En terre de rugby, on aime avancer sans renier les traditions, et travailler en équipe. Des valeurs qui guident Mathieu Cavagné, à la tête de l’entreprise Giesper créée par son arrière-grand-père, Georges Giesper, en 1932. Bientôt centenaire, l’entreprise demeure fringante, avançant solidement sur deux pieds : les travaux publics — en particulier l’assainissement — qui génèrent les deux tiers de l’activité, et l’immobilier. Lorsqu’il en a pris la direction en 2019, succédant à son père Bruno, le jeune patron alors âgé de 31 ans aurait pu vouloir tout bousculer. Il a préféré s’appuyer sur de solides fondations et le savoir-faire des compagnons pour mieux se projeter dans l’avenir.
Rayonner dans le Grand Sud-Ouest
Nouvelles réglementations, remplacement de canalisations vieillissantes, démographie dynamique dans le sud de la France…, le marché se développe à un rythme régulier. Pour autant, le métier est local et dépend d’une poignée de gros donneurs d’ordre, limitant les possibilités de croissance organique. Alors pour grossir, l’entreprise est allée voir ailleurs. En 2021, le rachat d’Axeo TP lui a permis d’étendre son territoire, à Bordeaux et à Marseille. 2025 a vu l’ouverture d’une antenne à Montpellier, pour mieux rayonner dans le Grand Sud-Ouest avec huit implantations. « Nous voulons continuer à renforcer notre maillage sur notre cœur de métier et, pourquoi pas, dans les réseaux secs ou dans l’énergie si des opportunités se présentent », précise Mathieu Cavagné.
Formaliser la politique de prévention
Cette marche en avant est également déclinée en matière de sécurité, dans une entreprise exposée aux chutes de plain-pied ou de hauteur, aux risques liés à l’éboulement et aux heurts d’engins. « Nous faisions les choses plutôt bien mais il était nécessaire de passer d’une culture inconsciente à consciente, de mieux structurer et formaliser la politique de prévention avec des actions continues et pas seulement ponctuelles », explique le dirigeant. À charge pour Joanna Navarro, qui a rejoint l’entreprise en 2022 en tant que responsable QSE (qualité, sécurité, environnement), de mettre en musique cette politique et d’insuffler une dynamique. Pas question pour autant d’arriver avec une vision verticale. Pour que les messages soient efficaces, Giesper préfère s’appuyer sur les compétences et le bon sens de chacun.
Mieux intégrer les nouveaux salariés
« La sécurité doit être une culture partagée et ancrée dans le quotidien des compagnons, avec des solutions qui conviennent à tous pour être efficaces », confirme la jeune femme. Elle a d’abord imaginé un groupe de travail avec les différents conducteurs de travaux pour définir un plan d’action qui a permis des avancées concrètes : mise en place de règles d’or (EPI, accrochages, troubles musculo-squelettiques — TMS…), création de quarts d’heure sécurité et d’un processus d’accueil plus performant — de l’arrivée dans l’entreprise avec une demi-journée pour mieux intégrer les nouveaux venus, permanents comme intérimaires, jusqu’au chantier avec un accueil spécifique par le chef de chantier. « Je me suis rendu compte que beaucoup d’accidents se déroulaient le lundi de 8 heures à 10 heures, du fait d’un accueil mal organisé », ajoute Joanna Navarro. Giesper a également instauré des visites sécurité sur les chantiers. Chaque conducteur de travaux ou chef de secteur doit en effectuer six par an, et envoyer un rapport via l’outil Google Forms. Et au plus près du terrain, chaque compagnon peut scanner un QR code, affiché dans les bases vie ou sur les dossiers de chantier, qui l’oriente vers un formulaire pour signaler des situations dangereuses.
Des actions validées par le CSE
Les téléphones portables, qui déconcentrent et peuvent engendrer des accidents, font également l’objet d’une attention particulière. « On ne peut pas les interdire sur les chantiers mais on peut conseiller de les utiliser uniquement dans une zone sans risque », ajoute Joanna Navarro. Cette politique est complétée par un projet sécurité annuel, validé par le comité social et économique (CSE). Ainsi, en 2024, les salariés ont profité d’une journée sécurité-prévention (ateliers sur les TMS avec un ostéopathe, sur l’utilisation d’outillages…) et, en 2025, des mises en situation sur chantier ont été organisées avec des exercices pratiques : simulation d’accident, pollution accidentelle… Après la mise en place d’un plan « fortes chaleurs » l’été dernier, Giesper travaille désormais à un programme de tutorat. Objectif : réunir en binôme un « ancien » de l’entreprise et un « jeune » afin de transmettre les bonnes pratiques, pour gagner en performance et en sécurité.