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Le Rapport d'étude exploratoire sur l'activité des femmes dans le BTP et savoir-faire de prudence analyse l'activité de sept compagnonnes sur les chantiers afin d'étudier les savoir-faire de prudence développés pour préserver leur santé et leur sécurité. Cette première phase exploratoire a permis d'élaborer des pistes pour l'analyse et le partage de ces gestes de métiers prudents, et sera suivie d'une seconde étude plus large.
Cette étude exploratoire de l’OPPBTP analyse l’activité réelle de sept compagnonnes afin de mieux comprendre les stratégies qu’elles développent pour exercer leur métier tout en préservant leur santé et leur sécurité. Réalisée à partir d’observations sur le terrain et d’entretiens, elle s’intéresse notamment aux « savoir-faire de prudence », souvent acquis avec l’expérience et transmis de manière informelle au sein des équipes.
Les femmes représentent encore une faible part des salariés du bâtiment et des travaux publics, en particulier dans les métiers de production. D’après les données reprises dans l’étude, elles constituent 12 % des effectifs du secteur, mais seulement environ 1,8 % des personnes occupant des postes d’ouvrières sur les chantiers.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette faible représentation : la pénibilité physique associée à certains métiers, les contraintes d’organisation, les difficultés liées à l’aménagement des vestiaires et des sanitaires, mais aussi la persistance de stéréotypes sur les capacités des femmes à travailler sur un chantier. L’articulation entre la vie professionnelle et la vie personnelle, les horaires et les déplacements constitue également un frein potentiel.
L’étude relève toutefois une évolution positive des mentalités. La présence des femmes est progressivement mieux acceptée et les nouvelles générations apparaissent davantage ouvertes à la mixité. L’évolution des équipements, le développement des aides à la manutention et la réduction du poids de certains matériaux contribuent également à rendre les métiers du BTP accessibles à des profils plus diversifiés.
Un savoir-faire de prudence désigne une stratégie développée par une personne pour réaliser son activité dans des conditions moins sollicitantes. Il peut s’agir d’un geste, d’une manière d’utiliser un outil, d’un ajustement de l’organisation ou encore d’une pratique collective destinée à se protéger soi-même ou à protéger les autres.
Ces savoir-faire ne sont pas toujours formalisés ni même conscients. Ils se construisent progressivement à partir de l’expérience, de l’observation des collègues, des contraintes rencontrées et de la connaissance de ses propres capacités. Ils peuvent permettre de limiter les efforts inutiles, la fatigue ou l’exposition à certaines contraintes physiques.
Les pratiques observées dans l’étude ne concernent pas exclusivement les femmes. Elles illustrent plus largement la capacité des professionnels à adapter leur manière de travailler en fonction de leur morphologie, de leur état de santé, de leur expérience et des caractéristiques de la situation rencontrée.
Les compagnonnes observées réalisent des activités comportant du port de charges, des postures contraignantes, des gestes répétitifs ou l’utilisation d’outils vibrants. Elles peuvent notamment être amenées à transporter des matériaux, évacuer des gravats, travailler à genoux ou accroupies, manipuler une plaque vibrante, une pilonneuse, une disqueuse ou une meuleuse.
Pour réduire les sollicitations physiques, elles développent différentes stratégies : mobiliser l’ensemble du corps plutôt que les seuls bras, utiliser davantage les jambes, modifier leur posture, alterner les positions, faire des pauses ou pratiquer des étirements. Elles peuvent aussi demander l’aide d’un collègue, porter une charge à deux ou recourir à une brouette, un palan, un chariot ou un autre moyen d’aide à la manutention.
Certaines adaptent également leurs gestes techniques. Une compagnonne préfère, par exemple, étaler l’enduit plutôt que le projeter afin de réduire la répétition du mouvement. D’autres utilisent un objet comme point d’appui, alternent les tâches ou répartissent le travail en fonction des compétences et des capacités de chacun.
L’étude regroupe ces stratégies en cinq catégories : les gestes de métier, l’organisation du travail, les pratiques collectives et relationnelles, l’utilisation ou l’adaptation du matériel et les ajustements individuels.
L’organisation du travail joue un rôle déterminant. Une organisation suffisamment souple, laissant aux professionnels la possibilité d’adapter leurs gestes, de choisir leurs outils ou de modifier l’ordre des tâches, facilite la recherche de solutions moins contraignantes.
Les marges de manœuvre permettent d’expérimenter différentes façons de faire et de retenir celles qui paraissent les plus adaptées à la situation. Les apprenties se trouvent davantage dans une phase d’essais et d’exploration, tandis que les compagnonnes expérimentées disposent généralement de pratiques plus stabilisées, construites à partir de leur parcours et parfois de douleurs ou de difficultés rencontrées auparavant.
Le collectif de travail constitue un autre facteur essentiel. Le travail en binôme, l’entraide, le compagnonnage et les échanges entre collègues favorisent la transmission des gestes de métier et des astuces. Ces échanges peuvent avoir lieu directement au poste de travail, pendant les réunions, les pauses, les trajets ou au moyen d’outils numériques.
À l’inverse, le manque d’échanges, les tensions dans l’équipe, une entraide insuffisante ou un turnover important peuvent limiter la construction et la transmission de ces savoir-faire. Un climat de confiance et une certaine stabilité des équipes sont donc favorables à leur développement.
Les témoignages recueillis dans l’étude mettent en avant les apports de la diversité dans les équipes. Selon les personnes interrogées, les femmes peuvent contribuer à enrichir les façons de travailler grâce à des compétences et des approches complémentaires. Leur présence est également associée à une image plus moderne de l’entreprise et peut participer à l’attractivité des métiers.
L’intégration des compagnonnes reste néanmoins variable selon les contextes. Elle dépend notamment de l’attitude de l’encadrement, de la qualité des relations au sein de l’équipe, du choix des binômes et des expériences antérieures de chacun. Certaines femmes indiquent devoir davantage faire leurs preuves à leur arrivée avant que leurs compétences soient pleinement reconnues.
L’étude souligne aussi la persistance de freins : préjugés sur les capacités physiques, contraintes d’aménagement des bases vie, question de la maternité, sexisme ou harcèlement dans certains environnements professionnels. La progression de la mixité nécessite donc d’agir simultanément sur les conditions matérielles, l’organisation du travail et la culture de l’entreprise.
Les pratiques observées ne peuvent pas être considérées, à ce stade, comme des bonnes pratiques universelles. Elles sont liées aux personnes rencontrées, à leur expérience et aux contextes particuliers dans lesquels elles travaillent. L’étude exploratoire, menée auprès de sept compagnonnes, ne permet pas non plus de mesurer directement leur effet sur la réduction des troubles musculo-squelettiques.
Elle ouvre cependant la voie à une réflexion plus large sur les savoir-faire dits « efficients ». Ceux-ci associent la protection de la santé, la sécurité, la qualité du travail et l’efficacité productive. Leur identification et leur partage pourraient bénéficier à l’ensemble des professionnels, femmes comme hommes.
La poursuite de l’étude devra permettre de mieux comprendre les conditions dans lesquelles ces pratiques peuvent être transmises et intégrées à une démarche collective de prévention : organisation adaptée, marges de manœuvre, temps d’échange, stabilité des équipes et complémentarité des expériences.
1. Contexte de l’étude
1.1. Les femmes dans le BTP
1.2. Une approche au travers des savoir-faire de prudence
1.3. Objectifs de l’étude exploratoire
1.4. Questions et hypothèses de l’étude
2. Méthodologie
2.1. Une observation directe des compagnonnes sur le terrain
2.2. Présentation des cas d’étude
2.3. Profils des femmes observées
2.4. Analyse et traitements des résultats
3. Résultats de l’enquête
3.1. Résultats issus des entretiens et des observations par thème
3.2. Des savoir-faire de prudence conscients et inconscients
3.3. Comprendre l’origine et les objectifs des savoir-faire de prudence
3.4. Les facteurs favorables à la construction des savoir-faire de prudence
3.5. Quelques points d’attention issus de l’étude
3.6. Vers une évolution de l’acceptation des femmes dans le BTP
4. Conclusion et perspectives
4.1. Des pistes pour le partage des savoir-faire de prudence
4.2. Vers une prise en compte plus large des savoir-faire de prudence
Ce guide constitue une ressource pour tous les acteurs du BTP intéressés par les savoir-faire de prudence développés par les compagnonnes et les compagnons. Téléchargez-le ou commandez-le dès maintenant pour renforcer vos démarches de prévention et protéger vos équipes.
Dernière mise à jour le : 11/09/2026