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    Éric Limasset, président de Layher France

    ©Frédéric Vielcanet

    Après avoir occupé différentes fonctions de direction au sein de Layher France depuis près de trente ans, Éric Limasset en est le président depuis 2011. Il continue de porter la capacité d’innovation de l’entreprise, malgré le contexte de crise sanitaire, tant sur les équipements que sur les services.

    En résumé

    ● Malgré la crise, Layher France conserve un bon niveau d’activité.

    ● Le BTP est un secteur porteur.

    ● Divers nouveaux équipements favorisent la prévention des TMS.

    Plus d’un an après le premier confinement, où en est l’activité de Layher France ?

    Au regard du contexte, notre activité se situe à un niveau correct. Beaucoup de nos clients ont bénéficié des mesures de soutien du gouvernement. Dès le début de la crise sanitaire en mars 2020, nos équipes se sont mobilisées pour garder un lien constant avec nos clients et nos dépôts sont restés ouverts. Nous avons proposé des webinaires gratuits, qui ont attiré plus de trois mille participants, sur des sujets aussi divers que les règles de l’art et les aides financières qui sortaient au fil de l’eau.

    Quelles sont vos perspectives pour cette année 2021 ?

    Je suis optimiste par nature. Mais il faut garder à l’esprit plusieurs points de vigilance. À commencer par la prise en compte des surcoûts liés à la gestion du Covid sur les chantiers. Autre phénomène en rapport avec notre activité : l’envolée des cours de l’acier qui engendrera un surcoût pour nos clients. De plus, dès la fin de l’automne dernier, nous avons relevé une diminution des appels d’offres, qui aura une incidence sur le nombre de chantiers à venir.

    Où en est le marché du BTP par rapport aux autres secteurs ?

    Paradoxalement, notre activité a progressé dans le BTP car beaucoup de sociétés ont profité des prêts garantis par l’État pour investir dans du matériel qu’ils nous louaient habituellement. Et cela a permis de compenser les baisses d’activité dans l’industrie, l’aéronautique et l’événementiel. Aujourd’hui, je pense qu’à fin mars 2021, 65 à 70 % de notre activité devrait être liée au bâtiment (NDLR, propos recueillis avant la publication des résultats de l’entreprise fin mars), alors qu’en général ce secteur représente 50 % de notre activité.

    Chantier du lycée Henri IV à Paris. Chantier du lycée Henri IV à Paris. ©Cédric Helsly

    ❛❛ Paradoxalement, notre activité a progressé dans le BTP car beaucoup de sociétés ont profité des prêts garantis par l'État pour investir dans du matériel.❜❜

    Éric Limasset

    Comment conciliez-vous les forts enjeux de sécurité et les exigences de rendement de vos clients ?

    La prévention est au rendez-vous quand la sécurité s’accorde avec le rendement. Nous fabriquons du matériel NF, mais il faut qu’il soit évolutif et ergonomique. Évolutif, car on ne peut pas changer de gamme tous les dix ans. Ergonomique, car il faut réduire les TMS, en privilégiant un montage plus rapide, avec moins d’efforts à produire et des matériaux plus légers. Autre point majeur, les équipes qui montent les échafaudages doivent être formées auprès d’organismes reconnus. Il est essentiel qu'elles disposent de bureaux d’études ou de logiciels fournis par les fabricants qui anticipent les problèmes sur les chantiers. Par ailleurs, nous formons nos technico-commerciaux sur les métiers qu’ils peuvent rencontrer, afin qu'ils posent les bonnes questions.

    Vous disposez d’une équipe de recherche. Comment prend-elle en compte les besoins du terrain ?

    La recherche et développement fait partie de notre ADN. Notre équipe est composée de vingt ingénieurs et techniciens qui ont l’expérience des chantiers. De plus, notre filiale Échafaudage Service intervient sur une centaine de chantiers par mois, ce qui constitue un retour terrain très fort et oriente nos innovations.

    Pouvez-vous décrire quelques exemples d’innovations récentes et leur apport en prévention ?

    La prévention est un prérequis. Nous n’investissons pas dans la recherche sur un produit s’il n’a pas d’intérêt en prévention. La suite Windec 5.0, par exemple, permet de réaliser les plans et notes de calcul de façon automatique. Autres innovations issues de notre recherche : Baticale avec la société Ekystock, la première cale armée et composite, 100 % française, avec des matériaux recyclés et recyclables, bien plus résistante qu’une cale en bois ; la nouvelle génération de poutres Flexbeam en aluminium : plus légères que les poutres en acier, plus résistantes, plus faciles et rapides à monter, elles sont un atout pour lutter contre les TMS. En septembre 2020, nous avons aussi lancé un service de relevés par drone, avec lesquels on obtient un maillage précis du bâtiment en toute sécurité ainsi qu’un gain de temps et de rentabilité. Autre sujet qui émerge : le full BIM, grâce auquel nous construisons l’échafaudage directement dans la maquette numérique.

    Innover a un coût que certains peuvent refuser…

    La notion de coût est relative. En France, on n’a pas toujours l’habitude de considérer les gains générés par l’exploitation. Par exemple, la Baticale coûte quatre fois plus cher qu’une cale madrier en bois. Mais elle va durer dix ans, au lieu de 4 à 6 mois. A contrario, d’autres produits innovants avec un apport notable en sécurité ne sont pas plus chers. C’est le cas de la poutre Flexbeam et du système Uni-Safe, lancé en octobre 2020. Ces systèmes sont plus rapides à monter, plus légers, moins encombrants, sans capacité de charges diminuées, et le temps de manutention est divisé par deux. De plus, les artisans peuvent facilement le mettre dans leur camionnette.

    ❛❛ La notion de coût de matériel est relative. En France, on n’a pas toujours l’habitude de considérer les gains générés
    par l’exploitation. ❜❜

    Éric Limasset

    Vous évoquez les artisans. Quelle est votre stratégie à leur égard ?

    Les petites structures sont la cible la plus difficile à capter et la plus diffuse. L'aide la plus importante à leur égard vient de l’Assurance maladie avec sa subvention Échafaudage+. Elle a eu un énorme impact sur la démocratisation de la protection collective. Notre objectif est de leur faire comprendre qu’ils peuvent accéder à du matériel de qualité, y compris en location, avec un accompagnement. Autre point essentiel : grâce à notre système de financement avec des partenaires institutionnels et privés, Layher se porte en quelque sorte caution, ce qui permet d’obtenir les prêts dans 90 à 95 % des cas.

    Quel retour d’expérience avez-vous du partenariat avec la Capeb et Iris-ST sur le guide « Louer ou investir dans un échafaudage » ?

    Nous nous sommes positionnés sur les avantages de l’achat ou de la location. Nous avons retenu une approche économique de la prévention, identique à celle initiée par l’OPPBTP dans son ouvrage « Une approche économique de la prévention ». Nous avons voulu sortir de la problématique du coût facial et nous situer sur les gains d’exploitation. La solution saine est de posséder une grande partie de son parc de matériels, avec une autre partie en location. Au bout de cinq à six ans, le coût est amorti.

    Éric Limasset, président de Layher France Éric Limasset, président de Layher France ©Frédéric Vielcanet

    La formation est un enjeu fort pour la prévention et l'évolution des pratiques.

    En effet. C’est pour cela qu’en 2007, nous avons créé la branche Layher Formation. Environ six cents personnes par an sont formées aux métiers de l’échafaudage. Par ailleurs, avec le Syndicat français de l'échafaudage, du coffrage et de l'étaiement, nous avons construit un parcours métiers pour les jeunes. Il y a peu de turnover dans la profession, la difficulté est qu’ils viennent nous voir. Au lycée professionnel de La Rochette (Seine-et-Marne), nous avons lancé, avec le syndicat il y a six ans, une classe d’échafaudeur. Grâce à l’accord du ministère de l’Éducation nationale, nous pourrons ouvrir une option complémentaire dans tous les lycées professionnels spécialisés dans les métiers du bâtiment. Je pense que ce sera effectif en 2022.

    IDENTITÉ

    Ingénieur Insa Lyon en génie mécanique, Éric Limasset a débuté sa carrière sur des postes techniques, dans la R&D et la gestion de chantiers. Il s’est orienté ensuite vers la formation des professionnels de l’échafaudage, puis a accédé à des postes de direction générale.

    Son parcours.

    1991 : Ingénieur chez Cimesa, filiale de Soletanche au Mexique.

    1993 : directeur des études chez Layher France.

    2006 : directeur Technique.

    2007 : création de Layher Formation.

    2010 : directeur général puis président de Layher France depuis 2011.

    Layher France

    Layher est une entreprise familiale spécialisée dans la vente, la location et l'ingénierie d'échafaudages. Son usine se trouve en Allemagne depuis soixante-quinze ans.

    Plus de possibilités. C’est la promesse de Layher. Le grand-père des dirigeants actuels a initié cette philosophie lorsqu'il a commencé en 1946 à fabriquer des échelles en bois dans son garage.

    La filiale Layher France a fêté ses 40 ans en 2020. L’entreprise n’a cessé de miser sur l’innovation dans les systèmes d'échafaudage, les matériaux plus légers et les services facilitant le travail des métiers en hauteur, toujours avec un focus prévention. Elle propose des formations à ses clients. Elle a également développé des applications informatiques (conception, calcul, gestion de stock…).

    Le BTP représente 50 % de son marché. Elle dispose de dix agences et dépôts répartis sur toute la France et d’un parc de location de 40 000 tonnes.

    1 500 collaborateurs travaillent pour Layher dans le monde, et 200 dans la filiale française. Le chiffre d’affaires France s’élève à 80 millions d’euros.

    Portrait chinois
    • Votre mot préféré ? Allez GO !
    • Le mot que vous détestez ? Impossible.
    • Le métier que vous auriez aimé exercer en dehors du vôtre ? Primatologue, en hommage àJane Goodall et Dian Fossey.
    • Le métier que vous n'auriez pas aimé faire ? Légiste.
    • Votre bâtiment préféré ? La Sagrada Familia de Gaudi à Barcelone.
    • Le son, le bruit que vous aimez ? Le bruit des vagues.
    • Le son, le bruit que vous détestez ? Le marteau-piqueur… mais qui aime ?
    • Le livre que vous emporteriez sur une île déserte ? Il faut un gros livre… alors «Les contes des 1001 nuits», pour s'évader.
    • Une personnalité pour illustrer un nouveau billet de banque ? Sans hésitation Jules Verne.

    Article paru dans PréventionBTP n°250 d'avril 2021, p.34.

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