Scier, poncer, décaper, meuler, buriner, percer, creuser, pilonner, damer… ces activités soumettent le corps à des vibrations. Sans oublier la conduite d’engins, de chariots ou de camions. L’INRS estime à deux millions, tous secteurs confondus, le nombre de salariés exposés. Selon le type de vibration (haute ou basse fréquence…) et les parties du corps concernées – l’intégralité de l’appareil locomoteur (corps entier) ou une partie précise (mains-bras) –, l’impact sur la santé sera différent. Les vibrations peuvent entraîner des troubles ostéo-articulaires des membres supérieurs (tendinites des coudes, épaules, poignets…), des troubles neuropathiques et vasculaires (fourmillements, perte de sensibilité, syndrome de Raynaud(1)…) et des atteintes du rachis (sciatique ou cruralgie par hernie discale). Ces affections sont répertoriées dans les tableaux de maladies professionnelles nos 69 et 97.
Des cofacteurs à ne pas négliger
Les postures inconfortables, les efforts inadaptés de préhension ou de poussée, le port de charges, fragilisent l’appareil locomoteur et aggravent les douleurs et usures articulaires dues aux vibrations. Le froid et l’humidité sont susceptibles de déclencher un syndrome de Raynaud. Des voies de circulation mal entretenues sur le chantier ainsi que l’utilisation d’un engin à la suspension défectueuse aggravent la transmission des vibrations. Il est donc important de limiter tous ces cofacteurs.
Organiser les tâches
Organiser le chantier pour minimiser les déplacements, niveler les zones de passage, fournir des tenues et des gants protecteurs contre le froid et l’humidité, optimiser les gestes de travail, rappeler aux compagnons de bien s’hydrater, sont autant de mesures qui contribuent à réduire le risque vibratoire.
« Beaucoup de progrès ont été faits au niveau de l’outillage portatif et de la suspension des engins de chantier », souligne le Dr Jean-Marc Plat, médecin du travail à l’APST-BTP 06 à Vallauris (Alpes-Maritimes). Néanmoins, un certain nombre de compagnons, même bien équipés, restent exposés à des niveaux élevés de vibrations. C’est le cas des utilisateurs de marteaux-piqueurs, qui atteignent la valeur limite d’exposition (VLE) journalière maximale en quelques heures. « Même lorsque nous savons d’emblée que la VLE est dépassée, il est important de réaliser des mesures d’exposition sur les équipes. C’est très efficace pour faire prendre conscience aux salariés et au chef d’entreprise de la nécessité d’alterner les tâches ! », insiste le spécialiste. Pour les vibrations corps entier, le décret n° 2005-748 du 4 juillet 2005 établit la valeur d’exposition journalière déclenchant l’action (mesures techniques et organisationnelles) à 0,5 m/s2 et la valeur limite d’exposition journalière à 1,15 m/s2. Pour les vibrations mains-bras, ces valeurs sont fixées à 2,5 et 5 m/s2.
1 Contraction douloureuse des vaisseaux sanguins et blanchissement des extrémités.