En résumé

    Consommer du cannabis diminue la vigilance et augmente l’accidentologie.

    Le dialogue pour sensibiliser aux dangers est utile, en plus du recours aux tests.

    Article paru dans PréventionBTP n°265-Septembre 2022-p. 28.

    Les campagnes de prévention de l’alcoolisme ont porté leurs fruits ; l’alcool, auparavant très présent sur les chantiers, est aujourd’hui un risque mieux contrôlé. Mais d’autres addictions se sont développées, en particulier chez les jeunes. Parmi elles, le cannabis prend une place prépondérante. Selon l’Office français des drogues et toxicomanies (OFDT), 700 000 personnes en consomment quotidiennement. « Le BTP fait partie, avec la restauration et le monde du spectacle, des trois secteurs en tête », indique Clémence Mazereau, responsable mécénat et partenariat à la Fondation du BTP.

    Fumer un joint a un impact sur la santé et le comportement du consommateur, mais surtout cela augmente l’accidentologie. C’est pourquoi la Fondation du BTP a lancé dès 2019 le programme « Déclic addictions » en direction des dirigeants, des managers et des salariés du BTP. Des modules de formation et d'échanges ciblés, pédagogiques et interactifs, pour mieux comprendre cette addiction et libérer la parole sur un sujet délicat. Les médecins du travail sont également beaucoup plus impliqués, comme le montre une récente enquête de l’INRS. En 2021, 51 % d’entre eux ont indiqué interroger les salariés sur ces questions, ils n’étaient que 17 % en 2009.

    Contrôler mais de manière bienveillante

    Longtemps les employeurs se sont plaints d’une véritable quadrature du cercle, d’un côté ils sont tenus de prendre toutes les mesures pour assurer la sécurité de leurs salariés (article L 4121-1 du Code du travail, ), de l’autre, ils ne disposent d’aucun outil pour gérer le risque cannabis. La possibilité, depuis fin 2016, de réaliser des tests salivaires a contribué à rendre les campagnes de sensibilisation plus efficaces. Encore faut-il savoir aborder ce sujet délicat ! Une étude, menée dans six CFA pour valider l’efficacité d’un programme de prévention des conduites addictives, a montré que ce dernier conduisait paradoxalement à un renforcement des consommations. Est-ce étonnant ? « La méthode n’est pas forcément la bonne avec les jeunes, car elle se focalise sur les dangers du cannabis alors qu’ils n’en voient que les bénéfices : être détendu, mieux dormir le soir…) », indique Fabrice Reboullet, fondateur de Graphito Prévention et consultant pour la Fondation du BTP.

    L’approche mise en place par Graphito prend le contrepied : « Nous partons de ce que les jeunes savent, et ce sont eux qui nous indiquent quelles seraient les bonnes raisons de limiter leur consommation. » Par exemple s’ils se plaignent de troubles du sommeil associés au cannabis, le formateur va explorer cette piste. Cette même pédagogie active et engageante a été développée dans la formation pour les managers. Elle apprend au manager à co-construire une stratégie avec ses équipes au lieu de mettre en place une information descendante.

    De la même manière, lors d’un quart d’heure de sécurité, le chef d’équipe a intérêt à évoquer le sujet sous la forme d’un dialogue, de questions aux compagnons sur la manière dont il faut réagir face à un consommateur. « Bien entendu, le rappel du cadre, des limites et des obligations est également indispensable », ajoute Fabrice Reboullet.

    Des tests encadrés

    Depuis l’arrêt du Conseil d’État du 5 décembre 2016, les tests salivaires à lecture immédiate sont autorisés, à condition que ces dépistages soient prévus dans le règlement intérieur (ou une note de service) et que la liste des postes sensibles soumis à ces tests, justifiée par des impératifs de sécurité, y soit également indiquée. Le salarié peut refuser le test ou demander une contre-expertise (les traces de cannabis demeurent dans les urines pendant quelques jours). Une information est nécessaire pour les personnes amenées à réaliser ces tests – en général le supérieur hiérarchique – afin de garantir des dépistages discrets et non stigmatisants, et de sensibiliser au secret professionnel sur les résultats obtenus. En cas de test positif ou de refus, l’employeur peut prendre une sanction disciplinaire.

    265 Santé - Cannabis

    Bien choisir les témoignages

    Dans le cadre d’un groupe, le témoignage d’un collègue consommateur favorise les échanges. En revanche les interventions fortes d’anciens accros qui ont sombré dans une dépendance sévère sont à déconseiller. Les salariés ne s’identifient pas à ces cas extrêmes.

    265 Santé - Cannabis

    Repérer les signes d’appel

    Les signes du cannabis sont moins visibles que ceux de l’alcoolisme. Hormis les « yeux brillants », les comportements indiquant qu’un salarié vient de fumer sont discrets : fatigue, nonchalance, troubles de l’attention…

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    Sensibiliser au risque d’accident

    À court terme le cannabis diminue la vigilance et favorise l’accidentologie. Ces risques sont souvent méconnus. À long terme, il est nocif pour les neurones, il augmente le risque de survenue de pathologies psychiatriques comme la schizophrénie, il altère la sexualité (troubles de l’érection…).

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    Utiliser le dépistage comme outil de prévention et d’information

    Lorsque les salariés sont informés que des tests aléatoires peuvent être réalisés, ils sont plus enclins à ne pas fumer sur le chantier.

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