Presque un quart des cas de leptospirose constatés dans le cadre professionnel surviennent dans le BTP. La légionellose — maladie potentiellement mortelle due à un micro-organisme qui prolifère entre autres dans les systèmes de climatisation et de distribution d’eau — peut aussi affecter les compagnons. Le tétanos, dont le bacille est naturellement présent dans la terre, constitue un risque pour les travailleurs non vaccinés, quand l’encéphalite à tiques peut toucher les personnes travaillant dans des friches infestées. Des risques moins fréquents dans le BTP que dans d’autres secteurs, mais non négligeables.
Une prise de conscience récente
« Le risque biologique a longtemps été largement méconnu dans le secteur », rappelle Mickael Lanotte, ingénieur en gestion des risques au sein de l’AST74*, et co-auteur en 2017 d’une enquête sur la perception du risque biologique dans le BTP. La crise du Covid a remis les questions d’hygiène et de prévention des infections sur le devant de la scène et, depuis, « le risque biologique est plus volontiers pris en compte dans les DUERP [document unique d’évaluation des risques professionnels, NDLR] et les plans d’action dans les entreprises », constate le spécialiste.
Des mesures de prévention à mettre en œuvre
L’employeur doit évaluer les risques et déployer des mesures de prévention. Il peut se faire aider dans cette démarche par les services de prévention et de santé au travail interentreprises (SPSTI). Avant tout, l’employeur doit identifier les postes et situations susceptibles d’exposer les compagnons à des micro-organismes dangereux (travaux en égouts, manipulation de déchets, chantiers proches d’eaux stagnantes…). Il doit ensuite mettre en place des dispositifs collectifs et organisationnels — amélioration des installations sanitaires, mise à disposition de savon et de gel hydroalcoolique, signalisation des zones à risques — associés à des mesures de protection individuelle (port de gants, lunettes, masque…). « La prévention se fonde principalement sur une approche par la chaîne de transmission et la mise en place de mesures barrières le plus en amont possible, du réservoir d’agents biologiques jusqu’au travailleur exposé », note Mickael Lanotte. L’objectif est de protéger les salariés des contaminations par voie orale (manger ou fumer avec des mains sales…), cutanée (piqûre, morsure, contact d’une plaie avec une eau ou un matériel souillés), d’inhalation ou de projection.
La douche et l’inspection minutieuse du corps après le travail sont recommandées. Une consultation médicale est nécessaire en cas d’apparition de symptômes suspects (fièvre inexpliquée, troubles cutanés inflammatoires…). La vaccination est impérative contre le tétanos, mais peu requise pour les autres risques infectieux, sauf pour quelques rares professions exposées à des risques spécifiques.
Légionellose, leptospirose, tétanos, encéphalite à tiques peuvent être mortels ou entraîner de lourdes séquelles. Leur prévention est donc un enjeu crucial.
* AST74 : service de prévention et de santé au travail, Haute-Savoie.