20 ans en fauteuil, Pierre Dénécheau continue son combat
Il a bientôt 45 ans. À 24 ans, Pierre Denécheau est devenu tétraplégique, tombé d’un toit en ne s’étant pas attaché pour une dernière finition. Depuis, l’entreprise CAD où il a continué de travailler a connu plusieurs étapes de sécurisation de ses chantiers. Mais, pour une petite entreprise de quatre salariés, c’est un défi permanent.
Date : 30/01/2026
Hubert Heulot

© OPPBTP
Maçon de 16 à 24 ans – dans la région de Cholet à Trémentines (Pays de la Loire), aux toits de tuiles, les couvreurs sont encore parfois maçons de formation- Pierre Dénécheau a témoigné ensuite sur son expérience d’accidenté. Il s’y remet, dans le secteur du bâtiment, lançant des conférences sur la sécurité après avoir beaucoup expliqué la sensibilité particulière des personnes handicapées dans les hôpitaux. « Beaucoup de collègues couvreurs prennent encore des risques car la sécurité, il faudrait qu’elle ne coûte rien. Nous, nous avons arrêté la couverture en septembre dernier pour ne plus faire que de la gouttière. Quand nos devis ne passent pas parce qu’ils prévoient des frais de sécurisation, ça ne vaut plus la peine ». Dans l’entreprise créée par son père, où il était tombé, Pierre Denécheau occupe un poste d’agent administratif.
«Cela ne devait pas prendre longtemps»
En conférence, il va devant les apprentis peintres, menuisiers, maçons à Cholet, évoquer sa vie et son parcours. Pour alerter. « À l’époque, j’étais un chien fou, je ne m’accrochais pas tout le temps. Seulement pour des bâtiments très hauts, pas sur les maisons basses », commence-t-il. Il est tombé du pignon d’une maison dont le toit commençait à 3 mètres. De 4,50 mètres de haut. Fracture des deux poignets, entorse de la troisième cervicale, moelle épinière touchée, il perd l’usage de ses quatre membres. « Mais tout le monde faisait comme nous à l’époque. On ne s’accrochait pas pour une petite intervention ! » Là, il revenait sur un chantier. L’échafaudage avait été démonté. Mais le client n’était pas satisfait, il manquait la couverture d’un mur d’acrotère. Cela ne devait pas prendre longtemps. Pierre Denécheau pouvait pourtant disposer à proximité d'un point d'ancrage.
En sécurité avant de monter
Le port du harnais, c’est ce sur quoi son père s’est montré ensuite beaucoup plus pointilleux. Pour le moindre travail, il ne fallait plus oublier de s’attacher. Quand Pierre Dénécheau est revenu, après un an et demi d’hôpital, il lui a demandé de plancher encore plus sérieusement sur la sécurité. « Nous avons appris à bien échafauder », avoue le fils. Les quatre couvreurs ont été formés. Dans la foulée, ils ont passé les examens pour conduire les nacelles ciseaux, à bras déporté. Mais la priorité est restée l’emploi du harnais. « On s’est mis en sécurité avant de monter travailler, alors qu’on faisait l’inverse. On se sécurisait une fois là-haut ».
Echafaudages obsolètes
L’entreprise s’est trouvée dans la ligne de mire des contrôleurs de l’inspection du travail. Sur leur ordre, les terrassiers sont revenus sur un chantier solidifier les abords d’une maison neuve à toit-terrasse pour l’entourer d’échafaudages de pied au lieu de l’équipement prévu de filets de sécurité sur poteaux autour du toit.
En 2020, Claire, la sœur de Pierre Denécheau prend la succession de son père. Un nouveau contrôle, elle réalise que l’entreprise n’est pas, une nouvelle fois, dans les clous. « On fait un métier où l’on ne regarde pas toutes les normes. Le fossé se creuse. On ne s’en aperçoit pas. Et l’on peut se faire prendre en défaut », détaille Pierre Denécheau. S’ensuit une vague de remises à niveau. Les échafaudages, obsolètes, sont remplacés. Un camion d’échafaudages entre dans l’entreprise. Tout y est, chaque pièce à sa place, une garantie quand on part préparer un chantier. Les formations sont reprises. Les couvreurs réapprennent le montage, le démontage des échafaudages, les points d’ancrage. Ils intègrent le maniement des chariots télescopiques, en plus des nacelles. En 2023, CAD a franchi un nouveau cap.
De plus en plus de nacelles
À son échelle, elle n’a pas changé ses grands principes. Nacelles louées plutôt pour le court terme, échafaudages maison pour les plus grosses opérations, déplacés autour des bâtiments en suivant l’avancée du travail. Au besoin, location d’un deuxième apport d’échafaudages. Et chaque fois, un plan de positionnement progressif des plateaux en fonction du travail et de la hauteur des murs.
C’est Pierre Denécheau qui prépare les devis. Il les entame toujours par la sécurité, cherche les solutions, en fonction des sols, de leur solidité, de la pente et de la morphologie des bâtiments. Même pour aller observer une infiltration ou pour un simple nettoyage de gouttière, s’il faut une nacelle sur patins, il ne transige pas. Et Claire décide en dernier lieu.
De fait, l’entreprise utilise de plus en plus de nacelles. À l’inverse, il y a deux ans, elle a fait appel à un spécialiste en échafaudages pour entourer une bâtisse imposante. Il les a livrées sur chenilles. « On voudrait ça en permanence, ont dit les gars sur le chantier, sûrs de ne pas se faire vraiment mal d’où qu’ils puissent tomber », raconte Pierre Dénécheau. Ils sont deux couvreurs, 47 et 50 ans aujourd’hui.
Un tiers du budget en sécurité
Mais la sécurité coûte cher. Pierre Dénécheau la chiffre en général entre 2 000 et 3 000 euros pour une maison ordinaire. Lors de travaux importants, il table plutôt sur un tiers du prix. Pour la grande maison tout entourée, c’était 6 000 euros sur une facture de 18 000 euros. La sécurité est encore acceptée par les particuliers sur le marché de la rénovation mais il la voit de moins en moins prise en compte par les constructeurs, les architectes. « En matière de sécurité pourtant, il faudrait que tout le monde joue le jeu, mettre tout le monde à la même enseigne », estime-t-il.
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