de la réalisation des devis.
MS Couverture a également acheté deux grues. La plupart des compagnons ont obtenu leur CACES® pour les piloter, en parallèle de formations au montage, démontage et réception d’échafaudages. Une troisième grue devrait compléter le parc en 2024. « C’est un budget conséquent mais le gain en temps, manutention et sécurité est important, et le retour sur investissement est rapide », poursuit Frédéric Ancel. Une communication permanente contribue également à améliorer la sécurité. Elle passe notamment par des fiches d’intervention remises à chaque salarié lors d’un nouveau chantier, qui comportent un volet prévention et que chacun doit signer.
Ces multiples efforts ont permis à MS Couverture de devenir, cette année, membre de la « Charte couvreur », qui regroupe une douzaine d’entreprises régionales fortement engagées dans la prévention et dont l’OPPBTP est partenaire. « C’est une reconnaissance du travail accompli, et cela permet de sensibiliser les clients sur la sécurité, à travers une plaquette explicative », se félicite Pascal Metzger, qui voit également dans les efforts accomplis un autre avantage. « La mise en place de cette politique de prévention contribue à favoriser le bien-être au travail, de mieux fidéliser les compagnons et de diminuer le turn-over. » L’argument est majeur alors que dans le Doubs, comme partout ailleurs, les difficultés de recrutement sont importantes.