« Après une école d’ingénieurs à Paris, j’ai passé sept ans chez Colas où j’ai bénéficié d’une formation exceptionnelle, un tour de France compris, avant de suivre des projets d’envergure comme l’extension en mer de Monaco, relate Pierre Pergola. J’ai connu ce qui se fait de mieux en matière de management. » Une belle carrière dans le groupe Bouygues l’attendait sur le continent. Et pourtant. Au départ à la retraite de son père et de son oncle, fondateurs de Pergola Maçonnerie Générale (PMG), il a choisi de revenir en Haute-Corse, dans la région d’Aléria. « En mai 2023, j’ai quitté Colas et le 1er juin, le temps de faire la passation, j’étais à la tête de l’entreprise familiale. »
L’apport de nouveaux outils
Pour marquer un nouveau départ, Pierre, alors âgé de 29 ans, change le nom de la société (en PMG Structures), lui donne une identité visuelle, mais conserve les fondements de son activité : des travaux de maçonnerie générale en construction neuve (maisons traditionnelles), rénovation (toiture, isolation, anciennes bâtisses) et aménagements extérieurs (en pierre). Son projet se résume en quatre points : moderniser, investir, adopter les dernières réglementations en vigueur et réduire la pénibilité au travail. « Je n’aurai jamais le niveau technique de mon oncle en maçonnerie pure, mais le métier a beaucoup évolué, observe-t-il. J’apporte de nouveaux outils et moyens constructifs, des produits innovants, de l’informatique, de la sécurité, une politique QHSE (qualité, hygiène, sécurité, environnement, NDLR), des aspects aujourd’hui indispensables. » Son effectif de neuf personnes est le plus souvent réparti en trois équipes pour autant de chantiers simultanés. « Je dois mon parcours aux anciennes générations. La société avec laquelle j’ai grandi est très saine et sa clientèle fidèle. »
L’achat déterminant d’un camion-grue
Trouver de l’aide à l’extérieur faisait partie de son plan d’action. À peine installé, il sollicite l’OPPBTP pour un appui technique et financier. Le contrat Prévention & Performance mis en place par Jérémy Terrachon, son conseiller en prévention, comprend tout un panel de formations. Pour le renouvellement de son parc matériel, le dirigeant est mis en relation avec des fournisseurs d’outillage et d’éléments d’échafaudage. La question du financement est cruciale. « L’achat d’un camion-grue, configuré par et pour les équipes avec la société Promat, s’est concrétisé grâce à un prêt partiel à taux zéro de la Cadec, explique Pierre Pergola qui a également reçu une aide déterminante de l’Adec (1). Il améliore le rendement, limite les efforts et nous ouvre de nouveaux marchés. » De cette acquisition découle l’achat de matériels financés en grande partie (de 50 % à 70 %) par la Carsat : un pied de mouton commandé à distance, des plates-formes individuelles roulantes légères (PIRL), des lots d’échafaudages complets, des bases vie de chantier autonomes, des aspirateurs… Autant de produits agréés qui bénéficient des dernières évolutions techniques. La facture s’élève en tout à près de 700 000 euros (sur deux ans) que les aides et la rentabilité générée permettent de ne pas répercuter sur la facture des clients.
Installer durablement les bonnes pratiques
Pour une très petite entreprise (TPE), un tel investissement, accompagné de recherche de solutions et d’essais, n’a pas d’équivalent à l’échelle de la Corse. Le changement est conséquent pour les salariés dont les conditions de travail ont été radicalement modifiées. « Le sujet de la santé, de la sécurité et de l’environnement devient différenciant pour les entreprises, y compris pour les petites et moyennes, estime Pierre Pergola. Je suis persuadé que celles qui se soucient de la prévention vont être récompensées et les autres écartées. » Après une telle mutation, l’objectif est de poursuivre le développement et d’installer durablement les bonnes pratiques comme les protections collectives en toiture et le port de harnais ou l’utilisation de PIRL plutôt que d’escabeaux. Les habitudes restent tenaces. « Il faut une politique tranchée, et faire preuve de patience et de pédagogie, mais l’avantage d’une société de moins de dix salariés, c’est qu’on se réunit facilement, conclut Pierre Pergola. Je projette des vidéos, je montre la réalité du terrain, sans filtre, pour illustrer les chutes de hauteur ou des écrasements. Le lendemain, les équipements sont bien portés. »
(1) Cadec : Caisse de développement de la Corse ; Adec : Agence de développement économique de la Corse.