Las, les entreprises indiquent recevoir peu de candidatures de femmes, note Hervé Dagand. D’un autre côté, parmi les structures qui citent comme priorité des conditions de travail plus attractives pour les inciter à postuler, seule une minorité a mis en place des mesures en ce sens. Une ambivalence à l’image de ce que recouvre le sujet concernant les femmes : à la fois des préjugés, et des problématiques concrètes, associées à leur taille, leurs spécificités physiologiques ou leur rôle familial.
La plupart des entreprises qui ne prennent pas d’initiative en faveur de la mixité le justifient par la nature physique de l’activité. « Il existe encore des entreprises et des CFA réticents à accueillir des femmes sous prétexte qu’elles ne tiendront pas, notamment dans les métiers de techniciennes, note pour sa part Julie Tubia, ingénieure architecte et membre du collectif Les SouterReines, qui œuvre en faveur de la mixité dans le BTP. Lorsque nous présentons ces métiers à des publics féminins, nous sommes confrontées à des questionnements autour de la pénibilité. » Hervé Dagand rappelle toutefois que « ces difficultés physiques peuvent concerner hommes et femmes, certaines d’entre elles pouvant aussi apprécier cette dimension. » De plus, « la prise en compte de l’usure professionnelle a abouti à des mesures pour améliorer le confort de travail, comme la limitation du poids des sacs de matériaux, un progrès aussi pour les hommes », argue Cécile Beaudonnat, qui travaille sur le dossier de la féminisation des métiers du bâtiment depuis de nombreuses années au sein de la commission nationale des femmes de l'artisanat à la Capeb.
Reste un point noir : les EPI. « Il y a encore peu de fournisseurs qui proposent des équipements spécifiques pour les femmes, et le coût de ces derniers est assez élevé », souligne la vice-présidente de l'OPPBTP. Or, au-delà de la praticité, c’est un enjeu de sécurité.
Zoom sur quelques EPI pensés pour les femmes
Sur notre site, vous pouvez retrouver plusieurs EPI spécialement conçus pour les femmes. Exemples :
- un nouveau modèle de chaussures de sécurité tige basse, Badria, lancé ce mois-ci par Parade Protection, qui a étudié les morphologies des pieds féminins pour développer une gamme dédiée aux professionnelles, Brazilia.
- un polo haute visibilité et anti-UV pour femme proposé par Chatard.
- deux modèles de lunettes de protection de la marque Bollé Safety qui s’adaptent à la vue et à toutes les morphologies de visage, notamment celles des femmes.
- le seul modèle de harnais conçu pour les femmes, une conception brevetée de Tractel.
La sécurité des femmes est justement au cœur d’une étude de l’Anact, qui montre que le nombre d’accidents du travail touchant les salariées du BTP a augmenté de 42,8 % entre 2001 et 2019, une hausse qui concerne aussi les accidents de trajet et les maladies professionnelles. Pourtant, « lors de nos échanges avec des femmes, ce n’est pas une préoccupation qui ressort », constate Julie Tubia.