Le ministère du Travail a dévoilé le 5 juin le cinquième plan santé au travail 2026-2030, négocié depuis plusieurs mois avec les partenaires sociaux. Cinq priorités sont mises en avant. Parmi elles, en premier lieu, la prévention des accidents graves et mortels. Viennent ensuite la santé des femmes au travail, les risques liés au changement climatique, la réduction de l’absentéisme et la promotion de la santé mentale.
Date : 08/06/2026
Marie Duribreux et Virginie Leblanc
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« Sécurité au travail : la prévention n’est pas une option ». Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, reprend volontiers ce slogan, notamment à l’occasion de la présentation du plan Santé au travail (PST 2026-2030) finalisé au Conseil national d'orientation des conditions de travail (Cnoct), le 5 juin. Avec quatre axes, dix objectifs et cinquante actions, ce plan constitue la feuille de route nationale de la politique de santé au travail pour les cinq prochaines années.
« À travers leur engagement pour développer une véritable culture partagée de la prévention, les représentants des salariés et d’employeurs ainsi que les préventeurs ont réussi ensemble à faire baisser de manière globale et structurelle le nombre de sinistres au travail au cours de ces dernières décennies », s’est-il d’abord félicité. « Toutefois, la progression des accidents du travail mortels, comme des maladies professionnelles, en particulier chez les femmes, doit continuer à nous interpeller sur les progrès qu’il reste à faire », a-t-il souligné.
« Unir les volontés et les moyens des acteurs de la prévention est indispensable à notre succès collectif », affirme Paul Duphil, secrétaire général de l’OPPBTP, dans le document de présentation du plan. Tout en en rappelant que « le plan Horizon 2030, adopté en décembre 2025 par les partenaires sociaux du BTP, s’inscrit activement au sein du plan Santé au travail 2026-2030 pour relever les défis du BTP, notamment la lutte contre les accidents graves et mortels, un focus TPE, le développement de la culture de prévention, la formation et l’insertion des jeunes, la prévention de l’usure professionnelle et les risques chimiques, dont l’amiante ».
Le plan Santé au travail 2026-2030 contribuera à « renforcer la prévention des accidents du travail graves et mortels », notamment dans les secteurs à enjeux, selon le ministère du Travail, mais aussi à « prévenir les absences au travail à travers la prévention primaire et l’accompagnement des acteurs ». Les jeunes et les nouveaux arrivants constituent un public prioritaire pour la politique de santé au travail, les données de sinistralité montrant que plus de la moitié des décès au travail de salariés de moins de 25 ans survient moins d’un an après la prise de poste.
Autres priorités : prévenir les risques psychosociaux et promouvoir la santé mentale – en lien avec la grande cause nationale 2025-2026 –, protéger la santé des femmes, et accompagner les entreprises, notamment les TPE-PME, face aux transformations du travail (IA, dérèglement climatique). Enfin, le plan veut accroître la place de l’évaluation des risques dans les démarches de prévention, avec des mesures en faveur de la conception, mise à jour et transmission du DUERP, et renforcer la prévention de la désinsertion et de l’usure professionnelle.
Plus en détails, dans son dossier de presse, le ministère du travail souligne huit engagements-clés.
1. Renforcer la prévention des accidents graves et mortels. Notamment en accompagnant les dix branches volontaires à fort enjeu de sinistralité, en donnant aux entreprises les outils pour mieux prévenir les malaises mortels au travail. Le ministère mentionne également la prévention des conduites addictives et la celle des chutes de hauteur, avec une meilleure prise en compte du risque dès la conception des bâtiments et l’accompagnement des secteurs les plus exposés. Il s’agira aussi de développer une politique d’achat public responsable en valorisant l’intégration de clauses santé et sécurité au travail.
2. Prévenir les absences au travail à travers la prévention primaire et l’accompagnement des acteurs. Le plan Santé au travail 2026-2030 compte agir sur les conditions de travail, les pratiques managériales et le renforcement de la coordination des acteurs de la politique de santé au travail, en particulier pour anticiper la reprise du travail. Il encouragera la formation des managers sur les enjeux de santé au travail et les pratiques de dialogue professionnel pour que les salariés et les employeurs puissent échanger sur les conditions d’exercice de leur travail.
3. Mieux protéger les jeunes et les nouveaux arrivants. Il s’agira d’ancrer la culture de prévention dès la formation, avec des actions de sensibilisation, des modules de formation en santé et sécurité au travail intégrées dans l’enseignement professionnel et agricole. Dans les centres de formation d’apprentis (CFA), l’objectif est de renforcer l’information et les outils à disposition des équipes pédagogiques afin de mieux sensibiliser et accompagner les jeunes et intégrer un volet santé sécurité au travail dans les contrats d’apprentissage. Le plan prévoit également de sécuriser leurs premières expériences professionnelles en mettant en place une procédure d’intégration spécifique pour les jeunes et primo-arrivants en entreprise : distribution de livret personnalisable, règles-clés, infographies et initiation systématique à la bonne utilisation des équipements de protection dédiés. Dans ce cadre, l’attribution de signes distinctifs sera expérimentée.
4. Prévenir les risques psychosociaux et promouvoir la santé mentale. Le plan Santé au travail veut renforcer l’accompagnement des entreprises sur ce sujet et notamment celui des TPE-PME, en construisant une offre de prévention RPS commune.
5. Protéger la santé des femmes au travail. Si la sinistralité professionnelle baisse dans la population globale, le nombre d’accidents du travail des femmes est en hausse, avec une augmentation de 26 % entre 2000 et 2023. C’est pourquoi le plan veut déployer des actions spécifiques. Parmi elles, le renforcement de l’évaluation des risques professionnels différenciée selon le sexe et l’adaptation des équipements de protection individuelle (EPI) aux femmes.
6. Accompagner les transformations du travail (IA, dérèglement climatique). Le plan annonce le souhait de créer un observatoire « IA et Travail » pour connaître les bénéfices de l’IA dans les démarches de prévention et accompagner l’intégration de l’IA dans les organisations du travail. Il entend également accompagner les entreprises sur les effets du changement climatique : prise en compte de la chaleur dans l’évaluation des risques et dans la conception des équipements de protection individuelle, etc.
7. Renforcer la place de l’évaluation des risques dans les démarches de prévention. L’évaluation des risques professionnels constituant le préalable à toute démarche de prévention de qualité, le plan Santé au travail 2026-2030 déploiera des mesures en faveur de la conception, mise à jour et transmission du document unique d’évaluation de risques professionnels (DUERP).
8. Renforcer la prévention de la désinsertion et de l’usure professionnelle. Pour favoriser le maintien en emploi, le plan entend assurer la montée en charge des SPST sur le repérage et l’accompagnement des travailleurs en risque de désinsertion, notamment à travers la définition d’un indice de repérage de la désinsertion professionnelle (IRDP) et l’amélioration du partage d’informations entre l’assurance maladie et les services de prévention et de santé au travail (SPST). Il s’agira aussi de poursuivre le déploiement du fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (Fipu), doté d’un milliard d’euros jusqu’à 2027 pour accompagner les investissements humains et techniques des entreprises en faveur de la prévention des risques ergonomiques.
La mise en œuvre du PST s’accompagne d’indicateurs, afin d’en mesurer l‘efficacité dans la durée. Sa réussite dépendra de la « bonne appropriation des enjeux de la santé-sécurité au travail par les entreprises », souligne le ministère. Pour contribuer à cet objectif, différents leviers peuvent être mobilisés, insiste-t-il : « les démarches visant à améliorer la qualité de vie et des conditions de travail », mais aussi « le dialogue social et le dialogue professionnel ».
Le PST 2026-2030 muscle encore la gouvernance de la politique de santé au travail, avec une consolidation du rôle des partenaires sociaux du comité national de prévention et de santé au travail (CNPST) et de l’animation du réseau des comités régionaux (CRPST), sans oublier une coordination améliorée des acteurs de la politique de santé au travail. Des actions de communication ciblées ou grand public devraient enfin favoriser la diffusion des messages de prévention.
Bien sûr, le plan santé au travail 2026-2030 s’inscrit dans la continuité du PST4. « Le plan Santé au travail 2021-2025, complété du plan de prévention des accidents du travail graves et mortels, a déjà assuré le déploiement de mesures visant à développer une culture de prévention dans les entreprises et dans les territoires », note le ministère, dans son dossier de presse. La mise en œuvre de la loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail, issue de l’accord national interprofessionnel (ANI) du 9 décembre 2020, a engagé une modernisation de notre système de santé au travail, dont la mise en œuvre opérationnelle a été accompagnée par le PST 4. Elle a notamment permis le déploiement effectif de l’offre socle de services des services de prévention et de santé au travail (SPST), la certification des SPST interentreprises, la précision du cadre d’exercice des équipes pluridisciplinaires et la possibilité de recourir à la télésanté, ainsi que la réaffirmation du document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) comme pierre angulaire de la démarche de prévention.
Mais d’autres réalisations sont à son actif, comme dans la lutte contre les accidents du travail graves et mortels. Pour approfondir la culture de prévention, le PST 2021-2025 a notamment renforcé la formation à la santé et sécurité au travail des apprenants et des salariés. Près de 10 000 enseignants ont ainsi été formés par la branche AT-MP et 1 370 enseignants par l’OPPBTP sur la période 2021-2025. Les avancées sont aussi indéniables, selon le ministère, sur la prévention des chutes de hauteur, l’accompagnement des victimes et de leurs familles, la prévention de l’usure professionnelle, la prévention du risque amiante et du risque radon, ou encore la promotion du dialogue social sur la santé et sécurité au travail.
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