« Faire de la prévention un réflexe partagé »
Le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, détaille les grandes priorités du nouveau plan Santé au travail dévoilé début juin.
Publié le : 26/08/2026
Virginie Leblanc
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Le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, détaille les grandes priorités du nouveau plan Santé au travail dévoilé début juin.
Publié le : 26/08/2026
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En résumé :

Alors que s’engage le plan Santé au travail (PST) 2026-2030, le ministre du Travail et des Solidarités présente quelques grands enjeux, partagés par le secteur du BTP, pour améliorer encore la prévention des risques professionnels.
Quelles sont les particularités de ce nouveau plan Santé au travail 2026-2030 par rapport aux précédents ?
Le plan Santé au travail 2026-2030 rehausse l’ambition portée par la politique de santé et sécurité au travail : j’ai décidé de mettre en avant cinq orientations. Tout d’abord, lutter contre les accidents du travail graves et mortels qui restent trop nombreux, en ciblant les jeunes mais également les travailleurs intérimaires. Deuxième axe : promouvoir la santé des femmes au travail, à travers l’évaluation genrée des risques professionnels, l’adaptation des mesures de prévention et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail. Ensuite, le plan s’attachera à prévenir les risques liés au changement climatique et à accompagner les transformations numériques, comme l’intelligence artificielle (IA). Un autre axe a trait à la prévention de l’absentéisme, facteur d’éloignement de l’emploi pour les salariés et de désorganisation pour les entreprises, dans une logique de prévention primaire et d’accompagnement des acteurs. Enfin, le plan s’attache à promouvoir la santé mentale.
La lutte contre les accidents graves et mortels est également une priorité du secteur du BTP. Comment se traduit-elle dans ce plan ?
Plusieurs actions du PST 2026-2030 recoupent les enjeux du BTP. Les travaux publics et le bâtiment sont deux branches à enjeux de sinistralité qui se sont volontairement engagées dans un travail paritaire pour renforcer la prévention au plus près de la réalité du terrain. Je salue ce volontarisme et souhaite que ces travaux interbranches aboutissent désormais rapidement. L’OPPBTP et ses équipes jouent, aux côtés des autres préventeurs, un rôle déterminant de partenaires dans la mise en œuvre du PST. Ce plan cible des risques professionnels prioritaires, comme les risques de chute de hauteur, avec par exemple une prise en compte du risque dès la conception des bâtiments. C’est aussi le cas des risques à l’origine de pathologies cardiovasculaires, et singulièrement les malaises que nous devons mieux prévenir. Le plan souligne l’impératif d’une politique d’achat public responsable qui valorise l’intégration de clauses santé et sécurité au travail, pour que les donneurs d’ordre soient pleinement engagés. Il s’agit aussi de mobiliser le collectif de travail sur la prévention des conduites addictives, particulièrement les stupéfiants.
Le nouveau plan Santé au travail met particulièrement l’accent sur les jeunes et l’accueil des nouveaux arrivants en entreprise. Quels sont les axes de progrès retenus ?
Les jeunes, mineurs ou majeurs, sont davantage exposés aux risques professionnels en raison de leur expérience et de leur connaissance des environnements professionnels plus limitées. Ainsi, le PST 2026-2030 vise à faire de la prévention un réflexe partagé afin de sécuriser durablement les parcours d’insertion des jeunes et nouveaux arrivants. Ceci en assurant une meilleure prise en compte des compétences de santé au travail dans l’enseignement professionnel et les titres professionnels. Également en renforçant l’information et les outils à disposition dans les centres de formation d’apprentis, afin de mieux sensibiliser à la santé et à la sécurité au travail et accompagner les jeunes. Il s’agit aussi de sécuriser les premières expériences professionnelles des jeunes, avec une procédure d’intégration spécifique en entreprise (expérimentation de signes distinctifs) et le renforcement du rôle des encadrants, employeurs et collectifs de travail. Enfin, le plan entend améliorer la prise en compte, dans la démarche d’évaluation des risques professionnels, de la vulnérabilité spécifique des primo-accédants, avec des actions de prévention dédiées.
L’OPPBTP a lancé son nouveau plan stratégique Horizon 2030 en avril 2026, ainsi qu’une campagne sur la culture de prévention sur plusieurs années. Ce sujet de la culture de prévention est traité dans le plan. Quels sont les objectifs en la matière ?
Au même titre que le plan stratégique Horizon 2030 de l’OPPBTP, le PST 2026-2030 met l’accent sur la prévention primaire : diffusion large de la notion de la culture de prévention, promotion des bonnes pratiques et valorisation des démarches des entreprises du BTP les plus sûres. Cela passe par une communication renforcée et une meilleure sensibilisation des travailleurs afin que la sécurité soit intégrée par tous les acteurs du BTP, dans toutes les entreprises et plus particulièrement les TPE. Cette orientation soutenue par des actions de prévention qui s’appuient sur les obligations légales (document unique d’évaluation des risques professionnels — DUERP —, information, formation, etc.) doit également reposer, dans chaque entreprise, sur le développement dynamique du travail de prévention et de pratiques de prévention. Cette exigence s’impose à nous.
Les TPE étaient une cible majeure du précédent plan. Qu’en est-il pour 2026-2030 ?
Les TPE restent une priorité, leurs besoins et contraintes ont été systématiquement pris en compte lors de la construction du plan. Nous mettons l’accent sur l’amélioration de l’accompagnement des entreprises, et notamment des TPE, en matière de conception du DUERP. Le plan prévoit des actions partenariales, au niveau territorial, pour mieux mobiliser les réseaux de proximité et les ressources vers les entreprises. Nous souhaitons également sensibiliser les dirigeants des TPE à leur propre santé et sécurité au travail.
Des épisodes météorologiques extrêmes ont tendance à se multiplier, canicule précoce cette année en mai, tempêtes et inondations… Ils impactent les conditions de travail. Comment les partenaires sociaux ont-ils appréhendé ce sujet dans le plan ?
Face au changement climatique, le PST 4 [2021-2025, NDLR] avait abouti à la publication du décret du 27 mai 2025 pour adapter les obligations des employeurs à ce risque toujours plus prégnant. L’Inspection du travail reste par ailleurs très mobilisée, tant en diffusant largement les messages de prévention que par son action en matière de contrôles qui ont été triplés entre 2024 et 2025. Il est désormais essentiel que ces risques soient mieux pris en compte par les employeurs et que le monde du travail s’adapte en conséquence. Avec le plan Santé au travail 2026-2030, nous souhaitons renforcer la connaissance et la prévention de ces risques, en accompagnant les entreprises : c’est notamment le cas pour prévenir les malaises.
L’IA se diffuse à très grande vitesse dans la société et le monde du travail. Sur le champ des conditions de travail, quelles opportunités ou quels risques voyez-vous ?
Nous consacrons une action aux effets de ces transformations : impacts des évolutions technologiques et de l’IA sur l’organisation du travail, le contenu des activités, les compétences, l’autonomie des salariés et les pratiques managériales. L’objectif est que ces innovations constituent un levier d’amélioration des conditions de travail plutôt qu’un facteur de risque. Le plan Santé au travail 2026-2030 inclut également une action dédiée au développement de nouvelles technologies intégrées dans les machines, dont l’IA, afin d’anticiper les conséquences pour la sécurité des travailleurs : veille autour des nouveaux produits mis sur le marché intégrant l’IA dans les fonctions de sécurité, expertise partagée avec les préventeurs, accompagnement des entreprises concernées, structuration de l’action du Ministère comme autorité de surveillance du marché.
Sujet délicat, la santé mentale. Comment accompagner les entreprises à s’en saisir ?
C’est l’une des cinq priorités du PST 2026-2030, en cohérence avec la grande cause nationale. Les entreprises ne sont pas épargnées par la dégradation de la santé mentale qui touche toutes les sphères de la société. Outre la libération de la parole et l’accompagnement des individus en difficulté, l’enjeu est d’agir sur les déterminants organisationnels : charge de travail, autonomie, soutien managérial, qualité des relations de travail ou encore dialogue professionnel. Le PST prévoit ainsi de renforcer la prévention des risques psychosociaux, de promouvoir la santé mentale au travail et de diffuser des outils et démarches adaptés aux entreprises. L’objectif est de faire de la santé mentale un sujet de prévention à part entière, au même titre que les autres risques professionnels.
Les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes figurent également parmi les priorités. Quels sont les axes d’action retenus ?
Le PST 2026-2030 entend accompagner les entreprises sur l’évaluation et la prévention des violences sexuelles et sexistes au travail (VSST), internes à l’entreprise ou résultant de personnes extérieures. Pour cela, les services de prévention et de santé au travail appuieront les entreprises dans leur évaluation et la prévention des situations à risques ainsi que dans l’identification et l’accompagnement des victimes de VSST. Le plan déploie par ailleurs une charte d’engagement des entreprises sur l’ensemble des sujets relatifs à la santé et sécurité des femmes au travail pour une approche systémique.
Dans le BTP comme dans d’autres secteurs, le maintien en emploi de salariés âgés dans de bonnes conditions est un enjeu majeur. Que dit le plan sur ce sujet ?
Le maintien en emploi des salariés âgés est en effet un enjeu majeur pour le BTP, où les contraintes physiques, l’exposition à certains risques professionnels et les phénomènes d’usure professionnelle peuvent fragiliser les parcours en fin de carrière : la prévention doit permettre de travailler dans de bonnes conditions tout au long de la vie professionnelle. Pour y parvenir, le plan vise une montée en charge des services de prévention et de santé au travail (SPST) dans leur mission de prévention de la désinsertion professionnelle (PDP) : outillage, promotion des bonnes pratiques des cellules de PDP. Il ambitionne également une meilleure coordination des acteurs : les SPST, les employeurs, l’Assurance-maladie, les organismes de prévention et les partenaires sociaux. L’accent est mis sur le repérage précoce des situations à risques, l’accompagnement des salariés concernés et l’aménagement des postes.
Comment vont s’articuler les conclusions de la conférence « Travail Emploi Retraites » ouverte fin 2025 avec les priorités du plan ?
Cette conférence a permis d’engager un dialogue approfondi entre les partenaires sociaux sur des enjeux cruciaux : notre rapport au travail, l’amélioration des conditions de travail et d’emploi, l’accès à l’emploi pour toutes et tous, le futur de notre système de retraite, etc. Ses conclusions nourriront la phase de mise en œuvre du PST 2026-2030 afin que la mobilisation de chacun et les bonnes idées convergent en faveur de l’objectif que nous partageons tous : assurer la santé et sécurité de tous en entreprise.
Lutter contre les accidents du travail graves et mortels, trop nombreux, en ciblant les jeunes mais également les travailleurs intérimaires.
Le plan souligne l’impératif d’une politique d’achat public responsable qui valorise l’intégration de clauses santé et sécurité au travail.
La prévention doit permettre de travailler dans de bonnes conditions tout au long de la vie professionnelle.