Pourtant, les chefs d’entreprise, dont la responsabilité est double – gérer un business, mais aussi gérer des risques professionnels, rappelle Paul Duphil, secrétaire général de l’OPPBTP –, renâclent toujours encore à la prévention. La prévention est un sujet « ingrat, en mutation permanente », reconnaît Fabien Fourcade, chef de file prévention à la Fédération française du Bâtiment (FFB). Mais il faut « sortir d’une approche victimaire, estime Paul Duphil : passer en matière de prévention de l’obligation à l’intérêt. » « Un employeur peut faire d’une pierre deux coups : assurer la sécurité de ses salariés, tout en assurant la sienne », renchérit Clémence Repellin. L’entreprise de terrassement, Charier, dont la devise est « Agir pour que ça dure », a adopté cette culture managériale du risque par la prévention, avec deux programmes de prévention impliquant l’ensemble des collaborateurs : Pep’s, un programme d’excellence sur la sécurité, ainsi qu’un plan de prévention des risques routiers.
Et « tout le secteur – préventeurs et assureurs – est solidaire des employeurs dans cette démarche », rappelle Paul Duphil. Pour les aider à faire face au risque juridique, l’OPPBTP propose un outil gratuit en ligne, le Droit de la prévention, qui regroupe toute l’abondante réglementation en santé et sécurité au travail, classée, expliquée et illustrée, pour accompagner sa mise en œuvre par les entreprises.
Certes, le risque zéro n’existe pas. Mais « la prévention fonctionne », martèle Paul Duphil, qui cite le taux de fréquence des accidents du travail (AT) qui baisse de 3 à 5 % par an depuis la seconde guerre mondiale. De son côté, le Pasi BTP, délivré aux intérimaires du BTP formés aux fondamentaux de la prévention, créé depuis 2017 et qui a permis de former 13 000 salariés l’année dernière, a fait chuter les AT des intérimaires de 40 %, souligne Fabrice Thierry, président de la commission prévention-sécurité de l’EGF BTP. La FFB, qui travaille sur trois axes en prévention – les accidents mortels, l’intérim, les TMS – a d’ailleurs signé une convention avec le syndicat EGF pour l’expérimentation du Pasi BTP.
Enfin, « au-delà de ses enjeux éthique, juridique et d’attractivité, la prévention est un levier de l’excellence opérationnelle des chantiers », conclut Paul Duphil. Quand prévention peut rimer avec performance…
Aller vers une assurance obligatoire ?
La faute inexcusable de l’employeur est-elle encore assurable ? L’assurance de la FIE, interdite il y a quarante ans, est devenue une garantie annexe des contrats en responsabilité civile proposés aux entrepreneurs. 13 % des primes dans ce cadre sont aujourd’hui dédiées à la couverture de la FIE, selon la SMABTP. Avec la sortie du déficit fonctionnel permanent de la rente AT-MP, l’indemnisation moyenne pourrait augmenter de 50 %. « Est-ce que des primes renchéries de 50 % resteraient absorbables par les entreprises ? », s’interroge Bertrand Lotte, directeur des règlements de la mutuelle leader du secteur. Et surtout, la Cour de cassation, favorable à une réparation intégrale, va-t-elle s’arrêter là ? Car dès lors, l’indemnisation moyenne pourrait enfler de +150 à 300 % selon lui. Par conséquent, la SMABTP porte une réflexion auprès des pouvoirs publics sur l’instauration d’une assurance obligatoire en la matière, qui permettrait de mutualiser le risque sur l’ensemble des employeurs.