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    Stéphane Tissier, directeur des opérations sur le chantier de Notre-Dame de Paris.

    ©Frédéric Vielcanet

    En résumé

    ● Stéphane Tissier est arrivé sur le chantier en décembre 2019.

    ● Il travaille en tandem avec le conservateur en chef du patrimoine.

    ● La fin du chantier de sécurisation est prévue pour l’été 2021.

    Arrivé il y a un an sur le chantier de sécurisation et de consolidation de Notre-Dame de Paris, Stéphane Tissier est le directeur des opérations. Spécialisé dans la conduite de projets et les monuments historiques, il met ce double profil et toute son expérience au service d’un chantier unique, complexe et atypique.

    Comment se porte aujourd’hui Notre-Dame ?

    Après l’incendie subi par Notre-Dame le 15 avril 2019, nous sommes en fin de phase de sécurisation de l’édifice. Un énorme travail a été effectué mais la cathédrale reste fragile, encore en danger. Les prochaines étapes de consolidation, notamment des voûtes, vont être déterminantes pour mettre l’édifice tout à fait en sécurité. L’objectif de l’établissement public, maître d’ouvrage, est d’achever cette phase de sécurisation et de consolidation à l’été 2021.

    L’arrivée de la Covid-19 n’a pas non plus aidé…

    Le chantier a été interrompu un peu plus d’un mois entre mars et avril 2020. C’est une chose d’arrêter un chantier, mais cela en est une autre de le redémarrer. L’impact du coronavirus sur les chantiers est important car il affecte les méthodes de travail et crée de la désorganisation. Nous en avons tiré les conséquences en adaptant l’organisation du chantier : distribution de masques, dont le port est obligatoire, implantation de points de distribution de gel hydroalcoolique, nettoyage et désinfection régulière des réfectoires, des vestiaires, des bureaux et des espaces de chantier, mise à disposition d’un service de repas pour les compagnons, assuré grâce au mécénat de Sodexo, cadencement des interventions des compagnons… L’ensemble de ces mesures a permis la réouverture progressive du chantier dès le 27 avril, dans des conditions de sécurité renforcées.

    Quel est le profil de votre équipe ? Sur quelles compétences peut-elle s’appuyer ?

    L’équipe de la direction des opérations est constituée de spécialistes de la maîtrise d’ouvrage et de la gestion de projet, y compris sur des monuments historiques complexes. Derrière les travaux visibles, il faut organiser l’acte de construire : stabiliser les programmes, valider les études, caler les budgets, passer l’ensemble des marchés et contrats, assurer les paiements et suivre le chantier au quotidien. Nous nous appuyons en interne sur des compétences financières, juridiques et scientifiques. Mon adjoint, Jonathan Truillet, est conservateur en chef du patrimoine, ce qui nous permet d’assurer en tandem l’organisation du projet et la prise en compte des contraintes propres à l’édifice. Faire aboutir ce type de grand projet complexe, qui associe les particularités d’un monument historique exceptionnel et l’échelle d’un très grand chantier de BTP, nécessite des moyens et des compétences exceptionnels.

    ©Frédéric Vielcanet

    ❛❛ Avec mon adjoint, conservateur en chef du patrimoine, nous assurons en tandem l’organisation du projet et la prise en compte des contraintes propres au chantier, qui joint les particularités d’un monument historique et l’échelle d’un très grand chantier de BTP. ❜❜

    Stéphane Tissier

    À quelles problématiques avez-vous été confronté en arrivant sur cet édifice ?

    Je suis arrivé en décembre 2019, dès la création de l’établissement public, après un arrêt de chantier prononcé pendant l’été relatif aux sujétions d’intervention en milieu plombé. Le chantier de sécurisation peinait à reprendre son rythme. Deux problématiques prévalaient : la mise à niveau des installations de chantier et la prise en main de la gestion du plomb et de la sécurité dans son ensemble. Habituellement, un programme de construction comporte des études de conception et des appels d’offres avant travaux. Dans le contexte de Notre-Dame, la phase de sécurisation, menée sous le régime de l’urgence impérieuse, gomme toutes ces parties amont, les temps d’études et de réflexion. Autrement dit, nous agissons en réaction par rapport à l’ouvrage et au sinistre. Il s’agit de mettre en oeuvre les solutions techniques les plus appropriées en temps réel. Le démontage de l’échafaudage incendié a, par exemple, nécessité beaucoup d’inventivité quant aux modes opératoires employés.

    En quoi la nomination d’un AMO plomb a-t-elle été déterminante ?

    La gestion du plomb est complexe, tant du point de vue réglementaire que de la prévention en général. L’établissement public a tenu à s’adjoindre les compétences d’un spécialiste plomb pour la mise en œuvre au quotidien des protocoles d’intervention sur le site. La stratégie globale d’organisation inclut non seulement l’étanchéité du chantier par rapport à son environnement mais aussi une méthodologie de travail tenant compte de la sujétion plomb dans les différentes tâches réalisées par les compagnons et assurant in fine leur sécurité.

    Quelle relation entretenez-vous avec les organismes extérieurs ?

    La sécurité des compagnons sur le chantier et la gestion de la prévention face au risque plomb sont deux sujets relevant notamment des compétences de l’Inspection du travail et de la Cramif. Nous assurons une collaboration étroite et régulière avec ces organismes pour améliorer les dispositions prises sur site. Cette collaboration est d’autant plus importante que la forme même de l’ouvrage, ses volumes et la présence de plomb, rendent ce chantier très atypique. La contribution exceptionnelle de l’OPPBTP, avec une personne en charge du suivi spécifique du chantier, illustre la volonté de la maîtrise d’ouvrage d’effectuer un travail de fond sur la prévention. Un coordonnateur SPS et un préventeur, présents à temps complet sur site, accompagnent par ailleurs les entreprises dans la définition de leurs modes opératoires et la recherche des meilleures solutions techniques.

    ©Frédéric Vielcanet

    ❛❛ Le chantier est monté en puissance. Il est à présent mieux armé pour la phase de restauration à venir. ❜❜

    Stéphane Tissier

    Peut-on dire que, sur ce chantier, les compétences métiers sont au cœur de la prévention des risques ?

    Grâce au travail et à l’implication forte et coordonnée de la maîtrise d’ouvrage, de la maîtrise d’œuvre, des préventeurs et des entreprises, le chantier s’est structuré. L’organisation du travail s’est perfectionnée au fil des semaines et des mois pour arriver, aujourd’hui, à des niveaux de sécurité très satisfaisants. L’analyse de risque à chaque poste de travail prévaut pour toute intervention. Le chantier est ainsi monté en puissance. Il est à présent mieux armé pour la phase de restauration à venir.

    Précisément, que pouvez-vous dire sur la restauration ?

    Le 9 juillet dernier, la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture a approuvé à l’unanimité les choix de restauration présentés par le général Georgelin et les architectes en chef des monuments historiques, et déjà validés dans les grands principes par le président de la République. Ce projet, unanimement partagé par le Conseil scientifique de l’établissement public, comprend la restitution de la flèche dessinée par Viollet-le-Duc telle qu’elle existait avant l’incendie et le respect des matériaux d’origine pour la charpente et la couverture.

    Qu’en est-il des projets de base de données et de cartographie de la cathédrale ?

    L’idée est de mettre à profit les outils informatiques et technologiques d’aujourd’hui pour optimiser les travaux de restauration et de reconstruction de Notre-Dame. La direction des opérations a tout d’abord organisé le levé topographique complet de la cathédrale. Elle s’est ensuite engagée sur deux grands volets : la définition avec le CNRS d’une base de données patrimoniale et d’informations historiques de l’ensemble de l’édifice. Les informations collectées vont par exemple permettre d’aller rechercher l’appareillage de pierre dans chaque zone de la cathédrale. Cette base de données est utile à la maîtrise d’œuvre pour la définition des prescriptions de restauration. L’autre projet est la mise en place d’une maquette 3D BIM, qui va faciliter la planification des travaux et l’organisation de chantier. Elle permettra en outre, demain, d’assurer une meilleure exploitation de la cathédrale concernant plus particulièrement les réseaux techniques.

    PROFIL

    Identité. Ingénieur des Ponts, Stéphane Tissier a construit sa carrière en gestion de projets et dans la maîtrise d’ouvrage bâtiment. Un double profil qu'il met au service du pilotage de chantiers complexes et patrimoniaux.

    Son parcours.

    2016-2019 Directeur des bâtiments et des moyens techniques-Bibliothèque nationale de France.

    2010-2016 Chef de Département-Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture.

    2008-2010 Chef de secteur à la direction de l’investissement, des travaux, de la maintenance et de la sécurité-Assistance publique des hôpitaux de Paris.

    L’Établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris

    Prévu par la loi du 29 juillet 2019, l’Établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris (EPRNDP) a été créé le 1er décembre 2019. Il est présidé par le général d’armée Jean-Louis Georgelin. Placé sous la tutelle du ministère de la Culture, il assure la conduite, la coordination et la réalisation des études et des opérations concourant à la conservation et à la restauration de la cathédrale. Il a également pour mission de valoriser le chantier et les métiers et savoir- faire qui y concourent. Trois directions – la direction des opérations, le secrétariat général et la direction de la communication, du développement et de la programmation culturelle – agissent de concert pour répondre aux missions fixées par le décret.

    Pour suivre l’actualité du chantier :

    @rebatirnotredamedeparis sur Facebook, Instagram et www.rebatirnotre damedeparis.fr

    Article paru dans PréventionBTP n°248 de février 2021, p. 34-37.

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