Le 19 juillet 2022, en pleine canicule, sur le chantier de l’école Émile Keller à Rougemont-le-Château (Territoire de Belfort), on pense déjà à l’hiver. « J’ai préconisé de placer des arrêts neige sur les toitures car, en cas de fortes chutes de neige, il est possible que ça tombe juste au-dessus de la cour d’école », indique Alexis Py, le dirigeant de l’entreprise familiale Py-Elias, spécialisée en menuiserie, charpente, construction bois, couverture et zinguerie, et chargée de restaurer les couvertures de deux bâtiments de l’école. Si Alexis Py pense à la sécurité des enfants, c’est également révélateur de sa préoccupation permanente des conditions de travail de ses salariés. Il a d’ailleurs décalé les horaires de travail – de 6 heures à 14 heures – en ces jours de forte chaleur. Mais son obsession, ce sont les chutes de hauteur. Une obsession héritée de son père Francis Py, aujourd'hui retraité et toujours président de la société. Celui-ci a réalisé de gros investissements pour la sécurité : parc d'échafaudages, chariot à tourelle rotative, appareil d'aspiration des poussières à la source… Et les résultats sont là : l’entreprise n’a pas connu d’accidents graves. Elle déplore essentiellement des coupures. Au moment de défilmer la tôle de zinc, pour avoir plus de prise, les compagnons sont tentés de retirer le gant. « Le plus important pour nous, c’est d’avoir zéro chute de hauteur, on fait tout pour que cela n’arrive pas », insiste Alexis Py. À commencer par un travail d’anticipation des chantiers.
Chez Py-Elias, tout le monde est impliqué
Quand un projet est signé, le chef d’entreprise estime avec Florent, du bureau d’études, les besoins en matériaux. « Nous réalisons les plans pour l’approvisionnement du bois, et Florent communique beaucoup avec le chef d’équipe qui fera le levage. Tout le monde est impliqué et connaît le chantier avant d’y être. C’est la meilleure façon d’assurer son déroulement, en sécurité. » Si c’est un prestataire qui monte l’échafaudage, l’entreprise rédige son PPSPS, lui précise l’emprise disponible pour le stockage du matériel. « Nous indiquons la localisation de l’engin et le rayonnement de levage. Nous précisons nos besoins en échafaudages, les hauteurs par rapport à nos zones de travail, et les largeurs de platelage. »
Intégrer la prévention en amont
Le dirigeant prévoit toujours d’intégrer la prévention en amont. « C’est important, car si nous sommes courts en termes de délais d’exécution du chantier, les compagnons auront toujours tendance à défavoriser la sécurité. » Or, Alexis Py se bat contre cela. Il enjoint à ses couvreurs de ne pas réceptionner les échafaudages tant qu’ils ne sont pas conformes à ses exigences, même si c’est une perte de temps. « Je soutiens mon chef d’équipe pour qu’il ne lâche pas, et je préviens aussi la maîtrise d’ouvrage et le client de la situation ». Stéphane Donadel, couvreur zingueur et chef d’équipe, confirme : « On ne se mettra jamais en danger, notre patron est strict là-dessus. La sécurité prime devant la rapidité de réalisation. » Et quand l’entreprise ne dispose pas du matériel nécessaire, elle travaille avec un sous-traitant qu’elle connaît. Elle se méfie : « Certains échafaudeurs ont du mal à se mettre à la pose de filets dès que la hauteur est trop importante. »
Rôle majeur du CSPS
Alexis Py insiste sur le rôle majeur du CSPS pour la sécurité des chantiers : « On a besoin de son appui pour faire valider certains éléments et faire comprendre au maître d’ouvrage ou au maître d’œuvre notre logique de travail. » Lors de l’inspection commune avec les CSPS, Alexis Py n’hésite pas à faire part de son souhait d’éviter la coactivité avec certaines entreprises lorsqu’il l’estime trop dangereuse. Toujours à l’écoute de ses salariés, il a accepté la demande d’un chef d’équipe d’acheter des bouchons moulés. « Le bruit peut venir de la coactivité et on n’a pas le temps d’aller chercher son casque. Autre avantage : c’est léger et on les a toujours sur soi. »
Attentif à la formation des compagnons, il bute sur la difficulté à les rendre disponibles. « Les bloquer trois jours, c’est compliqué. » Un sujet révélateur de la pénurie de personnel qui frappe la profession : Py-Elias devrait accueillir 18 à 20 compagnons, au lieu des 14 actuels. Pourtant, ses compagnons ne tarissent pas d’éloges sur leurs conditions de travail : Stéphane Donadel, 19 ans d’ancienneté, aime ce métier valorisant, où il apprend tous les jours. Même attrait pour Marceau Blaison, charpentier-couvreur qui a rejoint l’entreprise il y a un an et demi, qui souligne : « C’est la première fois que je vois autant d’actions sur la prévention ». Sans doute l’attention d’une entreprise familiale qui, avec sa quatrième génération de charpentiers, en 2023, fêtera ses 100 ans !