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Guide

Troubles musculosquelettiques : analyse de 8 métiers à risque dans le BTP

Ce guide présente huit études métiers à risque de troubles musculosquelettiques dans le secteur du BTP. Ces études présentent, pour chacune des situations étudiées, les principaux constats ergonomiques et les préconisations d’amélioration qui en découlent.

En 2025, l’OPPBTP a mené huit études ergonomiques portant sur des situations de travail à risques de troubles musculosquelettiques (TMS) dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Ces études s’inscrivent dans une dynamique nationale de prévention renforcée de l’usure professionnelle, soutenue notamment par la mise en œuvre du Fonds d’Investissement dans la Prévention de l’Usure professionnelle (Fipu).

Les métiers retenus – maçons finisseurs, paveurs, poseurs de voies ferrées, scaphandriers, serruriers-métalliers, compagnons asphalteurs, tailleurs de pierre et techniciens CVC – ont été sélectionnés en raison de leur exposition marquée aux trois principaux facteurs de risque de TMS : les manutentions manuelles, les postures pénibles et les vibrations mécaniques.

Ces études ont été confiées à des cabinets d’ergonomie spécialisés, dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt piloté par l’OPPBTP. Elles reposent sur l’analyse de l’activité réelle, avec pour objectif d’identifier les mécanismes d’exposition aux risques et de coconstruire, avec les entreprises et les salariés, des solutions d’amélioration concrètes, techniques, organisationnelles ou humaines.

Huit études ergonomiques pour prévenir les troubles musculosquelettiques dans le BTP

Les troubles musculosquelettiques, ou TMS, sont favorisés par de nombreuses situations de travail rencontrées dans le bâtiment et les travaux publics. Les manutentions manuelles de charges, les postures pénibles, les gestes répétés et l’utilisation d’outils ou d’engins vibrants peuvent solliciter fortement le dos, les épaules, les membres supérieurs ou les genoux.

Pour mieux comprendre ces situations à risque, l’OPPBTP a mené huit études ergonomiques consacrées à des activités particulièrement exposantes. Elles concernent les maçons finisseurs, les tailleurs de pierre, les serruriers-métalliers, les paveurs, les compagnons asphalteurs, les techniciens CVC, les poseurs de voies ferrées et les scaphandriers.

Ces études reposent sur l’observation de l’activité réelle des compagnons. Elles permettent de caractériser les facteurs de risque propres à chaque métier et de comprendre les contraintes techniques, organisationnelles et humaines qui influencent le travail. Les solutions proposées ont été coconstruites avec les entreprises et les salariés afin d’être concrètes, opérationnelles et transposables à d’autres chantiers.

Quels sont les principaux facteurs de risque de TMS dans le BTP ?

Les huit études font apparaître trois grandes catégories de facteurs de risque ergonomiques : les manutentions manuelles, les postures pénibles et les vibrations mécaniques. Ces contraintes peuvent être présentes simultanément et être aggravées par l’environnement ou l’organisation du chantier.

  • Les manutentions manuelles comprennent le port, le déplacement, le levage, la traction ou la poussée de matériaux, d’outils et d’équipements parfois lourds ou encombrants.
  • Les postures pénibles correspondent notamment au travail à genoux, accroupi, penché en avant, en torsion, les bras en hauteur ou dans des espaces difficiles d’accès.
  • Les vibrations mécaniques sont principalement liées à l’utilisation répétée d’outils portatifs, d’outils pneumatiques ou d’engins vibrants.

L’intensité de ces contraintes dépend aussi de la préparation du chantier, des circulations, de la disponibilité des moyens de manutention, de la coactivité, des délais, des conditions météorologiques et des possibilités d’alternance entre les tâches. La prévention des TMS ne peut donc pas reposer uniquement sur les gestes des compagnons : elle doit prendre en compte l’ensemble de la situation de travail.

Maçons finisseurs : réduire les risques lors du calfeutrement des trémies

Le calfeutrement des réservations et des trémies intervient après le passage des réseaux électriques, de plomberie, de chauffage, de climatisation ou de ventilation. Il consiste à restituer l’intégrité coupe-feu ou pare-flamme au niveau des traversées de murs, de planchers et de plafonds.

Cette activité peut imposer de travailler à genoux ou les bras en extension, depuis le dessus ou le dessous d’un plancher. Elle nécessite également l’approvisionnement du matériel de coffrage, des étais et du béton. L’accessibilité limitée des zones de travail et la coactivité avec les lots techniques augmentent les difficultés. Les interventions réalisées à proximité des ouvertures présentent par ailleurs un risque de chute de hauteur.

La prévention commence dès la conception du bâtiment. Le guide recommande de privilégier des réservations adaptées à chaque famille de réseaux, d’optimiser leur dimensionnement et de coordonner les différents lots avant la réalisation du gros œuvre. L’identification du lot responsable du calfeutrement et la planification des interventions par niveau ou par zone permettent également de réduire les situations de coactivité.

Lorsque les conditions techniques le permettent, l’emploi de boîtes de coffrage intégrées dans les dalles ou de mousse expansive peut limiter le volume de matériaux à manutentionner et le temps passé les bras en hauteur. Le maintien de moyens mécanisés de transport vertical, comme une grue, un monte-charge ou un ascenseur mis en service de façon anticipée, facilite aussi l’approvisionnement. Des protections adaptées pour les genoux et les épaules complètent ces mesures.

Tailleurs de pierre : anticiper la manutention, la taille et la pose des pierres

La restauration d’une façade et le remplacement d’une pierre comprennent plusieurs étapes : la dépose et la refouille de la pierre existante, l’évacuation des gravats, la préparation de la nouvelle pierre, son acheminement, sa pose, son jointage et les travaux de finition.

Ces opérations restent fortement manuelles. Elles exposent les compagnons aux manutentions de pierres et de gravats, à des postures contraignantes ainsi qu’aux vibrations et aux chocs produits par les outils pneumatiques ou manuels. Lors des finitions, les contraintes posturales dépendent fortement de la position de la pierre et de la configuration de l’échafaudage.

La préparation du chantier doit prévoir les circuits d’acheminement et d’évacuation, les zones de stockage, les espaces de taille et les emplacements nécessaires au grutage. Réaliser autant que possible la pré-taille en atelier permet de limiter les travaux de finition effectués dans les conditions plus contraintes du chantier.

L’échafaudage constitue un levier essentiel. Il doit être correctement positionné par rapport à la façade, dimensionné selon le poids et le volume des pierres et adaptable aux hauteurs de travail. Des planchers jointifs, des accès par escaliers et l’intégration de palans, d’équilibreurs ou d’autres dispositifs d’assistance facilitent les déplacements et les manutentions.

Serruriers-métalliers : faciliter l’approvisionnement et la pose des ouvrages

Les serruriers-métalliers installent sur chantier des portes, grilles, escaliers, rampes, garde-corps, vitrages ou éléments de structure métallique. Ces ouvrages peuvent être lourds, volumineux et difficiles à saisir. Leur déchargement, leur répartition dans les bâtiments, leur maintien pendant la pose et leur fixation génèrent des efforts, des gestes répétés et des postures contraignantes.

Les difficultés augmentent lorsque les accès sont insuffisants, que les sols ne sont pas stabilisés ou que les zones de stockage sont éloignées. Des écarts entre les dimensions prévues et les dimensions réellement exécutées peuvent aussi imposer des reprises sur chantier, parfois dans des positions particulièrement pénibles.

Avant les travaux, l’entreprise doit préciser ses besoins en matière de stationnement, de circulation, de stockage et d’approvisionnement à pied d’œuvre. Une visite préalable permet de contrôler l’avancement du chantier et de vérifier les cotes des ouvrages déjà réalisés. Les éléments peuvent être triés par bâtiment, étage ou zone de pose afin d’éviter une nouvelle répartition manuelle.

Le choix de matériaux plus légers et la conception d’ouvrages en plusieurs éléments assemblables sur place contribuent à diminuer les charges. Des engins de manutention, accessoires de levage et moyens de préhension adaptés doivent permettre de soutenir les éléments jusqu’à leur fixation. Les opérations de préparation peuvent être réalisées sur des supports à hauteur d’homme, avec des outils électroportatifs aussi légers que possible.

Paveurs : limiter les postures pénibles et les manutentions répétées

La pose traditionnelle de pavés comprend la préparation du chantier et du support, l’approvisionnement du poste, la pose et la mise à niveau des pavés, puis la réalisation des joints et le nettoyage. Malgré une mécanisation partielle, la phase de pose reste essentiellement manuelle et repose sur un savoir-faire spécifique.

Les paveurs manipulent de manière répétée des pavés de formes et de poids variables. Ils travaillent fréquemment à genoux ou le tronc penché et utilisent des outils de frappe, de découpe ou de compactage susceptibles de générer des vibrations. Le travail sur la voie publique, les interactions avec les usagers et les contraintes d’emprise ou de délai peuvent réduire leurs marges de manœuvre.

Les pavés doivent être positionnés au plus près du poste de pose. Des engins, palettes, chariots ou brouettes adaptés permettent de déplacer progressivement le stock sans dégrader le lit de pose. Le démarrage simultané de plusieurs lignes de pavés peut limiter les découpes en facilitant l’utilisation immédiate des pavés sélectionnés.

Des micro-pauses et des alternances de postures réduisent la durée d’exposition à une même position. Pour la découpe, le guide préconise notamment de privilégier la cliveuse manuelle lorsque cela est possible et de sécuriser l’utilisation des scies. Des genouillères adaptées, des outils limitant les vibrations et des équipements mécanisés de pose ou de manutention peuvent compléter la démarche.

Asphalteurs : prévenir les TMS liés au port des seaux

Lors de l’application d’asphalte en voirie, les porteurs assurent l’acheminement du produit entre le camion malaxeur et les applicateurs. Le travail s’inscrit dans un cycle répétitif de remplissage, de transport et de vidage des seaux. Un seau plein pèse environ 25 kg et peut être transporté sur des distances variables, parfois avec des obstacles ou des escaliers.

Les manutentions représentent une part importante de l’activité. Le risque dépend notamment du nombre de cycles, de la distance parcourue, du rythme imposé par l’application, de la qualité de la prise sur l’anse du seau et de la coordination entre les membres de l’équipe. Le port unilatéral entraîne également une inclinaison du tronc destinée à rééquilibrer le corps.

Le guide recommande un ratio minimal de deux porteurs pour un applicateur et le renforcement des équipes lorsque la distance entre le camion et la zone d’application augmente. L’avancement du camion au rythme du chantier, le réglage de la plateforme de remplissage et la dépose de l’asphalte à proximité immédiate de l’applicateur réduisent les efforts inutiles.

Les temps d’attente peuvent jouer un rôle de récupération et doivent être conservés dans l’organisation. Les seaux en bois doivent être trempés, inspectés et écartés lorsqu’ils sont déformés ou détériorés. Pour les distances importantes, le recours à des chariots ou à des équipements motorisés peut limiter le port manuel. La mécanisation de l’acheminement de l’asphalte constitue également une piste d’amélioration à explorer.

Techniciens CVC : agir sur le travail au sol et en hauteur

La création d’un réseau de chauffage, de ventilation ou de climatisation nécessite l’installation des canalisations, des gaines, des nourrices et des équipements terminaux. Le technicien intervient dans les trémies, au sol ou au plafond, en coordination avec les gaineurs, les tuyauteurs, les calorifugeurs et les autres corps d’état.

Le travail au plafond impose fréquemment de maintenir les bras au-dessus des épaules tout en utilisant des outils comme des perforateurs, meuleuses, visseuses ou sertisseuses. L’installation des gaines et des blocs de climatisation implique également le port de charges. Une hauteur de travail inadaptée conduit les compagnons à compenser par des flexions, extensions ou rotations du corps.

La planification et la modélisation préalable des réseaux permettent de réduire les interférences, les reprises et les interventions dans des espaces encombrés. Le dialogue avec les équipes doit servir à définir les modes opératoires, les moyens d’accès et les équipements réellement adaptés aux situations rencontrées.

Des plates-formes réglables, échafaudages roulants télescopiques ou nacelles permettent d’ajuster la hauteur de travail. Les outils doivent être choisis selon leur poids, leur niveau vibratoire, leur préhension et leurs dispositifs de sécurité. Les chariots modulaires, treuils et palans limitent le transport manuel. La préfabrication et l’assemblage en atelier réduisent enfin le temps passé dans les trémies ou les espaces exigus.

Poseurs de voies ferrées : réduire les efforts, les vibrations et le port de charges

Le poseur de voies ferrées intervient dans la construction, l’entretien et le renouvellement des rails, traverses et ballasts. Les opérations associent des activités manuelles et mécanisées : découpe et perçage, remplacement des traverses, fixation des rails, utilisation de tirefonneuses, clippeuses, clés à choc, bourroirs et chariots.

Le travail au niveau du sol, sur un ballast instable, entraîne des flexions du tronc, des positions à genoux et des efforts importants. Certains matériels sont lourds et difficiles à déplacer. L’utilisation répétée d’outils vibrants expose les membres supérieurs, tandis que le froid et l’humidité peuvent renforcer les contraintes.

La prévention repose sur l’anticipation des moyens nécessaires, le recours à la mécanisation et l’amélioration des équipements. Les retours des agents doivent être intégrés dans le choix des outils et des machines. L’alternance des tâches et les rotations permettent de varier les contraintes liées à la tirefonneuse, à la clé à choc ou au chariot lorry.

Les échanges entre compagnons, les causeries sécurité et le tutorat facilitent la transmission des savoir-faire de prudence. Ils permettent notamment de partager les méthodes qui réduisent le port de charges ou l’usage d’outils sollicitants. Les équipements doivent également être conçus ou adaptés aux conditions réelles des chantiers, notamment au travail de nuit, au ballast et au port de gants.

Scaphandriers : sécuriser les manutentions pendant les phases émergées

L’étude consacrée aux scaphandriers porte sur les phases réalisées hors de l’eau : préparation des véhicules, chargement et déchargement, installation du chantier, équipement du plongeur, mise à l’eau, sortie de l’eau, nettoyage et repli du matériel. Les risques propres au travail en milieu hyperbare ne sont pas analysés dans cette étude.

Le transport des compresseurs, bouteilles, motopompes, groupes électrogènes, outils et matériaux expose les équipes à des charges lourdes, voire très lourdes. La distance entre le véhicule et le lieu d’immersion, l’état du terrain, les pontons, les passerelles inclinées et la variation du niveau de l’eau peuvent augmenter considérablement les efforts.

Des rampes pliables, potences pivotantes, treuils, chariots motorisés, brouettes électriques ou chariots à chenilles peuvent faciliter le déchargement et l’acheminement. Leur choix doit toutefois tenir compte de la capacité de chargement des véhicules et des conditions réelles d’accès au chantier.

Pour aider le scaphandrier à entrer dans l’eau ou à en sortir avec plusieurs dizaines de kilogrammes d’équipement, le guide étudie également l’utilisation de potences et de systèmes de treuillage adaptés au levage des personnes. Ces moyens peuvent simultanément faciliter la mise à l’eau et le transfert des outils ou des matériaux.

Comment construire une démarche efficace de prévention des TMS ?

Les huit études montrent que la prévention des troubles musculosquelettiques doit être engagée le plus tôt possible. Les choix effectués lors de la conception, de la préparation et de la planification du chantier déterminent en grande partie les contraintes auxquelles les compagnons seront exposés.

La démarche doit associer la maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre, les entreprises, l’encadrement et les salariés. L’analyse du travail réel permet de confronter les modes opératoires prévus aux difficultés effectivement rencontrées. Elle aide à choisir des solutions adaptées à la diversité des chantiers plutôt que de rechercher une réponse unique.

  • Anticiper les accès, les circulations, les zones de stockage et la coactivité.
  • Réduire les distances et les hauteurs de manutention.
  • Mécaniser les déplacements et le maintien des charges lorsque cela est possible.
  • Adapter les postes et les équipements aux dimensions des compagnons et à la tâche réalisée.
  • Choisir les outils avec les futurs utilisateurs en tenant compte du poids, des vibrations et de la prise en main.
  • Organiser des rotations et préserver des temps de récupération.
  • Entretenir les équipements et anticiper leur remplacement.
  • Favoriser les remontées du terrain et la transmission des bonnes pratiques.

Les équipements de protection individuelle peuvent compléter ces actions, notamment pour protéger les genoux, les mains ou les épaules. Ils ne remplacent cependant ni la suppression des manutentions inutiles ni l’amélioration de l’organisation, des accès et des moyens techniques.

Un guide pratique pour passer de l’analyse des risques à l’action

Ce guide rassemble les diagnostics ergonomiques et les préconisations établis pour huit situations de travail particulièrement exposantes. Il permet aux entreprises du BTP, aux maîtres d’ouvrage, aux maîtres d’œuvre et aux équipes de terrain de repérer les facteurs de risque de TMS et d’identifier des pistes d’amélioration adaptées à chaque métier.

Les exemples présentés montrent qu’une action efficace peut combiner plusieurs leviers : préparation du chantier, coordination des intervenants, conception des ouvrages, organisation collective, choix des outils, aides à la manutention, mécanisation et équipements de protection. Cette approche globale contribue à réduire durablement l’exposition aux risques de troubles musculosquelettiques et à améliorer les conditions de travail.

Le Fipu, un levier inédit pour prévenir l’usure professionnelle

Créé par décret le 10 août 2023, le Fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (Fipu) a pour objectif de soutenir financièrement des actions de prévention ciblant les facteurs de risque ergonomiques (TMS).

  • Date d’ouverture : 18 mars 2024
  • Montant : 200 millions d’euros par an pendant 5 ans
  • Secteurs concernés : tous secteurs, avec une priorité aux TPE
  • Facteurs de risque ciblés :
    • Manutentions manuelles de charges
    • Postures pénibles
    • Vibrations mécaniques

Les bénéficiaires du Fipu :

  1. Les entreprises : financement d’équipements, formations, diagnostics, aménagements de poste, personnel dédié, actions de sensibilisation.
  2. Les organismes de prévention de branche (dont l’OPPBTP) : actions de sensibilisation et développement d’outils d’ingénierie.
  3. France compétences : soutien aux projets de transition professionnelle des salariés.

En savoir plus dans notre boîte à outils TMS : les aides du Fipu

 

Dernière mise à jour le : 10/09/2026

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