Port de charges, postures contraignantes, vibrations, sont trois causes majeures de douleurs au niveau du dos. Sans surprise, le BTP — où les activités sollicitant la colonne vertébrale sont nombreuses — est particulièrement affecté par les troubles du rachis (cervical, dorsal et lombaire). C’est un des cinq secteurs les plus touchés, selon l’Assurance-maladie. Bonne nouvelle, la situation s’améliore. « Il y a quinze ou vingt ans, parmi les cas d’inaptitude dus aux troubles musculo-squelettiques, je rencontrais beaucoup de salariés — notamment âgés — souffrant de problèmes de dos, c’est un peu moins le cas aujourd’hui », constate le docteur Emmanuelle Brichet, médecin du travail au GAS BTP*, qui note une vraie prise de conscience des entreprises et des fabricants de matériel. « Les aides techniques à la manutention (lève-plaques, grues, nacelles…) sont de plus en plus pertinentes dans leur conception et de plus en plus présentes sur les chantiers. » Des efforts constants sont réalisés par tous les partenaires. Ainsi, une étude terrain menée par l’OPPBTP avec l’APST-BTP-RP**, qui mettait en évidence le poids excessif des rouleaux d’étanchéité, a incité les fournisseurs à proposer des conditionnements différents. Les échauffements, les étirements et le coaching sportif, que certaines entreprises proposent, contribuent aussi à une prise de conscience des équipes. Les compagnons, plus vigilants, n’attendent plus d’être incapables de travailler pour consulter. Surtout les jeunes. « Souvent, ils me disent : “Dès que j’ai mal au dos, je vais chez l’ostéo” », confirme le Dr Brichet.
Identifier les situations plutôt que les comportements
Pendant longtemps, la sensibilisation des compagnons au mal de dos s’est concentrée sur les comportements dits « à risque ». L’objectif était alors de convaincre le salarié de modifier ses comportements et d’adopter des postures et gestes non contraignants. Dans les faits, « si on se contente d’observer les comportements individuels, sans étudier les situations dans lesquelles ils surviennent, on néglige les causes », indique Pascal Girardot, ergonome, responsable de la prévention de l’usure professionnelle à l’OPPBTP. « Rappeler au salarié qu’il doit plier les genoux et garder le dos droit pour porter ne sert pas à grand-chose… Le plus souvent, il le sait déjà. En revanche, il est essentiel de comprendre pourquoi il ne le fait pas ! ». La stratégie actuelle vise donc plutôt à travailler sur les « situations à risque ». Exemple : dans de nombreux métiers (peintres, carreleurs, plaquistes…), les contraintes liées aux approvisionnements sur le chantier conduisent les compagnons à solliciter avec excès leur dos. Une étude en cours devrait permettre de mieux comprendre ce qui détermine les choix faits par les compagnons et ainsi mieux organiser et outiller les approvisionnements.
De manière générale, l’organisation du chantier est un élément clé de la prévention. La préparation en amont, l’organisation du stockage, des voies de circulation sur le chantier, sont fondamentales, conclut le Dr Brichet. « Ce n’est jamais du temps perdu, bien au contraire ! ».
* Groupement d’action sociale du BTP.
** Association de prévention et de santé au travail du BTP de la région parisienne.