Quatre des plus grandes catastrophes industrielles du XXe siècle sont liées au manque de sommeil, rappelle l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV). Parmi elles, le naufrage du pétrolier Exxon Valdez en 1989, qui a conduit à la modification de la législation maritime internationale sur le temps de repos obligatoire. L’INSV souligne également que 17 heures continues d’éveil équivalent au risque d’une alcoolémie de 0,5 g/l (limite autorisée pour conduire, en France). C’est dire si le sommeil est un sujet de sécurité au travail.
De nombreux facteurs impactent la qualité des nuits
Dans le BTP, où la moindre baisse de vigilance peut avoir des conséquences graves — accidents sur les chantiers ou sur la route —, prendre soin de son sommeil est impératif. Or, de nombreux facteurs peuvent impacter la qualité des nuits des compagnons. Parmi eux, une exposition constante au bruit pendant la journée entraîne une réduction du nombre et de la durée des cycles de sommeil. Explication : « L’environnement bruyant augmente le niveau d’éveil, et cette hyperactivation persiste pendant la nuit », indique le Dr Sylvie Royant-Parola, présidente d’honneur du réseau Morphée, qui promeut la prise en charge des troubles chroniques du sommeil en Île-de-France. Autre facteur : les douleurs articulaires et musculaires. Les troubles musculo-squelettiques (TMS), qui représentent neuf maladies professionnelles sur dix dans le BTP, contribuent à fragmenter les nuits. Avec un double effet délétère : la douleur altère le sommeil et, réciproquement, la fatigue augmente la perception de la douleur. Plusieurs autres maladies — à commencer par les apnées du sommeil, fréquentes chez les hommes de plus de 55 ans souffrant d’embonpoint — sont aussi de véritables tueuses de nuits. Plus récemment, l’usage des écrans, en particulier chez les jeunes générations, a été pointé du doigt. La Fondation du BTP a d’ailleurs inclus ce sujet dans ses opérations de sensibilisation aux addictions « Premiers combats ».
Agir sur les perturbateurs du sommeil
Parmi les ennemis d’un bon sommeil, le stress, les fortes chaleurs, mais aussi… un dîner trop lourd. Celui-ci doit être facile à digérer, consommé idéalement deux heures avant d’aller se coucher. L’alcool (et, bien entendu, les drogues), qui favorise l’endormissement, mais fractionne les cycles de sommeil, est à éviter. Et surtout, pas d’écran juste avant le coucher. Le seul écran toléré : la télévision, pour y regarder un film. « Le sommeil repose sur un rythme régulier et une durée adaptée », rappelle Sylvie Royant-Parola. Pour bien dormir, il faut se coucher et se lever sensiblement aux mêmes heures sans rupture de rythme notable pendant le week-end. Il est également indispensable de dépister et de soigner les maladies susceptibles de perturber le sommeil, à commencer par les apnées du sommeil. Signes d’alerte : le conjoint qui se plaint de ronflements, la fatigue au réveil, le « coup de pompe » dans la journée.
Et si on a des douleurs ? Les antalgiques ou anti-inflammatoires peuvent aider à les soulager, tout comme la médecine manuelle (ostéopathie, kinésithérapie…). Le Dr Royant-Parola préconise également des séances d’étirements doux le soir.