Une prévention qui mobilise tous les salariés
Dans le sud-ouest de la France, où l’on défend les valeurs du collectif, Giesper a mis en place une politique de prévention à tous les niveaux, ancrée dans le quotidien.
Publié le : 28/04/2026
Thierry Beaurepère

- Un projet sécurité validé chaque année par le CSE.
- Des formations pour tous, du compagnon au conducteur de travaux.
Article paru dans le magazine PréventionBTP n° 304, mars 2026.
En terre de rugby, on aime avancer sans renier les traditions, et travailler en équipe. Des valeurs qui guident Mathieu Cavagné, à la tête de l’entreprise Giesper créée par son arrière-grand-père, Georges Giesper, en 1932. Bientôt centenaire, l’entreprise demeure fringante, avançant solidement sur deux pieds : les travaux publics — en particulier l’assainissement — qui génèrent les deux tiers de l’activité, et l’immobilier. Lorsqu’il en a pris la direction en 2019, succédant à son père Bruno, le jeune patron alors âgé de 31 ans aurait pu vouloir tout bousculer. Il a préféré s’appuyer sur de solides fondations et le savoir-faire des compagnons pour mieux se projeter dans l’avenir.
Rayonner dans le Grand Sud-Ouest
Nouvelles réglementations, remplacement de canalisations vieillissantes, démographie dynamique dans le sud de la France…, le marché se développe à un rythme régulier. Pour autant, le métier est local et dépend d’une poignée de gros donneurs d’ordre, limitant les possibilités de croissance organique. Alors pour grossir, l’entreprise est allée voir ailleurs. En 2021, le rachat d’Axeo TP lui a permis d’étendre son territoire, à Bordeaux et à Marseille. 2025 a vu l’ouverture d’une antenne à Montpellier, pour mieux rayonner dans le Grand Sud-Ouest avec huit implantations. « Nous voulons continuer à renforcer notre maillage sur notre cœur de métier et, pourquoi pas, dans les réseaux secs ou dans l’énergie si des opportunités se présentent », précise Mathieu Cavagné.
Formaliser la politique de prévention
Cette marche en avant est également déclinée en matière de sécurité, dans une entreprise exposée aux chutes de plain-pied ou de hauteur, aux risques liés à l’éboulement et aux heurts d’engins. « Nous faisions les choses plutôt bien mais il était nécessaire de passer d’une culture inconsciente à consciente, de mieux structurer et formaliser la politique de prévention avec des actions continues et pas seulement ponctuelles », explique le dirigeant. À charge pour Joanna Navarro, qui a rejoint l’entreprise en 2022 en tant que responsable QSE (qualité, sécurité, environnement), de mettre en musique cette politique et d’insuffler une dynamique. Pas question pour autant d’arriver avec une vision verticale. Pour que les messages soient efficaces, Giesper préfère s’appuyer sur les compétences et le bon sens de chacun.
Mieux intégrer les nouveaux salariés
« La sécurité doit être une culture partagée et ancrée dans le quotidien des compagnons, avec des solutions qui conviennent à tous pour être efficaces », confirme la jeune femme. Elle a d’abord imaginé un groupe de travail avec les différents conducteurs de travaux pour définir un plan d’action qui a permis des avancées concrètes : mise en place de règles d’or (EPI, accrochages, troubles musculo-squelettiques — TMS…), création de quarts d’heure sécurité et d’un processus d’accueil plus performant — de l’arrivée dans l’entreprise avec une demi-journée pour mieux intégrer les nouveaux venus, permanents comme intérimaires, jusqu’au chantier avec un accueil spécifique par le chef de chantier. « Je me suis rendu compte que beaucoup d’accidents se déroulaient le lundi de 8 heures à 10 heures, du fait d’un accueil mal organisé », ajoute Joanna Navarro. Giesper a également instauré des visites sécurité sur les chantiers. Chaque conducteur de travaux ou chef de secteur doit en effectuer six par an, et envoyer un rapport via l’outil Google Forms. Et au plus près du terrain, chaque compagnon peut scanner un QR code, affiché dans les bases vie ou sur les dossiers de chantier, qui l’oriente vers un formulaire pour signaler des situations dangereuses.
Des actions validées par le CSE
Les téléphones portables, qui déconcentrent et peuvent engendrer des accidents, font également l’objet d’une attention particulière. « On ne peut pas les interdire sur les chantiers mais on peut conseiller de les utiliser uniquement dans une zone sans risque », ajoute Joanna Navarro. Cette politique est complétée par un projet sécurité annuel, validé par le comité social et économique (CSE). Ainsi, en 2024, les salariés ont profité d’une journée sécurité-prévention (ateliers sur les TMS avec un ostéopathe, sur l’utilisation d’outillages…) et, en 2025, des mises en situation sur chantier ont été organisées avec des exercices pratiques : simulation d’accident, pollution accidentelle… Après la mise en place d’un plan « fortes chaleurs » l’été dernier, Giesper travaille désormais à un programme de tutorat. Objectif : réunir en binôme un « ancien » de l’entreprise et un « jeune » afin de transmettre les bonnes pratiques, pour gagner en performance et en sécurité.
Profil de l’entreprise
Activités : travaux publics, immobilier
Création : 1932
Chiffre d’affaires : 60 millions d’euros, dont 34 millions pour les travaux publics
Nombre de salariés : 180 (en travaux publics)
Lieu : Toulouse
Conseiller en prévention OPPBTP : Simon Loukili
Site : www.giesper.fr

Giesper a investi dans des bungalows de dernière génération avec climatisation pour un meilleur confort au travail.

Deux pelles et deux camions permettent de réaliser 20 m de travaux quotidiens : ouverture et fermeture des tranchées, déplacement des blindages…

Une scie à sol est utilisée pour découper l’enrobé, avant qu’il ne soit évacué par une pelle.

Mises en place en 2023, les règles d’or (environnement, sécurité, troubles musculo-squelettiques…) sont affichées sur tous les chantiers.

Des blindages — obligatoires à partir de 1,30 m de profondeur — sont utilisés pour sécuriser les tranchées.

Une attention particulière est apportée au port des EPI (ici, casque et gants anti-vibration) lors de l’utilisation de plaques vibrantes pour compacter le sol.
Focus
Depuis le 1er juillet 2025, une nouvelle réglementation s’impose aux entreprises du BTP en cas de fortes chaleurs.
Avec des chantiers qui se déroulent en plein air, l’entreprise Giesper est particulièrement exposée aux conditions climatiques, et notamment aux fortes chaleurs. Mathieu Cavagné détaille pour nous les mesures mises en place pour assurer la sécurité des compagnons.
Pourquoi avez-vous mis en place un plan d’action spécifique ?
Notre région est, plus que d’autres, exposée à des canicules de plus en plus nombreuses et extrêmes ; comme durant l’été 2025, où nous avons constaté davantage d’accidents liés à la température et à la fatigue. Par-delà la nouvelle réglementation, il est de notre devoir de nous assurer de la bonne santé des compagnons et nous avons mis en place un processus d’actions spécifique.
Comment cela se traduit-il concrètement ?
Nous avons créé un logigramme avec différents niveaux de canicule, et des actions à mettre en place. Nous aménageons les horaires en démarrant plus tôt le matin quand c’est possible, organisons des pauses… Et nous avons investi 10 000 euros dans des gilets rafraîchissants et des glacières fonctionnant sur batterie, pour approcher l’eau au plus près des compagnons. Lorsque le niveau est rouge, nous stoppons le chantier. Les heures sont rattrapées plus tard. En 2025, c’est arrivé un jour et demi.
Qu’en est-il pour les bases vie sur les chantiers ?
Outre les roulottes classiques, essentielles à l’hygiène au travail, nous investissons dans des bungalows de dernière génération, dont le coût unitaire atteint 40 000 euros. Ils disposent de l’électricité, de la climatisation, d’un réfrigérateur, de toilettes et parfois d’une douche même si les compagnons préfèrent généralement se doucher à domicile, après leur journée de travail. Nous en avons déjà quatre, il nous en faudrait une dizaine.
Bilan de performance
Pour gagner en performance tout en améliorant la sécurité, Giesper investit chaque année un million d’euros dans de nouveaux matériels. L’entreprise a notamment acheté une aspiratrice (450 000 euros) pour évacuer les débris des tranchées sans endommager les réseaux, ou encore plusieurs plaques vibrantes télécommandées, permettant de compacter les sols avec un meilleur confort, sans vibrations dans les bras pour le compagnon.
Nous avons investi dans des gilets rafraîchissants et des glacières.

Mathieu Cavagné a rejoint Giesper en 2016, avant d’en prendre la direction en 2019. Après une école de commerce, il a fait ses classes chez Vinci à Londres, en tant que business analyst. Passionné par le sport, et le rugby en particulier, il a contribué à la création de l’association Les Amis de Georges au sein de l’entreprise, où l’on pratique la pelote basque, l’athlétisme, le vélo ou le triathlon.
Méthodologie appliquée
- « L’OPPBTP accompagne l’entreprise Giesper depuis 2017 à travers des contacts réguliers. À mon arrivée, j’ai souhaité renforcer cette relation en participant au Club Avenir Prévention qui permet d’échanger avec d’autres professionnels, quatre fois par an », explique Joanna Navarro, responsable QSE.
- « L’OPPBTP nous a accompagnés pour des formations, par exemple sur les risques chimiques, dans le cadre d’une campagne nationale, avec une sensibilisation des personnels aux dangers et un inventaire de nos produits, ou encore sur les problématiques réglementaires. »
- « En septembre 2024, nous avons mis en place un contrat de performance prévention, avec notamment des formations au management de la prévention pour nos conducteurs de travaux et des formations à l’intégration des personnels permanents et temporaires. »