Sandrine Blanché, chargée de mission à l’Aract Nouvelle-Aquitaine, revient sur la création de MonMental.pro, un portail régional destiné à rendre plus accessibles les ressources de prévention en santé mentale au travail, qu’importe sa fonction dans l’entreprise.
Date : 10/06/2026
Andréa Devulder
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L’idée est née dans le cadre du Plan régional santé au travail (PRST4) en Nouvelle-Aquitaine. Nous animions, avec Muriel Beaulieu, ingénieure de prévention à la Carsat Centre-Ouest, un groupe de travail consacré à la prévention des risques psychosociaux. Autour de la table, il y avait une quinzaine de partenaires issus des services de prévention et de santé au travail, mais aussi des psychologues du travail, des représentants syndicaux et patronaux, des infirmiers, des médecins, des institutions spécialisées… Nous partagions tous le même constat : il existe beaucoup d’outils et de ressources de qualité, mais ils sont dispersés entre différentes structures, sur différents sites internet, etc. Il n’est pas toujours simple de s’y retrouver. Nous avons donc voulu créer un point d’entrée unique vers des ressources fiables et reconnues. D’ailleurs, et c’est à souligner, la Direction générale du travail a financé, via une dotation exceptionnelle, la campagne de communication Instagram-Facebook-LinkedIn et le site internet bien sûr.
Les petites entreprises disposent rarement d’un service dédié à la santé au travail. Souvent, elles ignorent même les ressources auxquelles elles peuvent accéder. Or, lorsqu’un dirigeant, un manager ou un salarié cherche des informations sur le stress, l’épuisement professionnel ou les risques psychosociaux, il peut tomber sur tout et n’importe quoi. L’objectif était que les personnes trouvent rapidement des contenus validés par des experts de la prévention. À travers MonMental.pro, nous voulions rendre visibles ces ressources et faciliter leur appropriation. Si quelqu’un tape « épuisement », « stress » ou « santé mentale » dans un moteur de recherche, il doit pouvoir accéder à des informations fiables et à des outils éprouvés.
Des outils très concrets, tel était l'objectif ! Certaines check-lists de l’INRS, par exemple, peuvent être utilisées dans quasiment tous les secteurs d’activité. Nous avons également rédigé des contenus de vulgarisation pour expliquer simplement ce que recouvrent les risques psychosociaux, les signaux d’alerte ou les démarches de prévention. L’idée n’est pas de dire aux salariés d’apprendre à respirer pour régler tous les problèmes. Il s’agit aussi de montrer que certaines situations doivent être discutées collectivement et qu’il existe des moyens d’agir sur l’organisation du travail. Pour les personnes qui traversent une situation particulièrement difficile, le site propose également des contacts et des numéros d’urgence vers lesquels se tourner rapidement si besoin.
Parce que le terme parle davantage à tout le monde. Les notions de RPS ou de prévention primaire sont souvent perçues comme du jargon. La santé mentale est un sujet plus universel, même si elle reste encore très stigmatisée. Beaucoup de personnes associent encore la santé mentale à la maladie psychiatrique lourde. Pourtant, nous sommes tous concernés. Lorsqu’une difficulté est détectée tôt, il est souvent possible d’éviter une dégradation plus importante de la situation. Nous avons voulu utiliser un vocabulaire plus accessible, qui permette à chacun de se sentir concerné.
Oui, dans les entreprises, on entend encore des phrases comme : « Il n’est pas en forme », « Il a mal dormi », ou « Il pète un câble » pour justifier certains comportements. On cherche une explication ponctuelle alors que le travail constitue un déterminant majeur de notre équilibre quotidien. Pendant longtemps, certaines organisations ont craint d’ouvrir une « boîte de Pandore » en abordant ces sujets. Il fallait rassurer. Ne pas parler d’un problème ne le fait pas disparaître. Au contraire, plus on agit tôt, plus il est facile de prévenir les difficultés. Ce qui est important, c’est de comprendre que la santé mentale est un risque professionnel comme un autre. La différence, c’est qu’il est souvent moins visible qu’un accident du travail corporel. On ne voit pas la charge mentale comme on voit un objet tomber sur un pied.
MonMental.pro Effectivement. Nous avons construit le site autour de plusieurs profils : salarié, manager, dirigeant, représentant du personnel ou acteur de la santé au travail. Chacun doit pouvoir se reconnaître. Nous ne voulions surtout pas que les salariés pensent que le sujet ne concerne que les managers, ou inversement. Le Code du travail rappelle d’ailleurs que chacun a un devoir de vigilance pour lui-même et pour les autres. L’idée est aussi de montrer aux salariés qu’ils ont des ressources à leur disposition et qu’il n’y a rien de honteux à demander de l’aide ou à évoquer une difficulté.
Je pense qu’il faut dépasser certains clichés. Bien sûr, il existe parfois des comportements problématiques. Mais dans beaucoup de situations, les managers sont eux-mêmes sous pression. Ils doivent gérer une quantité considérable d’informations, des objectifs parfois contradictoires et des équipes confrontées à de nombreuses transformations. Lorsqu’ils deviennent brusques ou moins disponibles, cela peut être le symptôme d’une organisation du travail défaillante plutôt qu’un problème de personnalité. C’est l’un des sujets sur lesquels nous travaillons aujourd’hui : comment donner aux managers les moyens d’accompagner leurs équipes sans s’épuiser eux-mêmes. D’ailleurs, la Semaine pour la qualité de vie et des conditions de travail qui se déroulera du 15 au 19 juin, sera l’occasion de remettre le travail au centre des discussions. Cette année, nous nous intéressons particulièrement au rôle du management et à la manière dont il peut contribuer à la santé des équipes.
Oui, parce que les études montrent que les salariés accordent beaucoup d’importance à la reconnaissance, au sens donné au travail et au soutien de leurs collègues ou de leur hiérarchie. Dans certaines entreprises, les contraintes économiques ou organisationnelles réduisent les moments d’échanges. Pourtant, discuter ensemble de ce qui fonctionne ou non dans le travail est souvent une condition essentielle pour trouver des solutions. On a parfois l’impression de gagner du temps en supprimant ces espaces de dialogue, mais on risque d’en perdre davantage ensuite à travers les tensions, les erreurs ou le désengagement.
Oui, une structure spécialisée dans la rénovation de bâtiments historiques expliquait combien il était important de prendre le temps de transmettre les gestes professionnels. Lorsqu’on restaure un escalier en pierre, par exemple, quelques degrés d’erreur peuvent obliger à recommencer une partie du travail. Les responsables avaient donc choisi de consacrer du temps à expliquer les méthodes, les raisons des choix techniques et l’histoire des savoir-faire utilisés. Cette démarche permet non seulement d’améliorer la qualité du travail, mais aussi de redonner du sens aux missions réalisées. Les salariés comprennent davantage ce qu’ils font et pourquoi ils le font.
Le premier indicateur est souvent le changement. Une personne habituellement joviale qui devient silencieuse, ou au contraire quelqu’un de discret qui devient brusquement agressif. Une équipe qui déjeunait ensemble et qui ne le fait plus. Un responsable qui ne prend plus le temps d’échanger. Quand quelque chose ne fonctionne plus comme avant, il faut s’interroger. Souvent, la première personne qui exprime une difficulté révèle un problème ressenti plus largement, mais que les autres n’osent pas verbaliser. Le pire réflexe consiste à détourner le regard en espérant que la situation se règle d’elle-même.
Absolument, la crise sanitaire a joué un rôle important. Beaucoup de personnes se sont interrogées sur leurs priorités, sur l’équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle, sur le temps consacré à leurs proches ou à leurs loisirs. Cela ne signifie pas que les salariés rejettent le travail. En revanche, ils attendent davantage de cohérence, de reconnaissance et de qualité de vie. C’est une évolution positive. Le défi consiste désormais à construire des organisations capables de répondre à ces attentes sans épuiser les individus.
Selon moi, la prévention la plus efficace consiste à agir sur les causes plutôt que sur les conséquences. Une charge de travail mal régulée, un manque de soutien collectif, une absence de reconnaissance ou des difficultés à discuter du travail réel peuvent générer des situations de souffrance. Aujourd’hui, les entreprises évoluent dans des contextes économiques souvent incertains. Les temps d’échange se réduisent. Pourtant, ces espaces de discussion sont essentiels pour trouver ensemble des solutions aux difficultés rencontrées. Quand on ne prend plus le temps de parler du travail, chacun finit par avancer dans son propre couloir. Les collectifs s’affaiblissent et le sentiment d’isolement augmente.
La santé mentale au travail est un sujet de prévention comme un autre. Ce qui est grave, ce n’est pas d’en parler. Ce qui est grave, c’est de ne pas s’en occuper. Le travail peut parfois fragiliser, mais il peut aussi être une ressource précieuse, un facteur d’intégration, de reconnaissance et d’épanouissement. Pour cela, il faut accepter de parler des difficultés lorsqu’elles apparaissent et considérer la santé mentale comme un enjeu collectif, qui concerne l’ensemble de l’entreprise.
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